II. — Explications
Chap. I". f. 12. Ego quidem sum Pauli ego auiem Apollo, ego vero Cephœ, ego autem Christi. 1° Nous avons déjà cité l'opinion de Michaélis, qui voit là une fiction de l'Apôtre destinée à peindre plus vivement l'état de discorde qui régnait dans l'église de Corinthe. Les anciens interprètes ont pensé de même que les noms énumérés par saint Paul ne désignent pas les vrais chefs de partis. Toutefois ils croyaient à l'existence de ces quatre partis chez les Corinthiens. 2° Les interprètes modernes disent la même chose, et, en outre, prennent à la lettre les noms propres pour ceux des prédicateurs qui étaient venus à Corinthe. Mais ils sont embarrassés pour dire en quoi étaient blâmables ceux qui se rattachaient à Céphas oti l'on voit communément saint Pierre ^ et à Jésus-Christ. — 3° Enfin les protestants et les rationalistes ont retrouvé là l'antagonisme de saint Pierre et de saint Paul. — a) Celui-ci, avec ses conceptions larges, prêchait l'affranchissement de l'homme par le Christianisme, la liberté religieuse, l'abolition des pratiques anciennes et des rites
1 Cfr Matth., xiii, 10-17.
2 II n'est pas certain que saint Pierre ait prêché à Corinliie.
extérieurs, réduisait le dogme à quelques articles fondamentaux. — b)Apoilo, juif converti et philosophe, exposait le côté rationnel du Christianisme. — c) Céphas, esprit étroit, voulait maintenir les observances mosaïques, et enfermer les esprits en des -croyances nombreuses et de minutieuses pratiques. — d) Le parti du Christ était formé de ceux qui se liaient immédiatement à Jésus-Christ sans user du ministère des hommes, et interprétaient le Christianisme par les mouvements du Saint-Esprit, selon leurs lumières.
On voit dans ces explications l'esprit fantaisiste des sectaires, t. 20. Sapiens,... scriba,... conquisitor hujus sœculi... On a vu dans ces mots une allusion aux trois sortes de savants alors connus : sapiens : ce sont les philosophes grecs qui prétendaient remonter à l'origine des choses et les expliquer par leurs causes; soiba : les Juifs appelaient ainsi les interprètes de leur Loi ; conquisitor sœculi : c'étaient les mages d'Orient, adonnés à l'étude des astres et du monde physique. Dieu a rejeté leur concours pour son œuvre de salut. y. 22-29. — Nous avons à expliquer comment le mystère de la Croix est le chef-d'œuvre de la puissance et delà sagesse divine, prédestiné à supplanter toute sagesse et toute puissance humaine. Saint Augustin et saint Jean Chrysostome ont savamment développé cette pensée ^ — 1° La raison de l'homme est impuissante à connaître, par ses propres lumières, la nature de Dieu, et sa volonté, réduite à ses propres forces, est incapable de se dégager des influences de la sensibilité et des passions ; mais l'une et l'autre a besoin du secours divin (Cfr Rom., i). Afin de mieux venir à son aide. Dieu .s'est rendu sensible, a manifesté ses attributs par la création, a paru en personne sous une forme humaine, a basé toute sa religion sur des faits que tous peuvent connaître. Et comme ces faits ca-
' Homil. in h. l, — Cfr Bossuet, Histoire universelle \f part., c. XXV ; 2= Sermon pour le 2° dimanche de l'avent, i" point; Bourdal., Serm. pour le vendredi saint.
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chent des vérités divines, par eux on arrive à la connaissance de celles-ci.
En conséquence, la révélation et la foi ont pris la place de la sagesse humaine dans l'oeuvre du salut; la prédication a été substituée à l'examen rationnel; Dieu a exclu les sages incrédules et s'est adressé aux âmes simples.
2° Le mystère de la Croix résume tout l'ouvrage du salut et toute la science chrétienne. Il est le prodige de la puissance et de la sagesse divines. « Dei viiHuset sapientia. »
a) Le miracle opéré par Dieu a été de renverser par la Croix les œuvres impies du culte idolâtrique, d'attirer les hommes par l'amour de Jésus-Chrit crucifié et de substituer son adoration à celle des divinités païennes.
b) La sagesse de Dieu a paru en ce que par la Croix sont convaincues de fausseté les fables et les théories de la philosophie païenne; l'homme est ramené à la vraie connaissance de Dieu, du monde, de lui-même, de son origine, de sa condition et de sa fin. En même temps Dieu a parfaitement concilié dans Jésus-Christ crucifié les exigences de sa justice avec les intentions de sa miséricorde, en réparant le genre humain par l'instrument de sa déchéance.
c) Un autre signe de la sagesse divine est dans le choix que Dieu a fait, soit des ministres, soit des auditeurs de sa parole. Ce ne sont point les riches ni les savants, mais les pauvres et les ignorants. Véritable merveille, puisqu'elle a porté la conviction dans des esprits dépourvus de toute culture , donné puissance à leur parole, et persuadé que la pauvreté est un bien.
y. 30. Jésus... nobis sapientia à Deoetjustitia et sanctificatio et redemptio. — a) La connaissance de Jésus-Christ a suppléé au défaut de sagesse humaine, et en elle sont comprises toutes les vérités nécessaires au perfectionnement de l'homme. — b) Au défaut de la richesse Dieu a suppléé par la justice, la grâce et les dons surnaturels. — c) Le défaut de noblesse et de grandeur
humaine a été compensé par l'éclat des vertus, par l'affranchissement de la servitude morale et la dignité d'enfants de Dieu reçue au baptême. Ainsi Jésus-Christ est tout pour l'homme régénéré.
Chap. II, y. 1-7. — Saint Paul expose iciJa méthode de sa prédication. 1° « Veni non in sublimitate se7'monis
« aut sapientiœ non judicavi me scire oJiquid inter vo s
« nisiJesum crucifixiim non in persuasibilibus hu-
« manœ sapientiœ verhis, sed in ostensione Spiritû s et virtu-
« tis » C'est le/jremeerdegré, l'enseignement simple,
élémentaire, tel qu'il convient aux néophytes, mais confirmé par les dons extraordinaires du Saint-Esprit et les miracles, ainsi que David l'avait prédit : « Domi- « nus dabit verbum evangelizantibus, virtute multâ ^ »
2° « Sapientiam autem loquimur inter perfectos Dei
« sapientiam in mysterio. » Second degré de l'enseignement chrétien, plus relevé, plus approfondi, mais différent des doctrines humaines en ce qu'il ne s'éloigne pas des révélations divines, ni du mystère qui en est le sujet. C'est toujours la même doctrine, mais la forme est différente selon la capacité des auditeurs.
y. 8. — Quam nemo principum sseculi cognovit.... Les Pères ont communément entendu ces paroles des démons, appelés princes du monde-, qui n'avaient pas connu avec certitude la divinité de Jésus-Christ avant sa Passion, et, à cause de cela, se livrèrent à tous les excès de la haine. Mais on peut les appliquer encore à ceux qui condamnèrent Jésus-Christ et pour lesquels le Sauveur demanda pardon à cause de leur ignorance. Peut-être saint Paul fait-il aussi allusion aux doctrines cabalistiques des Juifs, d'oii est sorti le gnosticisme.
y. 11-16. — Saint Paul, dans ces versets, fait connaître l'origine exclusivement divine et révélée de la sagesse qu'il enseigne, ainsi que les conditions requises pour la posséder. 11 est nécessaire de mettre de côté les
1 Psalm. Lxvn; cfr Marc, xvi, 15-20.
a Cfr Joan., xiv, 30 .
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maximes du monde, de se laisser spiritualiser par l'esprit de Dieu, c'est-à-dire de ne point examiner les vérités révélées à l'aide des seules lumières de la raison, ni selon leurs rapports avec la vie terrestre et les intérêts temporels; mais de les envisager à la lumière de la foi, en s'inspirant de motifs et de pensées surnaturels. C'est le sens des mots animalis, spiritualis homo que l'Apôtre oppose l'un à l'autre. Voilà pourquoi l'Église est juge suprême de tout ce qui concerne la religion, et que ses jugements sont irréformables ; parce qu'elle a l'Esprit de Dieu pour guide.
Chap. III. — Un mot résume ce chapitre : Yrai caractère des prédicateurs évangéliques.
1° Ils ne sont que les ministres de Dieu et dépendent absolument de lui, soit pour la mission qu'ils remplissent, soit pour le succès et le profit de leur travail (1-10).
2° C'est aussi une nécessité pour eux de baser tout leur enseignement sur J.-C, sur la doctrine évangélique, et Dieu se réserve l'appréciation du travail ainsi que le don de la récompense (y 10-17).
5". 12. Si qiiis superœdificat super fundamentum hoc^ aurum, argentum, lapides pretiosos, ligna, fœnum stipulam. Sous l'emblème de ces divers matériaux est désignée la perfection plus ou moins grande, soit de l'enseignement, soit des œuvres chrétiennes. L'or, l'argent, les pierres précieuses marquent des vertus solides, fondées sur des convictions fermes; les autres choses indiquent une instruction et une vertu faibles, qui ne sont pas entièrement conformes aux maximes évangéliques.
y. 13-15. Uniuscujusque opus, quale sit, ignis probabit. ipse autem salvus erit, sic tamen quasi per igriem. Une controverse existe entre les interprètes sur le vrai sens de ces paroles. — a) Les protestants n'y voient qu'une métaphore pour désigner les tribulations, les persécutions, les peines : de même, au verset précédent, ils ont vu dans l'or, l'argent, etc., les doctrines diverses qui distinguent les sectes chrétiennes, et peuvent, se-
Ion eux, s'ajouter à ce qu'ils appellent articles fondamentaux de la religion.
b). Saint Jean Chrysostome, et les interprètes grecs, après lui, ont entendu ici le châtiment éternel que Dieu infligera dans l'enfer à ceux dont la vie n'aura pas été sérieusement chrétienne : au dernier jour, leurs œuvres périront, mais eux seront conservés vivants dans le feu.
c) Mais dans l'église latine, les interprètes attribuent à saint Paul une autre pensée : Toutes les œuvres figurées ici, reposant sur le fondement unique, sont bonnes, mais plus ou moins parfaites. Au dernier jour, le feu du Seigneur les éprouvera, et, dans celles qui seront entachées de mal, il consumera les scories pour ne conserver que la substance. Leur auteur sera sauvé en passant par le feu. C'est selon cette explication que les paroles de l'Apôtre servent à prouver l'existence du purgatoire, car, bien qu'il ne soit question que de la conflagration universelle qui précédera le jugement dernier, on en infère l'existence d'une épreuve particulière à chaque homme, après sa mort, de même qu'il y a un jugement particulier.
>'. 21-23. — Conclusion de cet enseignement : un chrétien ne doit point regarder au côté humain des personnes, et la raison péremptoire, c'est que dans l'univers, hommes et choses, tout est ordonné pour son utilité, et qu'on ne tire pas gloire de ce qui est inférieur à soi. Saint Paul révèle ici le dessein divin de la création. Dieu a tout créé, tout disposé en vue de ses élus et a mis toutes choses à leur service; même les plus fâcheuses peuvent procurer leur bien; mais eux-mêmes ont été créés pour la gloire de Jésus-Christ, et en lui pour la gloire de Dieu.
Chap. IV. — Nous avons déjà dit que ce chapitre est la conclusion pratique où saint Paul montre aux Corinthiens avec quel respect ils doivent se comporter à l'égard des ministres de Dieu. 11 y ajoute un parallèle remarquable entre la conduite des vrais Apôtres et
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celle des prédicants auxquels ses disciples avaient donné leur confiance. Aucune explication ne paraît nécessaire ; mais nous appelons l'attention sur cette page où Vù'onie, la supplication, la menace sont tour à tour employées avec une singulière habileté.
Deuxième instruction : la Sainteté des alliances entre chrétiens (chap. v).
Cette instruction eut pour motif l'alliance incestueuse qu'un chrétien de Corinthe avait contractée avec sa belle-mère. Quelques mots suffiront pour exposer la question.
1° Au jugement de plusieurs exégètes, il y avait là une fausse interprétation et une application vicieuse de la loi juive. — a) Dans l'opinion des Juifs, la conversion d'un païen au culte du vrai Dieu et son admission dans le Judaïsme brisait tous les liens de nature entre lui et ses parents, de telle sorte que, si l'un de ceux-ci venait à se convertir plus tard, il pouvait être épousé par l'autre, fût-il son frère ou sa sœur. — b). Les Juifs qui composaient l'église de Corinthe, et peutêtre aussi les prédicateurs dont il a été question dans la première instruction, avaient étendu cette loi et sa pratique au Christianisme, d'autant que celui-ci se présentait comme la continuation et le perfectionnement du Judaïsme,
2° Quoi qu'il en soit de cette explication, il y avait au moins une double erreur : a) La loi juive ne portait aucune sentence qui autorisât une telle pratique, et la loi particulière du Lévirat n'avait point son application dans le fait en question. Ce n'aurait donc été qu'une interprétation donnée par les docteurs juifs, et faussement étendue au Christianisme.
b) Une alliance de cette nature était réprouvée même par les coutumes païennes, et interdite par la loi romaine. Rien ne pouvait donc la justifier en un pays où l'élément juif ne dominait pas. Aussi saint Paul condamne-t-il, et le coupable qui a commis la
faute, et les Corinthiens qui ont toléré le scandale, et il veut que, dans l'assemblée chrétienne, l'excommunication soit portée contre l'auteur du désordre. Mais il ne s'en tient point là, et profite de l'occasion pour instruire ses disciples de la sainteté qu'exige la participation aux mystères de Jésus-Christ. Ajoutons que c'est dans cette instruction que l'Église a trouvé les principes qui ont régi sa discipline au sujet de la pénitence publique, de l'excommunication et de la conduite à l'égard des excommuniés.
Troisième instruction : la Douceur des rapports entre chrétiens (chap. VI, 1-12).
1° Cette instruction forme une petite digression au milieu de l'importante leçon donnée par l'Apôtre sur la sainteté de la vie chrétienne. Elle est amenée logiquement par les derniers versets du précédent chapitre. Saint Paul a proposé une règle de conduite à l'égard des chrétiens scandaleux, et ajouté qu'il ne lui appartient pas de rien prononcer au sujet des païens, qui sont hors de l'Eglise. Réciproquement, les païens n'ont pas à intervenir dans les affaires de ceux que le baptême a faits enfants de Dieu, et comme ceux-ci les prenaient pour juges de leurs différends, l'Apôtre blâme énergiquement cette conduite et veut que les débats soient portés devant les tribunaux oh siègent des chrétiens, fussent-ils les moindres par la position sociale.
2° Mais une telle règle ne suffît pas : l'Apôtre s'élève plus haut et condamne énergiquement l'esprit de dispute, qu'il déclare contraire à l'Esprit de Dieu.et incompatible avec le soin du salut. Les relations entre les disciples de Jésus-Christ sont soumises à deux lois : d'une part, sincérité et franchise ; d'autre part, douceur et support... Ces réflexions suffisent pour l'intelligence de cette instruction, qui ne présente pas de difficultés.
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Quatrième instruction : la Pureté de la vie chrétienne (chap. VI, 13-20; chap. vu).
C'est la reprise de l'instruction commencée au chapitre Y et interrompue par la question des procès. Nous ne l'étudierons pas en détail, car elle se rapporte à des sujets longuement examinés dans les cours de théologie. Disons seulement que saint Paul traite de trois choses : la fornicatio7i que les mœurs païennes permettaient facilement, mais qui est inconciliable avec la sainteté dont le baptême a marqué le chrétien en faisant de lui un membre de Jésus-Christ; le mariage qui n'est pas moins saint et que Jésus- Christ a rendu indissoluble; la virginité qui est absolument supérieure au mariage, mais à cause de cela laissée au libre choix des âmes.
Cinquième instruction : le Culte chrétien (chap. viu-xi).
Il y a deux parties dans cette instruction : l'une con cerne le culte idolâtrique, l'autre a pour objet la participation à l'Eucharistie.