Partie morale (xi-xiii
Cette partie est le complément, la confirmation de la première. Après avoir exposé aux Hébreux les raisons divines qui imposent une obligation rigoureuse de suivre la loi de Jésus-Christ, saint Paul, afin d'achever sa démonstration, leur propose les exemples de leurs pères, et enseigne que ceux-ci ont eu par avance, €n esprit de prophétie, les mêmes sentiments. Voici le résumé de ces trois chapitres :
Chap. XI. — 1° Saint Paul part de ce principe que la foi est la base nécessaire de l'espérance et de la vie •chrétienne, et que nous lui devons la connaissance
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de la vérité primordiale d'oti se déduit la création et toute la religion.
2° Ensuite il rappelle le souvenir des grands personnages de l'Ancien Testament, depuis Abel jusqu'aux Prophètes, et fait voir que la foi a été le principe des œuvres qu'ils ont accomplies et leur soutien dans l'adversité.
3° Après en avoir nommé plusieurs, l'Apôtre décrit d'une manière générale les belles actions et les souffrances des saints qui ont illustré le peuple d'Israël, et les rapporte toutes à la foi comme à leur origine.
Chap. XII. — 1° Cette vie des héros hébreux est un grand exemple que saint Paul propose à leurs descendants pour animer leur courage dans les persécutions qu'ils ont à souffrir. Mais afin de bien montrer quel fut l'objet de la foi chez les saints de l'Ancien Testament, l'Apôtre propose aussi l'exemple de Jésus-Christ, de ses souffrances et de sa gloire ; il l'appelle l'auteur et le consommateur de la foi, ce qui signifie que toute l'histoire des patriarches et de leur race tendait à Jésus-Christ comme à sa fin, de même qu'elle avait Jésus-Christ pour principe de son origine.
2» De cette considération Saint Paul passe à celle des intentions de Dieu sur ses serviteurs affligés. Elles sont toutes de miséricorde et en vue du salut. Par conséquent, il ne faut point être abattu par les tribulations; au contraire, les peines sont des occasions de se perfectionner dans les vertus, de s'affermir dans la grâce de la nouvelle alliance.
3° L'idée de la nouvelle alliance ramène l'Apôtre au sujet de son épître. 11 rappelle les circonstances qui ont accompaghé la promulgation de celle-ci et de l'ancienne, et tire de là un motif pour presser les Hébreux de s'attacher à Jésus-Christ, de se soustraire à des châtiments pliis sévères que ceux dont furent frappés les Israélites infidèles à Moïse. En même temps il mentionne les prophéties qui ont annoncé un changement d'institution, mais un changement définitif,
qui demeurera toujours et dont, par conséquent, il faut conserver la grâce.
Chap. XIII. — On lit dans ce chapitre les applications pratiques de la fidélité recommandée précédemment : 1° Pratique des vertus sociales et privées qu'exigent la sainteté de la vie et les devoirs de relation, — 2° Fidélité aux traditions apostoliques, immuables comme Jésus-Christ. — 3o Fidélité au sacrifice chrétien ; et ici l'Apôtre explique le symbolisme d'une cérémonie juive où la chair des victimes était portée et brûlée hors du camp : de même Jésus-Christ a été crucifié hors de l'enceinte de Jérusalem, pour signifier que l'œuvre rédemptrice du salut n'a pas sa fin en ce monde, qu'il faut en conséquence accepter le changement de loi que Dieu impose. — 4» Obéissance aux pasteurs et prière.
Les derniers mots sont des salutations.
Nous n'expliquerons pas plus longuement ces chapitres, dont les difficultés seront aisément levées à l'aide des commentaires,
Mérite et beautés littéraires
On a porté des jugements divers sur le mérite littéraire de l'Épître aux Hébreux, La plupart des critiques s'accordent cependant à reconnaître que le style est plus pur que celui des autres écrits de saint Paul, et que les hébraïsmes y sont moins nombreux. Hug la regarde comme le chef-d'œuvre de saint Paul ; et, au jugement de Lardner, « cette épître est sublime et élé- « gante depuis le commencement jusqu'à la fin. w
Nous signalerons au nombre des morceaux les plus remarquables : lo tout le chapitre premier. Il y règne un ton de noblesse et de grandeur qui ravit et transporte. Ce début est magnifique , et le grand Apôtre a été rarement aussi bien inspiré pour venger la divinité méconnue du Verbe : a C'est le Fils de « Dieu, s'écrie-t-il, l'héritier du monde, le Créateur
« des siècles, la Splendeur de la gloire du Père, l'ern- « preinte de sa substance, etc., etc.. » On n'avait peut-être jamais mieux démontré combien Jésus- Christ est supérieur à tous les anges : « Auquel de ses « anges a-t-il dit jamais : Tu es mon Fils, Je t'ai engen- « dré aujourd'hui? et encore : Je serai son Père, il sera « mon Fils. Et quand il introduit son Premier-Né « dans le monde, que dit-il? Que tous les anges de Dieu « l'adorent. Parlant des anges, il dit qu'il a pris les es- « prits pour ses ambassadeurs et les flammes pour « ses ministres ; mais, s'adressant à son Fils : Ton « trône, lui dit-il, est un trône éternel, et le sceptre « de ton empire un sceptre d'équité. » Le reste est « digne de ce commencement.
2o Le chapitre quatrième {12, 13). Quelle grande idée il donne de la Parole, ou mieux du Verbe de Dieu ! « II est plein de vie et de puissance, plus péné- « trant qu'un glaive à deux tranchants ; il atteint jusce qu'aux derniers replis de l'âme, il en pénètre les « jointures et la moelle : le cœur n'a pas de secrets « pour lui ; il en démêle toutes les pensées et tous les « mouvements ; rien ne lui est caché, tout est à nu et (c découvert devant ses yeux... »
3° Le chapitre septième. « Quoi de plus imposant, « dit M. Glaire \ que la manière dont l'auteur sacré « met en scène Melchisédech, roi de justice et de « paix, sans père, sans mère, sans généalogie, sans « commencement ni fin : sublime symbole du prêtre « éternel, bénissant Abraham, recevant de lui la dîme « et se montrant le prêtre d'Abraham et de sa posté- (( rité, d'Aaron lui-même et de tous les Lévites de la « sainte tribu ! Quelle idée de grandeur ne nous « donne-t-il pas du même Jésus -Christ souverain « Prêtre, saint, innocent, sans tache, séparé des pé- « cheurs, plus élevé que les cieux ! »
4° Les chapitres vi, 4-8, et x, 26-31. Il est difficile de présenter sous des couleurs plus vives, plus saisis-
1 Inlrod., t. VI, p. 229.
santés, le crime de l'apostasie et le danger qu'il y a d'abuser des grâces de Dieu.
5° Nous signalerons enfin tout le chapitre douzième. C'est, avec l'éloge des patriarches, des prophètes et de tous les saints de l'ancienne loi, le plus beau panégyrique qui ait jamais été fait de la foi et des merveilleux effets qu'elle produit dans les cœurs.