CHAPITRE DEUXIÈME
Épitres catholiques
On désigne sous ce nom les sept épîtres qui, dans nos Bibles, suivent immédiatement celles de saint Paul. Ces épîtres sont : l'Epître de saint Jacques, les deux Épîtres de Saint Pierre, les trois Épîtres de saint Jean et l'Épître de saint Jude, Le nom de catholiques ou d'universelles leur vient probablement de ce qu'elles n'ont point été adressées à quelques églises particulières, mais à tous les Juifs dispersés dans l'univers. On les appelle aussi Epîtres canoniques, parce qu'elles font partie depuis longtemps du Canon des Livres saints.
Nous en traiterons séparément dans les quatre articles suivants.
ARTICLE I
Introduction particulière
I. Histoire abrégée de saint Jacques. — Saint Jacques, dit le Juste, et surnommé le Mineur pour le distinguer de Jacques le Majeur, frère de saint Jean, est encore appelé frère du Seigneur. Il était fils d'Alphée ou Cléophas K
1 Alphée ou Cléophas. Ea effet, ces deux noms n'en font qu'un, écrit la première fois en grec, 'AÀipaloî, et la seconde fois en hébreu, H'alphai.
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Après avoir occupé le siège de Jérusalem pendant trente ans, il fut mis à mort par Ananus, fils du grand prêtre Anne, la dixième année du règne de Néron, environ l'an 65 de Jésus-Christ*. Comme on voulait l'obliger à nier publiquement que Jésus-Christ était le Fils de Dieu, et qu'il s'y refusait, on le précipita du haut du Temple. Il lui restait encore un peu de vie ; mais un foulon l'acheva en lui déchargeant un coup de levier sur la tête.
L'historien Josèphes, à qui nous devons la plupart de ces détails, nous apprend en outre que les plus sages d'entre les Juifs désapprouvèrent ce meurtre, et en firent des reproches à Agrippa et à Albin, le nouveau gouverneur de la Judée. Saint Jacques fut enterré près du Temple, à l'endroit oi^ il avait été martyrisé.
II. Personnes auxquelles cette lettre est adressée. — Sa lettre est adressée aux douze tribus qui sont dispersées (i, 1). Quoique ces mots, dit Cellérier ^, semblent indiquer des Juifs, il est évident que c'est une épître chrétienne adressée à des chrétiens, mais sortis apparemment de l'école hébraïque. Les familles juives éparses dans tout l'Orient étaient divisées, comme on le voit dans le Talmud, en dispersions ou nations, dont chacune avait sa capitale. Ces capitales ressortissaient toutes à Jérusalem, qai était le centre de cette organisation et le point de ralliement des Hellénistes comme des Hébreux. Or il est probable que les premières églises judéo-chrétiennes adoptèrent la même organisation. 11 en résulte une présomption que l'épître dont il s'agit a été envoyée de Jérusalem aux Juifs devenuschrétiens,
III. Époque de sa composition. — Suivant le sentiment commun des anciens et des modernes, saint Jacques a composé cette lettre longtemps après que
1 Cfr M. Glaire, loc. cit., t. YI, p. 240.
2 Josèphe, Antiq. Jud.,\V\h.XX, cap. vni.
3 Loc. cit., p. 4j7.
saint Paul avait écrit aux Romains et aux Galates. Il ne voulait certainement pas combattre la doctrine de cet Apôtre; mais, afin de détruire l'abus que de faux docteurs faisaient, à ce qu'il paraît, du grand principe de la justification sans les œuvres, il insiste d'une manière particulière sur la nécessité des bonnes œuvres. On peut en rapporter la composition à l'an 61 ou 62.
IV. Soti authenticité et sa canonicité. — Plusieurs ayant soulevé des difficultés sur l'authenticité de cette lettre, on avait émis en même temps des doutes sur sa canonicité. Mais ces doutes ne tardèrent pas à s'évanouir. « Saint Jacques, dit saint Jérôme^ a écrit une « lettre qui est au nombre des sept Épîtres catho- « liques ; on dit qu'elle est d'un autre auteur, qui l'a « mise sous le nom de l'Apôtre, quoique peu à peu et « avec le temps elle ait été reçue comme canonique. » Elle est, en effet, citée par la plupart des Pères comme sont cités les autres livres de la sainte Ecriture. Il suffira, pour abréger, de nommer saint Irénée, Tertullien. Clément d'Alexandrie, Athénagore, saint Cyprien, saint Éphrem, Origène, etc. Elle figure dans tous les catalogues des Livres saints que l'on a dressés dans l'Église à diverses époques : elle est en particulier dans ceux de saint Athanase, des conciles de Laodicée et de Carthage, de saint Grégoire de Nazianze, de Rufin, de saint Augustin et du pape Innocent I".
Luther l'appelait une « épître de paille », et il la rejetait, sous prétexte qu'elle contredisait la doctrine de saint Paul sur l'insuffisance des œuvres légales pour le salut. Mais, comme nous l'avons déjà remarqué, ces deux auteurs ne se contredisent pas ; ils se sont placés à des points de vue différents, voilà tout. D'après saint Paul, pour arriver jusqu'à la justification, l'observation de la loi mosaïque n'est pas nécessaire : car c'est la foi qui justifie, ce ne sont pas les œuvres. Mais, pour conserver et pour accroître la justification, la foi
• De vit. illustr., ?,
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seule ne suffit pas : saint Jacques enseigne qu'il y faut joindre la pratique des bonnes œuvres. Il cite les mêmes textes et les mêmes exemples que saint Paul, non pour les réfuter, mais pour prévenir ou corriger les fausses interprétations que l'on pouvait en donner.
V. Son but. — Saint Jacques a donc écrit cette épître pour démontrer et inculquer aux chrétiens la nécessité des bonnes œuvres. Ce n'est pas cependant le seul but qu'il se proposait. Presque partout les chrétientés naissantes étaient persécutées par les Juifs, et avaient besoin de consolation. En leur prêchant la pratique des bonnes œuvres, il leur recommande en même temps la patience et la résignation. Enfin on peut conjecturer, par la nature de ses avis, qu'elles n'étaient pas exemptes de désordres, et que, par exemple, les riches n'avaient pas pour leurs frères pauvres toute la charité et tous les égards qu'ils leur devaient.
VI. Analyse sommah^e de cette épître. — En voici l'analyse. Dans le chapitrée premier (i), après avoir exhorté les chrétiens à la patience par la vue des avantages qu'on peut retirer des tentations et des épreuves auxquelles il plaît à Dieu de les soumettre, saint Jacques les engage à demander avec confiance au Seigneur les choses dont ils ont besoin, à écouter sa parole avec empressement, à la recevoir avec docilité et surtout à y conformer leur conduite par une vie pleine de bonnes œuvres.
Dans le chapitre deuxième (ii), il condamne l'injuste acception de personnes qui, dans les assemblées de fidèles, faisaient préférer les riches aux pauvres. II rappelle ce que Dieu a fait pour ces pauvres qu'on méprise, et le grand précepte de la charité fraternelle. Puis il revient sur l'obligation de manifester sa foi par ses œuvres.
Au chapitre troisième (m), il parle de l'usage que les chrétiens doivent faire de leur langue, de la difficulté de la bien gouverner, du bien et du mal qu'elle peut
produire. 11 le termine en assignant les caractères du véritable zèle et de la sagesse d'en haut.
Dans le chapitre quatrième (iv), il examine quelle peut-être parmi les fidèles la source de leurs discordes : ce sont leurs passions, qu'ils n'ont point assez répiimées. Qu'ils les combattent mieux à l'avenir ; qu'ils soient humbles ; qu'ils résistent au démon ; qu'ils s'approchent de Dieu, et Dieu s'approchera d'eux; qu'ils soient pleins d'égards, et sans envie, les uns pour les autres ; qu'ils ne jugent pas leurs frères ; avant d'entreprendre la moindre affaire, qu'ils songent à la fragilité de la vie.
Après une sortie vigoureuse contre les mauvais riches et l'annonce des malheurs prêts à fondre sur eux, il exhorte les pauvres à la patience par l'exemple des anciens Prophètes ; il leur recommande de ne point jurer et de bannir la tristesse. Il termine par quelques instructions sur V extrême-onction des malades, la confession mutuelle, l'efficacité des prières du juste, et les mérites de ceux qui convertissent les pécheurs. Tel est l'objet du cinquième et dernier chapitre (v).
Instructions et beautés principales de cette épître.
I. Instj'uctions. — Cette lettre est essentiellement pratique, et elle abonde en instructions morales. On y recommande, en particulier : la patience dans les épreuves (i, 2-4) ; — la confiance dans la prière (i, o- 7); — la mortification des passions (iv, 1, 2); — la pratique de la charité, laquelle ne distingue point entre les frères (ii, 1-9) ; — le malheur des mauvais riches (v, 1-6) ; — la vigilance que nous devons exercer sur noire langue (m, 2-10) ; — et enfin les consolantes promesses faites à celui qui aura travaillé à la conversion d'un pécheur (v, 19, 20).
On y rencontre aussi plusieurs vérités dogmatiques, telles que : la nécessité et le mérite des bonnes œu-
vres (i, 15; iv, 10, 17; v, 7-H ; ii, 14-26) ; — l'efflcacité de la prière (v, 16-18); — et l'existence du sacrement de V extrême-onction (v, 14, 15).
II. Beautés littéraires. — Envisagée sous le rapport littéraire, cette épître n'est pas sans mérite ; les critiques l'ont jugée, en général, d'une manière favorable. La diction de saint Jacques se distingue par la vivacité, la force et le ton sentencieux de l'auteur. « Le « style de cette épître, dit Michaélis *, n'est pas moins « classique que celui des autres livres du Nouveau « Testament, et les pensées y sont souvent exprimées « par de vives et élégantes figures, de sorte que saint « Jacques paraît avoir été doué d'un génie poétique... « On y rencontre bien, il est vrai, quelques mots « qu'un écrivain plus correct n'aurait pas employés;... « mais cela tient peut-être à ce que l'auteur n'était (( pas accoutumé à écrire en grec. Les sujets n'y sont « pas toujours arrangés méthodiquement : il y a de « fréquentes transitions de l'un à l'autre, et, quand « même le sujet n'est pas interrompu, on ne saisit pas « toujours la liaison des périodes. » Gellérier - en a porté à peu près le jugement : « Les phrases de saint « Jacques, dit-il, nettes et précises, se suivent d'ordi- « naire svec rapidité, sans transition arrangée et sans « liaison naturelle, comme autant de sentences ou « d'articles de loi. Ce n'est pas un homme exercé à « écrire, on le voit; mais c'est une tête claire et un « cœur pénétré. Tout plein de l'importance de ses « préceptes, de la sainteté de la vocation chrétienne, « il reste pourtant maître de ses impressions et de ses « paroles; et c'est avec un ton constant, digne, calme « et austère, qu'il profère les oracles de l'Esprit- « Saint. » Justifions ces appréciations par des exemples. Quoi de plus juste et en même temps de plus gracieux que les comparaisons et les images conte-
1 Loc. cit., t. IV, p. 216.
2 De Vorig. auth. et div. du N. T., p. 280-282.
nues dans le premier chapitre (10, 14, 17, 23, 24) ? — Avec quelle sainte liberté, avec quelle heureuse originalité surtout, dans le chapitre suivant, il fait sentir aux chrétiens l'injuste partialité que plusieurs affectaient à l'égard de leurs frères (ii, 2-4, 15, 16) ! » Les Prophètes n'ont rien de plus dramatique ni de plus animé.
Le même sentiment d'indignation a inspiré contre les mauvais riches l'éloquente sortie qu'on lit au chapitre v, 1-7.
L'Apôtre s'y élève jusqu'au sublime : on croirait lire une page détachée des livres des anciens Prophètes. Nourri de la lecture de leurs écrits, saint Jacques a fait passer dans le sien la chaleur et l'énergie, qui en sont un des caractèes distinctifs.
ARTICLE II
Histoire abrégée de saint Pierre. — Saint Pierre , nommé autrefois Simon, et appelé aussi Bar-Jona, du nom de son père, était né à Bethsaida, petit bourg de Galilée (Joan,, i, 44). Il fut un des premiers disciples choisis par Jésus-Christ (Matth., iv, 18-20). André, son frère, le lui ayant amené, Jésus changea son nom de Simon en celui de Céphas, qui en syriaque signifie Pierre fJoan., i, 42). Le nouveau disciple se distingua par un zèle ardent et un amour sans bornes pour le Sauveur (Matth., xiv, 28, 29; xxvi, 51; Joan., xxi, 7), et Jésus le choisit pour être le Prince des Apôtres et le Chef de l'Église. Saint Pierre, après l'ascension de Notre-Seigneur, fonda l'église d'Antioche, prêcha la foi dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, ainsi que le prouve sa première épître (i, 1) et comme le rapportent saint Jérôme et Eusèbe de Césarée.
Il vint ensuite à Rome, où il établit son siège et où, l'an 67 de l'ère vulgaire, il eut le bonheur de mourir
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pour son Maître. Il fut crucifié la tête en bas. Ceux qui veulent connaître plus en détail la vie, les travaux et les miracles de ce glorieux Apôtre, peuvent lire les chapitres i-v, viii-xii et xv du livre des Actes. Nous avons deux lettres de saint Pierre.
Première épitre de saint Pierre