VI
Adoration des Mages (Matth., ii, 1-12)
I. « Quum ergo natus esset Jésus Bethlehem Juda « ecce Magi ah Oriente venerunt lerosolymam. » Chaque mot demande une explication.
1° — « Quum.... natus esset Jésus.... ecce. » On ne s'accorde pas sur l'époque précise où les Mages arrivèrent à Bethléem. Suivant plusieurs, ce fut le treizième jour qui suivit la naissance du Sauveur et probablement l'apparition de l'étoile, c'est le jour où l'Église célèbre la mémoire de cet événement. Les Mages seraient arrivés, par conséquent, avant la présentation de Notre-Seigneur au Temple. Mais comme, suivant saint Matthieu (ii, 13-14), la fuite en Egypte semble avoir eu lieu aussitôt après leur départ, d'autres critiques ^ renvoient l'arrivée des Mages après la Présentation. Saint Luc, il est vrai, dit que Marie et Joseph, ayant tout accompli selon la loi du Seigneur, retournèrent à Nazareth (Luc, ii, 39). Maison peut supposer, avec le P. de Ligny ■', qu'ils n'y retournèrent que pour mettre ordre à leurs affaires et qu'ils revinrent s'établir à Bethléem, où saint Joseph, après la
1 Cfr le docteur Gratz, loc. cit., p. 457, et M. V. Guérin, loc. cit., p. 207.
- Olshausen, Néander, Wiéseler, le P. Patrizi, M. l'abbé Dehaut, etc.. Le P. Pdpebroch avait déjà proposé cette^explication.
3 ViedeN.-S. J.-C, t. I, p. 35.
76 COURS d'écriture sainte
mort d'Hérode, paraît avoir eu la pensée de retourner (Matth., II, "22). Ce qui semble supposer qu'il y était déjà établi.
2° <c Magi. » Ce mot vient probablement du mot persan Mogh, nom que les Perses donnent encore aujourd'hui au prêtre ^ Quelques auteurs le font venir d'un mot hébreu qui signifie mussitantes^ méditantes.
Quoiqu'il en soit de l'origine et de l'étymologie de cette expression, elle désigne des personnagjss considérables, c'est-à-dire des sages ou savants, des prêtres et des rois ou au moins des princes. Ainsi les Mages s'offrent à nous le front ceint d'un triple diadème : le diadème de la science, celui du sacerdoce et le diadème de la royauté. Suivant une ancienne tradition, ils descendaient d'Abraham par Célura (Gen., xxv, 1).
On croit généralement que les Mages n'étaient que trois ; et ce sentiment, qui est celui de la tradition, est assez certain pour qu'on ne doive pas s'en écarter dans les travaux d'iconographie chrétienne-''. 11 est confirmé par plusieurs bas-reliefs de la plus haute antiquité où les Mages figurent toujours au nombre de trois ^.
La tradition nous a aussi conservé leurs noms et le portrait que le vénérable Bède en a tracé, à la fin du septième siècle ou au commencement du huitième : « Primus dicitur fuisse Melchio7\ senex et canus, pro- « lixa barba et capillis. Hic aurum obtulit Régi Domino. « Secundus Gaspar,juvenis, imberbis, rubicundus, thure « quasi Deo oblatione digna Deum honorauit. Tertius (( Fulcus (on l'appelle plus communément Baltha- « sard), intègre barbatus, per myrrliam Filium hominis « moriiurum professus est. »
3" — « Ab Oriente venerunt. » Mais de quelle contrée de l'Orient? On croit communément que c'est de l'A-
1 Cfr le P. Patrizi, loc. cit.
2 Gît An ilect i pontifie., 22elivi-aison.
3 Cfr Ann.de philos, chrét., 20' ami., mai 1858.
EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 77
rabie Déserte, non loin des bords de l'Euphrate, peutêtre de la Chaldée ou de la iMésopotamie. — a) Cette contrée est à quelques jours de Jérusalem; — b) elle produit de l'or, de l'encens et de la myrrhe, dons offerts à l'Enfant-Dieu ; — c) les prophètes semblent l'avoir eue en vue : « Reges Arabum et Saba dona adducent {T?s., « Lxxi), » et ailleurs : Omnes de Saba venient, aurum et « thus déférentes (Is., lx, 6) ; — d) enfin, c'était dans ce pays, ou non loin de là, qu"habilait Balaam dont les Mages étaient les successeurs et dont ils connaissaient sans doute la célèbre prophétie : « Orietur Stella de « Jacob, et consurget virga de Israël (Num., xxiv, 17). »
•4° « hrosolymam. » Jérusalem étant la capitale du royaume, ils devaient naturellement y aller prendre des informations sur sa naissance du nouveau Roi des Juifs. Ils avaient appris sa naissance par l'apparition de l'étoile, mais ignoraient la ville où il devait naître : « Ubi est qui naïus est Rex Judœorum (i- 1) ? » Ce fut aussi, disent les Pères, afin de rendre les Juifs plus inexcusables en appelant directement leur attention sur l'accomplissement des oracles dont ils étaient les dépositaires et les interprètes.