LES NOBLES
Dans la monarchie franque, oti avaient disparu, à la fois, la noblesse romaine et la noblesse germanique, nous avons vu une nouvelle noblesse en voie de formation. Elle est toute formée dans la société féodale ; elle a été créée par la coutume, et sontdevenus nobles tous ceux qui, auplusfort deTanarchie,
i. Ces droits originairement n'avaient eu aucune raison d'être pour la succession allodiale; Li droit et li cous ixime s de Champ ai g ne et de jB?'ie (xiii® siècle), ch. vin : u Et d'échanse qui mueve d'aluef ou de censives, une suers prent rontrc un frère. »
l'état des personnes 221
ont pu se consacrer au métier des armes, défendre leurs biens et leurs clients. Gela supposait en eux deux choses : le courage et la fortune, c'est-à-dire la possession de la terre, qui représentait alors presque la seule richesse. La noblesse féo-* dale a conservé de cette origine deux traits distinctifs : elle es à la fois terrienne et militaire, et cela se voit bien par ses deux principales manifestations.
Elle se manifestait d'abord par la possession des fiefs. « Les fiefs doivent estre as gentix homes par ancienne coutume », dit Beaumanoir*. En effet, les services qu'ails emportent sont nobles : c'est, avant tout, le service militaire, et, parle fief, le noble tient à la terre en même temps qu'au métier des armes.
La noblesse se manifestait en second lieu par l'entrée dans la chevalerie. La chevalerie est Tune des institutions les plus importantes du moyen âge : elle a son côté juridique, comme son aspect politique et religieux*. Elle se ramenait à une vaste confrérie, sans cadres fixes et sans organisation précise, mais avec des règles de conduite et des devoirs professionnels; en d'autres termes, c'était une noblesse féodale considérée dans l'accomplissement de ses devoirs militaires. Dans le latin du moyen âge, le mot miles signifie à la fois noble et chevalier, attestant ainsi la correspondance exacte de ces deux qualités. Tout noble était naturellement destiné à entrer dans la chevalerie, et c'était une nécessité juridique pour le mâle, qui, mineur, avait hérité d'un fief, lorsqu'il arrivait à la majorité féodale*. C'était pour le noble-vassal ce que la prise de la toge virile était jadis pour les fils des patriciens romains; plus encore, la constatation de son aptitude à remplir les devoirs de son état. On n'arrivait normalement à la chevalerie qu'après un long' stage, après une éducation toute particulière, qui se donnait dans le monde des châteaux féodaux^