‹ Cours élémentaire d'histoire du droit français a l'usage des étudiants de première année (volume 3)Chapitre 219 sur 573 · L.v souverainetT: reconstituée · texte numérisé non relu

L.v souverainetT: reconstituée

seignemeut ainsi conduit fut prodigieux. Dès le xii® siècle, les étudiants, venus de tous les points de la chrétienté, affluèrent à l'école de Bologne; puis des maîtres se détachèrent pour aller porter dans d'autres contrées le nouvel évangile ; des écoles se fondèrent en Italie et en France pour enseigner le droit romain. Cotte rénovation devint un des facteurs les plus importants de la civilisation européenne; elle n'eut pas seulement une grande influence, comme on le verra plus loin, sur le développement du droit privé ; elle en exerça une non moins profonde sur le droit public et sur la pensée même des nations occidentales. C'est là un fait de premier ordre, au point de vue scientifique et politique à la fois.

Le moyen âge jusque-là n'avait point été dénué de culture intellectuelle; mais ce qui représentait la haute spéculation, celle qui fournissait à la société les principes dirigeants, c'était une science purement religieuse et ecclésiastique, la théologie* Elle régnait en maîtresse sur le monde des idées, et toutes les autres branches des connaissances humaines rampaient à ses pieds et dans son ombre. Avec la renaissance des études de droit romain, cette royauté futfortement entamée*. Unescience nouvelle naquit, indépendante et laïque, la science de la société civile, telle que l'avaient dégagée les Romains, et qui pouvait passer pour le chef-d'œuvre de la sagesse humaine. L'autorité des lois romainesremises en lumière s'imposa à TOccident naturellement et sans lutte. Le grand renom de l'Empire romain n'était jamais sorti de la mémoire des hommes, ■et Ton sait quelle force avaient sur les esprits du moyen âge les textes anciens : un texte, une auctoritas valaient mieux que toutes les raisons. Il en résulta qu'à côté du théologien se plaça le légiste, qui avait, comme lui, ses principes et ses textes, et qui lui disputa la direction des esprits avides de savoir. L'influence de la nouvelle science laïque se fit même sentir sur les sciences ecclésiastiques : le droit canonique fut pénétré profondément par le droit romain restauré. L'Eglise^ sentit bien cette concurrence redoutable qui lui était faite; elle essaya, mais vainement, de défendre la théologie, de lui conserver la suprématie. En 1 180, Alexandre III interdit Tetude

1. Esmeirj, Nouvelle revue historique de droite 1S86, p. 430-431; — ^Tarcel Ponrnier, U Église et le droit romain au xiii® siècle^ ihid.^ 1890, p. 80 et suiv* 1^. 22

LE I>ÉVi:i.OPPEMENT DU POUVOIR ROYAL

du droit romain à tous les moines*. En 1219, Ilonorius III étendit la prohibition aux prêtres et à tous les clercs jusqu'aux archidiacres*. Enfin le même pape défendit absolument d'enseigner le droit romain à l'Université de Paris et dans les lieux voisins* : TUniversité de Paris, c'était le foyer principal de la théologie; la papauté en bannissait la science rivale.

Par cette influence doctrinale, le droit romain devenait, comme je Tai dit, un facteur social important, car toute nouvelle orientation scientifique, quand elle prévaut, amène fatalement une modification dans la constitution même de la société- Mais il eut une action politique plus directe et immédiate. Les légistes, en efTel, ne considérèrent pas seulement les lois romaines comme la science et le droit du passé; ils s'employèrent, avec une foi profonde, à leur rendre la vie, à les faire passer dans la pratique, soit pour le droit privé, soit pour le droit public. Les uns, comme les maîtres de l'école de Bologne, n*hésitaient pas à demander qu'on les appliquât telles quelles ; d'autres, comme nos romanistes de la première moitié du XIV® siècle, comme Bartole et son école, les adaptaient au milieu, les infusaient, comme un sang nouveau, dans les institutions anciennes. Mais, au fond, la tendance était la même, et Tœuvre s'accon)plissait rapidement, dans une large mesure ; car, en France surtout, le personnel gouvernemental et administratif se recruta bientôt principalement parmi les légistes. Or voici la conséquence quant au droit public.

Dans la compilation de Justinien, ils trouvaient l'image d'une monarchie absohïe et administrative, d'où la liberté était absente, mais d'où étaient également bannies les violences et la grossièreté de la société féodale, oii régnaient Tordre et la justice et où la notion de l'Etat était pleinement développée avec toutes ses conséquenoc<=^. Ils y trouvaient la pleine souveraineté dans la personne de Fempereur, qui seul faisait la loi et par elle commandait à tous, levant seul les impôts et les levant sur tous les sujets de l'empire, exerçant seul le droit de rendre lajustice par lui-même ou par des magistrats, dominant enlin jusqu'à l'Église, malgré les grands privilèges que celle-ci

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