L.E DÉVELOPPEMENT DU POUVOIR ROYAL
quer les États généraux proprement dits, pouvait très bien ne convoquer qu'un ou plusieurs des ordres qui les composaient, lorsque cela lui paraissait suffisant pour atteindre le but qu'il poursuivait*. Par là, l'inslitution, considérée comme source des libertés publiques, recélait un vice originel dont elle ne sut pas se guérir.
L'hypothèse que j'ai produite sur Torigine des États généraux' est confirmée par d'autres faits. La formation d'assemblées nationales analogues à nos Etats généraux est un phénomène qui se produit, dans l'Europe du moyen âge, chez toutes les nations qui sont parvenues à une certaine unité, malgré la forme féodale; et partout elles se constituent sur les mêmes bases, c'est-à-dire par Tadjonction des députés des villes aux principaux seigneurs laïques et ecclésiasti^jues^. Gela se produisait tout d^'abord en Espagne ; en 1 188 et 1189, les députés des communes furent associés aux barons et aux prélats dans les cortès de Léon et de Gastille^. Dans l'empire d'Allemagne, les villes eurent des députés à la Diète à partir de Tannée 1232; mais ils ne formèrent un ordre à part qu'au commencement du xiv® siècle. En Angleterre surtout, les origines du parlement correspondent exactement à l'origine de nos États généraux. C'est en 1297, sous Édouard P', qu'apparaît le « Model Parliament par Tadjonction définitive de députés élus aux prélats et aux principaux vassaux qui composaient le magnum concihum du roi. C'est aussi une représentation de la nation divisée en trois ordres, quoique la représentation ne repose pas exactement sur les mêmes bases qu'en France^. Cette coïncidence n'est point fortuite. Si, dans l'espace d'un siècle et demi, des assemblées nationales, présentant un caractère d'anaJogie indéniable, se forment dans les principaux États de l'Europe occidentale, c^'est qu'elles sont un produit naturel de l'évolution historique.
1. Hervieu, op, cit.^ p. 3, 24. — Voyez les prélats et barons seuls réunis, Ord.y 1, 347,412; les bourgeois seuls réunis, Or^i I, 512, 548. — U faut ajouter que pendant longtemps on distingua et on réunit séparément les États généraux de la langue d'oïl e* les ÉtaAs de la langue d'oc (Hervieu, op. cit., p- 2).