‹ Cours élémentaire d'histoire du droit français à l'usage des étudiants de première année \ (volume 4)Chapitre 489 sur 533 · Sur ce qu'étdiiM;t les Sommes, voyez plus loin a" II · texte numérisé non relu

Sur ce qu'étdiiM;t les Sommes, voyez plus loin a" II

Qaoi qu'il en soit, l'Ecole de Bologne éclipsa toutes les autres; c'est elle qui fournit, pour l'enseignement du droit romain, des maîtres à rilalio et aux autres pays d'Europe. Sa méthode et sa doctrine s'imposèrent partout, et l'empreinte dont elle marqua la science du droit est si profonde qu'on peut encore en retrouver aujourd'hui la trace sur bien des points. Ce fut justice d'ailleurs; à côté de l'immense travail qu'elle accomplit, les efforts des Prébolonais, comme on appelle parfois les précurseurs d'Irnerius, en réalité étaient peu de chose. C'est l'École de Bologne et les autres écoles qui se formèrent à côté d'elle en Italie qui dictèrent en France l'interprétation du droit romain ; jusqu'au xvi^ siècle, notre pays fut tributaire, à cet égard, des docteurs italiens. II faut donc dire un mot de leurs principaux représentants.

On peut appeler proprement École des glossateiirs ou Ecole de Bologne la série des maîtres qui se formèrent et enseignèrent dans cette ville, depuis sa fondation par Irnerius jusqu'à la rédaction de la glose d'Accurse, dans le premier tiers du xiii^ siècle. Le nom de glossaleurs leur vint des gloses, ou explications généralement brèves^ qu'ils composaient pour éclairer les parties délicates et importantes d'un texte, et que l'on recueillit dans les manuscrits avec le texte même, d'abord entre les lignes, puis en marge*. Cela indique que leur enseignement était essentiellement exégélique, c'est-à-dire qu'ils lisaient et expliquaient Tune après l'autre toutes les lois d'un même titre du Digeste ou du Code. En même temps ils furent amenés à composer les casus, c'est-à-dire à reconstituer l'hypothèse prévue par chacun des textes qu'ils expliquaient. Enfin, nous avons encore un autre produit notable de leur enseignement : ce sont les Suinmse ou Sommes dans lesquelles un maître résumaittitre par titre le contenu d'un des recueils qui composent la compilation de Justinien, donnant ainsi une Somme des Instilutes, dn Digeste ou du Code j c'est par là sur-

1. Les gloses qui nous sont restées contiennent d'ailleurs des exposés de nature très diverse, depuis les simples remarques grammaticales jusqu'aux théories juridiques le> plus importantes, quoique succiuctes; voyez Pescatore, Die Glossen des Irnerius, p. 49 et suiv.

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lout qu'ils obtenaient une synthèse du droit romain à laquelle Irnerius s'éleva peut être du premier coup' . Nous avons ainsi une idée de leur méthode; disons quelles étaient leurs qualités et leurs défauts, ,

Leur qualité maîtresse fut de procéder à l'étude directe, intégrale et minutieuse des textes qui figurent au Corpus jurk civilis. Ils les examinèrent isolément et les comparèrent entre eux avec un soin et une critique vraiment admirables; si bien que, pour beaucoup d'entre eux, ils ont fixé le sens d'une façon définitive. Leur principale faiblesse, c'est que pour interpréter les textes juridiques, ils n'avaient que ces textes eux-mêmes à leur disposition. Ils ne connaissaient bien ni l'histoire romaine* ni la littérature latine, et, par suite, ils ne pouvaient comprendre le sens et la portée de beaucoup d'institutions, ne connaissant pas le milieu où elles s'étaient développées.

Leur influence profonde ne se fit pas seulement sentir par la doctrine et la méthode; elle imposa encore au recueil des lois romaines, tel qu'il passa dans l'usage, une forme et des divisions particulières. Ils adoptèrent une traduction latine des Novelles, différente de VEpitojne Juliani qui antérieurement s'était fait recevoir en Occident; ils lui donnèrent le nom dH Authenticum , parce qu'ils pensaient, peut-être avec raison, posséder en elle une collection officielle ', et la divisèrent en neuf parties ou collationes . Acceptant la compilation de Juslinien comme une législation encore en vigueur, ils

1, Ua certain nombre décrits des anciens glossateurs, inédits ou rares, ont été publiés eu Italie ces dernières années, dans la Bibliotheca juridica medii aevi sous la direction du professeur Gaudenzi.

2. Ou connaît la boutade de Rabelais, Pantagruel, 1, II, ch. x : « Ineptes opinions de Accurse, Balde, Bartole, de Castro, de Imola, Hippolytus, Panorme, Bertachius, Alexauder, Gurtius et ces autres vieux mastins qui jamais n'entendirent la moindre loy des Pandectes, et n'estoient que gros veaux de disme, ignorans de tout ce qui est nécessaire à l'intelligence des loix. Car, comme il est tout certain ils n'avoient cognoissance de langue ny grecque ny latine mais seulement de gothique et barbare... Au regard des lettres d'humanité et cognoissauce des antiquités et histoires ils en estoient chargés comme un crapaud de plumes, dont toutesfois les droits sont tous pleins et sans ce ne peuvent estre entendus, »

I 3. Une opinion soutient en effet que cette traduction est celle faite en Italie pour les nouveaux sujets latins que la conquête avait donnés à Justinien; voyez dans ce sens Zachariae, Zur Geschichle des aut/ienlicum. Dans l'opinion dominante, on ne voit qu'une œuvre privée ; Krueger, Histoire des sources § 48 j Girard, Manuel élémentaire de droit romain, p. 78,

furent amenés à faire prédominer les plus ant-i. Mines sur les plus récentes, et, par suite, il sentirent le h<'s.)in d'indiquer dans le Code même de cet empereur les mn.,'ilic;uions qu'y avait apportées, sur certains points, le droit dos Novelles. Ik le filent par des extraits de ces dernières, qu'ils insérèrent dans le GoJe à la suite des constitutions qu'elles modifiaient, et ils appelèrent ces addilions Authenlica, les Aiit/ie7}tigues^. Les Authentiques, d'ailleurs, continrent parfois des constitutions, non des empereurs romains, mais des empereurs d'Allemagne; caries Bolonais considéraient ces dernières comme la continuation véritable du droit romain*. C'est pour une raison semblable qu'ils insérèrent au volumen legnm les Libri feudorum'\ Enfin ils adoptèrent une division tripailiie du Digeste qui devait être longtemps suivie dans l'ÉcoU'. Elle comprenait le Dbjestum vetiis (I. i-xxiv, t. 2), Vlnfortiaiwn{\. xxiv, t. 2-xxx.vnij et le Digestum novum{[. xxxix-l); elle rappelait probablement l'ordre historique dans lequel l'École, à ses débuts, avait successivement connu ou utilisé les livres des Pandectes.

Les glossateurs les plus célèbres furent : Billgarus, Martinus Gosia, Jacobus et Hugo, surnommés les quatre docteurs^ les successeurs immédiats d'irnerius ; Rogerius, Placentinus, Johannes Bassianus, Otto et Azo *. Placenlin professa enFrance, à Montpellier, probablement de 1170 à 1183 et mourut dans cette ville en 1192 °. Azo enseigna également en France, du moins en Provence®.

Dans le premier tiers du xm^ siècle se produisit un fait d'une importance capitale. Le professeur Accurse (1182-1260) eut l'idée d'élever à l'Ecole de Bologne un monument digne

1. Beaucoup parmi les authentiques sont l'œuvre même d'Iruerius, et c'étaient d'abord des gloses comme les autres, Pescatore, op. cit., p. H, 14, iJ9 et suiv. — Filtiug, Summa codicis des Irnerius, Einleituug, a" 17, p. 43 et suiv.

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