‹ Cours élémentaire d'histoire du droit français à l'usage des étudiants de première année \ (volume 4)Chapitre 491 sur 533 · Flach, loc.cit., p · texte numérisé non relu

Flach, loc.cit., p

6. J'en ai donné un exemple notable, dans la Notivelle Revue historique, 1887, p. 328 et suiv.

7. Si»- les cinq premiers, Savigny, op. cit., VI, p. 208, 277, 281, 320, 372;sur le dernier, Pauzirolus, De cldris legum interprelibus,\. Il,ch. cixvu.

La France^ nous l'avons vu, à la fin du xiii® siècle et au commencement du xiv% avait possédé une école originale de roma- .nistes. Elle eut pour représentants Jacques de Revigny, Pierre de Belleperche {P.de Beilapei'tka)^ Guillaume de Cunéo, Petrus Jacobi et Johannes Faber *. Tous les quatre furent professeurs aux universités de Toulouse, Montpellier ou Orléans ; en outre, Pierre de Belleperche devint chancelier de France, Guillaume de Cunéo mourut évêque, et Johannes Faber fut avocat et juge seigneurial. Ce qui les distingue surtout, c'est le caractère vivant et pratique de leurs écrits. Ils s'efforcèrent constamment de féconder par les principes du droit romain les institutions coutumières et politiques de leur époque*, et d'en établir la théorie. Gela est vrai, surtout des deiis ouvrages qu'a laissés Jean Fabre, son Breviariwn in Codicem ou Somme du Code, et son Coynmentarius ad Instituta\ aussi, dans l'ancienne France, recut-il le nom de Pater practicde. Mais celte brillante floraison s'arrêta là : la France se noya dans le courant bartoliste dont elle avait été la source ; et, jusqu'au xvi^ siècle, ce furent les écrits des docteurs italiens qui fournirent aux écoles et aux tribunaux, l'interprétation du droit romain, de même que, précédemment, elle avait été fournie par la glose'.

Mais, au XVI® siècle, se produigit, dans notre pays, une nouvelle renaissance des études de droit romain, qui différa profondément de celle des xi« et xii° siècles. Elle fut une conséquence de la Renaissance proprement dite, et présenta deux caractères distinctifs. 1° lîllie eut pour but de rendre aux lois romaines leur véritable portée et leur sens originel, au moyen

i. Savigny, op. cit., Yl, p. 27-46.

2. Ou peut s'en apercevoir aux nombreuses citations que j'ai empruntées à la Praclica de Jacobi et aux Institutes de Faber.

3. Par certains passages d"auteurs littéraires, ou peut constater quels étaient les romanistes les plus connus en Franee. Voyez le passage de Rabelais, plus haut cité, p. 765, note 2. On peut y joindre les passages suivants. Corneille, Le Menteur, acte I, scène v[ : « Je sais le Code entier avec les Authentiques, — le Digeste nouveau, le vieux, Vlnfortiat, — ce qu'en a dit Jasou, Balde, Accurse, Alciat. » — Molière, M. de Pourceauqnac, acte II, scène xni ; « Si TOUS consultez nos auteurs, — législateurs et glossateurs, — Justinian, Papinian, — IJlpian et Tribonian, — Fernand, PiebuffCj Jean Imole, — Paul Castre, Juliau, Barthole, — Jason, Alciat et Cujas. »

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de l'histoire et de l'érudition. 2oElle tendit à faire la synthèse et le système du droit romain, ainsi reconstitué, pour cl^;'^ag■er son esprit et sa philosophie'. En même temps, elle introduisit dans ces études, qui continuèrent à être exposées en langue latine, le latin poli et élégant des humanistes, au lieu lie ridiome barbare qu'avaient parlé les glossateurs et surtout les Bartolisles. Ce mouvement*, comme toute rénovation, eut ses précurseurs qui furent un Italien. Alciat, et un Français, Budée; elle eut son loyer principal dans la petite Université de Bourges ^ Ses représentants les plus illustres, que je choisis au milieu d'une véritable pléiade, furent Cujas, Doneau et Jacques Godefroy.

Cujas (lo22-1590) * professa un peu partout dans les écoles de France, comme c'était alors l'usage pour les maîtres célèbres, mais surtout à Bourges. Il a laissé une œuvre d'une étendue et d'une richesse admirables. Il représente surtout, dans l'école du xvi' siècle, la méthode historique etl'érudition appliquées au droit romain, et jamais peut-être on n'en a tiré de plus fécorfds résultats. Ses principaux ouvrages sont : 1» ses Observationes et emendatw?ies, en dix-huit lis'res, oh il éclaire et souvent rétablit d'innombrables passages des lois et des auteurs latins; 2° ses Commentaires sur les fragments des principaux ouvrages des grands jurisconsultes épars dans le Digeste. En rapprochant livre par livre les débris d'un même ouvrage, Cujas a essayé de leur rendre, dans la mesure du possible, leur physionomie originale. C'estainsi qu'il areconstitué en partie Papinien, Paul, Julien et Modestin". Cujas

1. Rabelais a dégagé nettement tous ces caractères, Pantagruel, 1. II, ch. x. Voyez le fragment cité plus haut, p. 765, note 2, et encore ce passaige : « Davantage, veu que les loix sont extirpées du milieu de philosophie morale et naturelle, comment l'euteudront ces foiz, qui ont par Dieu moins estudié en philosophie que ma mulle. »

2. Sur ce qui suit, voyez Adolphe Tardif, Histoire des sources du droit français, orif/iîies romaines, ch. vi, p. 463 et suiv. ; — Stintzing, Geschichte der Deutschen Rechlswissenschaft, 1880, t. I, ch. x, p. 367-385.

3. Voyez dans Rabelais, Pantagruel, I. II, ch. v. le passage où Pantagruel visite successivement les diverses universités de France; en dernier lieu « Ainsi vint à Bourges, où estudia bien longtemps et profita beaucoup en la Faculté des loix. »

4. Berriat Saint-Prix, Histoire du droit romain suivie de l'histoire de Cujas, Paris, 1821.

5. La meilleure édition des œuvres de Cujas est celle de Naples en 11 volumes.

a suivi la méthode exég-étique, tempérée par les reconstitutions dont il vient d'être parlé. — Doneau représente surtout la synthèse du droit romain*. Né, en 1327, à Chalon-sur-Saône, il étudia d'abord à Toulouse, puis à Bourges oii il professa. Protestant, il dut fuir la France après la Saint-Barthélémy et se réfugia en Hollande, puis en Allemagne, où il mourut eii 1391. Son principal ouvrage est iniiiulé Co?7î7nentarii juris civilis, en vingt-huit livres. Les seize premiers livres parurent st'uls de son vivant; les livres dix-sept à vingt-huit furent publiés après sa mort et sur ses notes par Scipio Gentilis. — Jacques Godefroy appartient à cette école, plutôt par sa filiation scientifique que par le temps où il écrivit. Il est en effet uu auteur duxvn* siècle (1382- 1652). Il fut, pour le droit du Bas-Empire et surtout pour le droit public de cette époque, ce que Cujas avait été pour le droit privé. Son principal ouvrage, ses Commentaires sur le Code théodosien^ garde aujourd'hui encore toute sa valeur^ Un autre Godefroy, Denys Godefroy, le père du précédent, doit être également cité, pai'ce qu'il a donné au Corpus juris civilis une forme qui est restée classique dans les éditions françaises : il a ajouté aux documents, qu'y avaient joints les Bolonais, d'autres textes, publiés et traduits du grec au xvi^ siècle, des constitutions buzantines et spécialement les Novelles de Léon le Philosophe. Les notes dont il avait accompagné les textes du Corpus juris civilis ont été longtemps renommées.

Celte grande Ecole française du xvi^ siècle exerça une immense influence scientifique sur le monde entier, et spécialement sur l'Allemagne'; mais son influence sur la pratique, sur l'interprétation du droit romain, tel qu'il était appliqué par les tribunaux, fut beaucoup moins considérable. Ceux-ci restèrent en grande partie fidèles aux doctrines qu'ils tenaient de l'École bartoliste. Cujas exerça sur le développement des

1. M. Ad. Tardif, op. cit., p. 436, place Doneau parmi ies BartoUstes, comme « le plus émiaent repré?eutaut de l'École dogmatique ou bartoliste. » C'est là une erreur manifeste. Doneau fat, il est vrai, l'adversaire de Cujas k Bourges, mais pour des raisons personnelles. 11 est dogmatique, comme tous ceux qui synthétisent; mais sa méthode est aussi éloignée que possible de celle des Bartolistes; voyez un exemple de la dilféreace des procédés dans la Nouvelle Revue historique de droit, 1888, pp. 342 et 34a.

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