LA JURIDICTION ECCLÉSIASTIQUE
INous avons vu les premières origines de la juridiction ecclésiastique et son développement dans la monarchie fran que. Elle atteignit son apog-ée dans lasociéLé féodale ; Tépoque de sa plus grande puissance doit, pour la France, être fixée au xii® siècle. Elle avait acquis une compétence très étendue, statuant sur les causes civiles et criminelles, tantôt à l'exclusion de la justice séculière, tantôt en concurrence avec elle. Dans la mesure oii elle s'exeiçait^ elle était devenue complètement indépendante du pouvoir civil; il n'y avait contre elle aucun recours devant la justice séculière. Cette exaltation de la juridiction ecclésiastique tenait à deux causes principales. C'était^ avant tout, l'abaissement du pouvoir civil, l'obscurcissement de la notion de l'Etat qui l'avait rendue possible. Le seigneur féodal ne tenait à la justice qu'à raison des profits qu'elle rapportait,à raison des amendes et des confiscations, et, tant que la justice de l'Eglise n'empiétait pas sur ce terrain, il voyait sans jalousie ses empiétements; il ne résista que lorsqu'elle menaça (et c 3 fut l'exception) ses intérêts pécuniaires. En second lieu, les tribunaux ecclésiastiques avaient pour eux l'opinion publique au moyen âge*. Ils avaient, en eilet, une
1. Thomassiu, Veius et nova EccL discip., part. II, 1. 11^ c. xxxix ; c. lf, X, De elect,, I, 6 ; c. 11, X, De sLatu mon,, IIJ, 35 ; c. xxv/X, De jur^e patr.^ III, 38,
2. Luchaire, Histoire des institutio?is monarchiques sous les premie?'s Capétiens (ire édit.), t. II, p. 83 et saiv.