Édition l^aul Viollet
LA COUTUME ET LE DROIT ROMAIN
gué par lui-môme \ Dans ce sens, on invoquait d'abord le titre même du livre. Puis Touvrage contient une ordonnance authentique de saint Louis, celle qui supprime le duel judiciaire, et un règlement sur la procédure des juridictions royales; enfin, un certain nombre de manuscrits contiennent une préface, dans laquelle parle saint Louis, ordonnant ces établissements. Mais depuis longtemps on avait reconnu que c'était Tœuvre d'un particulier; la démonstration définitive a été faite de nos jours par M. Paul Viollel, qui a su dégager tous les éléments constitutifs de cette compilation ^. L'auteur inconnu était sans doute un officier royal qui écrivait un peu avant Tannée 1272. Son œuvre, comme les précédentes, est surtout un conliimier y renforcé de droit romain et canonique; mais son procédé de composition est particulier. 11 a pris pour base de son travail des recueils antérieurs, purement coutumiers, ou des règlements royaux, et il les étaie ou parfois les retouche par des références au droit romain et au droit canonique^. Les neuf premiers chapitres du premier livre sont copiés sur un règlement fait pour la prévôté de Paris et reproduisent aussi l'ordonnance sur les duels : les chapitres x à clxxv sont pris à une ancienne coutume d'Anjou et du Maine, dont nous avons le texte par ailleurs. Le livre deuxième est copié en grande partie sur une ancienne coutume d'Orléans {Lnsage d Orlénois) aujourd'hui perdue et qui a été également utilisée par le Livre de Jostice et de Plet.
4^ Les Coutumes de Beauvoisis ont une date et un auteur certains. Elles ont été terminées en 1283 '\ Leur auteur est Philippe de Beaumanoir, personnage important du xiii'' siècle \
1. On est étonné de voir encore celte opinion dans certains ouvrages, d'ailleurs excellents; Charles Lea, A histonj of the inquisition, t. I, p. 221 : « il is not uutil Louis issued his Etablissements^ in 1270, that \ve find the heretic formally condetiined to be burned alive, thus rendering it recognizecj law of the land. »
2. Yiollet, Établissements de saint Louis, t. I, p. 1-85, 448-455, 482-495.
3. Ces références ou modifications sont imprimées dans l'édition de M. Viollet en lettres italiques.
4. Coutumes de Beauvoisis, édit. Beugnot, I), p. 506 : Ici deflne Philippe de Beaumanoir son livre, lequel il hst des costumes de Biauvoisins, en Tan de rincarnacion mil deus cens quatre-vins et trois. »
5. Voyez sur sa vie H. Bordier, Philippe de Kemi, ^ire de Beaumanoir] — Viollet, Histoire, p. 186 et suiv.
LA COUTUME ET LA LOI
Il fut successivement bailli seigneurial de Clermont en Beauvoisis, bailli royal de Senlis, de Vermandois, de Touraine, sénéchal de Saintonge et de Poitou. C'est un esprit supérieur et un écrivain de race qui, outre son grand ouvrage j uridique^ a laissé des œuvres poétiques*. Comme jurisconsulte, il dépasse de beaucoup ses contemporains, et les Coiitiiines de Beauvoisis sont bien différentes des coutumiers précédents. Ce qui dislingue surtout Beaumanoir de Pierre de Fontaines et des auteurs du Livre de Jostice et des Etablissements^ c'est qu'il ne compile pas comme eux, amalgamant plus ou moins grossièrement des sources coutumières, romaines et canoniques : il a composé un livre absolument personnel et original. Ce n^'est pas qu'en son écrit Tinfluence du droit romain et canonique ne se fasse sentir : on s'est môme demandé s'il n'avait pas pris pour niodële et suivi dans ses divisions tel ou tel ouvrage de pratique canonique^; et souvent, dans telle théorie qu'il expose, un œil exercé peut reconnaître, bien qu'il ne soit pas invoqué, un principe emprunté au droit romain. Mais c'est lui qui crée et dirige son exposition, et Ton peut même ajouter qu'en somme II reproduit fidèlement la coutume et la pratique de son pays et de son temps. Ce qui fait surtout sa supériorité, c'est que c'est un théoricien et le premier en date, sauf peut-être l'auteur du Grand Coutumier de Normandie^ dont il sera parlé plus loin. Il ne se contente pas de rapporter la coutume, mais il en cherche la raison et veut dégager le principe directeur des institutions. Nous avons eu l'occasion de relever sa théorie du pouvoir législatif'^ et de la garde générale du roi sur les églises*. Il a également une théorie sur les rapports entre les puissances spirituelle et temporelle ; il a formulé une vue d'ensemble du servage^ : et combien d'autres exemples on pourrait encore présenter. Enfin, il est pitoyable
1. Sachier, Œuvres poétiques de Philippe de Rémi, sire de Beaumanoir; dan» les publications de la Société des anciens textes français.
2. Daniels, System und Geschichte des franzôsischen Clvi/p?'ocess^ p,3S-^l ; — Gross, Incerti auctoris ordo jitdiciarius, p. 75 et suiv. ; — Zucker, Aprise und loial enquête^ p. 79 et suiv. — Cf. Viollet, Histoire, p. 186-187.