De Rozière, form. 9. et suiv., Cartœ de Mundeburde
LES ORIGINES
sidéra le pouvoir royal comme sa chose, son bien propre et son patrimoine privé*. Cette conception venait peut-être de la coutume germanique, car elle apparaît ordinairement dans les coutumes primitives^; peut-être s'était-elle renforcée par ce fait que les nouveaux royaumes avaient été le produit de la conquête. Toujours est-il qu'il en résulta deux conséquences capitales :
1*" La monarchie, sous les Mérovingiens et les premiers Carolingiens, était vraiment héréditaire : il y avait bien, sous les Mérovingiens, une reconnaissance solennelle du nouveau roi par les principaux du royaume, mais ce n'était point du tout une élection ni une confirmation 3. Le pouvoir royal étant considéré comme compris dans le patrimoine du roi, se transmettait d'après les règles du droit privé qui réglaient la dévolution des biens dans la famille. Il en résulta que, considérant le royaume en quelque sorte comme les terres du roi, on exclut de la succession au trône les femmes, les filles du roi, que la loi salique et la loi des Ripuaires excluaient de la succession aux terres, tant qu'il y avait des parents mâles; mais, en revanche, lorsqu'il y avait plusieurs héritiers mâles du même degré, plusieurs fils, on les admit tous à la succession, au partage égal, toujours en suivant les mêmes règles. De là, les partages de la monarchie franque, qui furent une si grande cause de faiblesse, surtout pour la dynastie mérovingienne \ Par la même raison, le roi pouvait disposer du pouvoir royal de son vivant^ et Charlemagne fit de ce droit une application
1. Fustel de Coualnges, La monarchie franque^ p. 45, 125. — W. Sickel, D>e Enlstehung cler frankischen Monarchie^ loc. cit., p. 249, 331, M. P'ustel (p. 118 et suiv.) a très iagénieusemeat montré ce changement de conception en établissant le changement de signification du mot publiçus. Dans la langue de l'empire^ il signifiait la chose de TÉtat ; dans la langue de la monarchie franque, il signifie la chose du roi.
2. Elle se traduit nettement dans la haute antiquité grecque : Esmein, La propriété foncière dans les poèmes homériques, loc. cit.y p. 832, note 2.
3. Fustel de Coulanges, La monarchie franque^ c. i ; Tauteur (p. 54) admet, avec assez de vraisemblance, que cette cérémonie était la survivance, dans la forme, d'un droit d'élection primitivement exercé. — Certains auteurs admettent que, quand la monarchie avait été divisée entre plusieurs frères, si l'un d'entre eux mourait, son royaume passait d'ordinaire non à ses fils mais à ses frères. — Schrôder, Deutsche Rechtsf/,, p. 108; — Paul Viollet, La tanistry.