LIVRE QUATRIÈME
PERIODE FEODALE
207. — Dans le cours de la période germanique s'étaient révélées, sous l'influence de causes diverses, des institutions bien étrangères aux anciens Germains, quoiqu'on veuille en trouver déjà le germe dans les forêts de la Germanie, et qui^ arrivées au dernier degré de leur développement dans la période suivante, devaient donner ù l'organisation politique et au Droit une physionomie toute nouvelle, si elles n'en changèrent pas complètement le fond. Nous voulons parler de ces institutions qui, sous le nom de régime féodal, de féodalité, couvrirent l'Europe du neuvième au treizième siècle, et laissèrent tant de restes dans les siècles suivants jusqu'à la Révolution de 1789, et même jusqu'à nos jours. Bonne ou mauvaise, leur influence sur la formation et le développement de notre Droit est incontestable ; nous aurons plus tard à la suivre et à l'apprécier. On sait comment Montesquieu s'exprimait à leur égard au commencement de son livre XXX* : « Je croirais qu'il y aurait une imperfection dans mon ouvrage si je passais sous silence un événement arrivé une fois dans le monde, et qui n'arrivera peut-être jamais, si je ne parlais de ces lois que l'on vit paraître en un moment dans toute l'Europe, sans qu'elles tinssent à celles qu'on avait jusqu'alors connues ; de ces lois qui ont fait des biens et des maux infinis ; qui ont laissé des droits quand on a cédé le domaine ; qui, en donnant à plusieurs personnes divers genres de seigneurie sur la même chose ou sur les mêmes personnes, ont diminué le poids de la seigneurie entière, qui ont posé diverses limites dans des empires trop étendus; qui ont produit la règle avec une inclinaison à l'anarchie.
et Tanarchie avec une tendance à l'ordre et à l'harmonie. C'est un beau spectacle, continue le célèbre publiciste, que celui des lois féodales : un chêne antique s'élève, l'œil en voit de loin les feuillages, il approche, il en voit la tige, mais il n'en aperçoit point les racines ; il faut percer la terre pour les trouver > (1). Ce spectacle que présentent les lois féodales et que Montesquieu se plaît tant à contempler n'est pas, d'ailleurs, le seul digne d'attention et d'admiration que nous oiïre cette période. Dans les tristes jours de désorganisation sociale que nous aurons à traverser, nous verrons l'Église resserrant encore davantage, s'il est possible, les liens de sa hiérarchie et de son unité, et entretenant dans son sein la vie juridique par de nombreux recueils. Nous verrons aussi, à côté de la société féodale et religieuse, naître une société nouvelle avec ses institutions et ses lois qui, débutant à peine dans la vie, aura sa large place dans l'avenir. Puis, avec l'affranchissement des communes, ce sont des événements qui ont exercé la plus grande influence sur les rapports internationaux des peuples, sur l'état économique et sur la formation de chacun d'eux, et, en particulier, sur celle de leur Droit: ce sont, en un mot, les croisades et la renaissance du Droit romain à Bologne.