RÉVOLUTION FRANÇAISE. — SON INFLUENCE
Les idées qui prédominaient dans rassemblée étaient celles de Voltaire et de Rousseau. Or, dans les Questions sur VEneydopédie, la pensée de Voltaire se révèle toute entière (V^ Lois) : « Les c lois ont été établies dans presque tous les Etats par Tintérèt du « législateur, par le besoin du moment, par l'ignorance, par la suce perstition. On les a faites au hasard, à mesure, comme on bâtis- « sait les villes. Voyez à Paris le quartier des Halles, de Saint- € Pierre-aux-Bœufs, la rue Brise -Miche... contraster avec le c Louvre et les Tuileries. Voilà l'image de nos lois. — Londres a. n'est devenue digne j d'être habitée que depuis qu'elle fut réduite « en cendres. Les rues, depuis cette époque, furent élargies et ali- « gnées ; Londres fut une ville, pour avoir été brûlée. Voulez-vous « de bonnes lois, brûlez les vôtres^ eifaites-en de nouvelles. s>
De son côté, Rousseau, après avoir déclaré que t la volonté de < tous est donc Tordre, la règle suprême, et cette règle générale et c< personnifiée est le souverain... Qu'est-ce qu'une loi? C'est une <c déclaration publique et solennelle de la volonté générale sur un « objet d'intérêt commun », ajoute : m En tout état de cause un c peuple est toujours maître de changer ses lois, même les meilc leures ; car s'il lui platt de se faire mal à lui-même, qui est-ce « qui a le droit de l'empêcher T » (V. Lettres de la Montagne, I, VI, et Contrat social^ liv. II, ch xii.) Rousseau a bien corrigé en fait ce qu'il peut y avoir d'abusif dans cet exercice de la souveraineté, en disant qu'il n*y a pas de danger qu'un peuple se fasse mal à lui-même ; mais en admettant ce dernier point, qui n'est pas néanmoins incontestable, ce qu'il y a de certain c'est qu'un peuple peut changer ses lois comme et quand il lui plalt. Quoi de plus simple, dès lors, pour un peuple, que le droit et le pouvoir d'opérer une réforme radicale dans sa législation, de détruire et de créer, d'abroger d'anciennes lois et de leur en substituer d'autres qui n'auront rien de commun avec elles, et qui seront fondées uniquement sur les principes qui ont servi à les renverser?
C'est sous l'influence de ces idées de Voltaire et de Rousseau que l'assemblée nationale, se considérant comme investie de la plénitude de la souveraineté populaire, entreprit la tâche qu'elle avait été appelée à remplir.
En conséquence, elle démolit pièce à pièce l'ancienne constitution monarchique et aristocratique de la France. Plus de distinction des trois ordres de l'Etat, qui sont absorbés dans la grande et unique assemblée des représentants de la nation ; plus de privilèges pour les deux premiers ordres, égalité de droits et de charges pour tous, mais bientôt aussi plus de clergé, plus de noblesse ; plus de privilèges particuliers pour les provinces et les villes, et bientôt plus de
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provinces , plus de villes privilégiées ; des divisions territoriales indépendantes de tous liens de mœurs, d'habitudes, des départements, en un mol, les ont remplacées ; — plus d'états provinciaux ; plus de justices seigneuriales, mais aussi plus de justices royales, de prévôtés, de bailliages, de sénéchaussées, et surtout plus de Parlements; plus de vénalité des offices ou d'offices héréditaires; plus de corps judiciaire hiérarchiquement constitué ; — abolition de la qualité de fief et de mainmorte et des droits féodaux et seigneuriaux, sous condition de rachat d'abord, puis purement et simplement. La royauté reste seule debout au milieu des ruines accumulées autour d'elle, semblable à la colonne d'un ancien édifice subsistant seule au milieu de ses débris qui jonchent le sol, ne soutenant plus rien et n'ayant plus d'appui, inutile d'abord, puis devenue odieuse, comme souvenir d'un passé qu'on veut anéantir, et devant disparaître, à son tour, sous les coups des terribles démolisseurs.
469. Tout ce qui tenait à l'ancienne Constitution a été renversé^ on en a fait table rase. II s'agit maintenant de reconstruire sur de nouvelles bases un édifice nouveau. C'est & la source même à laquelle avaient été puisées les idées qui ont servi à ruiner la Constitution ancienne que seront puisées celles qui doivent servir de fondements h la nouvelle. Rousseau n'avait-il pas dit aussi : « Si l'on recherche en quoi consiste précisément le plus c grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de légis- € lation, on trouvera qu'il se réduit à ces deux objets principaux, € la liberté et l'égalité : la liberté, parce que toute dépendance € particulière est autant de force ôtée au corps de l'État; l'éga- « lité, parce que la liberté ne peut subsister sans elle. » (Contrat eoeialy liv. II, ch. xi.) Ces idées de liberté, d'égalité, qu'on rencontre répandues partout, à cette époque, dans toutes les classes, même dans les classes privilégiées, avec celte restriction pourtant que leurs privilèges au moins honorifiques fussent sauvegardés, furent à la fois mises en œuvre, avec toutes leurs conséquences, pour renverser la vieille société française, qui reposait, en effet, sur des principes tout différents, pour ne pas dire opposés, et pour fonder la société nouvelle; aussi les trouve-t-on formulées et appliquées dans toutes les Constitutions, depuis celle de 1791, et dans toutes les lois qui s'y rattachent. Ce sont ces applications des deux grands principes que nous allons retrouver dans le Droit public comme dans le Droit privé. C'est en leur nom que l'on démolit et que l'on édifie.
470. En présence de cette rénovation complète de la société et de la législation, il semble qu'il ne reste plus rien du passé, qu'il