‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle à l'usage des lycées, colléges, séminaires et maisons d'éducation. BotaniqueChapitre 105 sur 142 · VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS

fécondalion d'un individu d'une espèce par celui d'une cspôce difTérentc^ loi-sque le pollen de l'un est porté sur le stigmate de l'autre. Elle ne peut réussir lorsque les plantes sont bien dififérentes entre elles; mais il est incontestable qu'elle a lieu entre des plantes d'espèces très- voisines quoique distinctes^ et qu'alors les graines^ quoique tendant généralement à avorter^ sont quelquefois fertiles. La plante qui en provient doit naturellement présenter des caractères intermédiaires entre les deux qui lui ont donné naissance^ et comparée soit à l'une^ soit à l'autre^ des caractères différentiels qui lui donnent l'apparence d'une variété. Mais à laquelle des deux la rattachera-t-on conune telle? Ce sera à celle avec laquelle elle a le plus de traits communs, si elle en offre fort peu avec l'autre : sinon on la désignera simplement comme hybride. Mais, après quelques générations, les traits de l'un des parents se prononcent de plus en plus, surtout s'il y a un nouveau croisement entre l'hybride et l'une ' des espèces primitives ; et l'on conçoit que l'on peut anîver ainsi à une variété bien définie. Mais les hybrides sont fort rares dans la nature, où les espèces les plus voisines par leurs caractères ne le sont que rarement par leur station. Dans nos jardins , surtout dans les jai*dins botaniques, où l'on cherche au contraire à montrer ensemble les espèces qui se ressftnblent le plus, les croisements sont beaucoup plus fréquents et plus multipliés.

La culture profite de toutes ces données pour faire varier les végétaux, en variant les conditions de leur nutrition, conservant et multipliant les produits qui en sont résultés, les propageant par la graine, les améliorant par de nouveaux croisements. De là, ce nombre prodigieux de variétés pour certaines espèces de fleurs et de fru i ts recherches par l'homme. L'espèce, travaillée ainsi pendant une longue suite de générations, se trouve représentée par une suite de modifications où ses traits primitifs, altérés à des degrés et avec des nuances différentes, se reconnaissent difBcilement,d'autant plus que plusieurs se trouvent souvent empruntés à d'autres espèces : résultat précieux pour le cultivateur, fort embarrassant pour le botaniste. Mais, si quelques végétaux domestiques demandent une étude aussi compliquée, ils ne sont pas nombreux, et la plupart des espèces, telles qu'elles croissent naturellement, conservent intacts et constants leurs caractères originaires, qui varient seulement dans des limites assez étroites pour qu'il nous soit possible de les saisir et de tracer ainsi de chacune d'elles un portrait assez rcsscmMant pour la reconnaître au milieu des autres. C'est donc dans la nature que nous pouvons retrouver les types primitifs de quelques plantes masqués et défigurés par les innombrables variétés de nos jardins^ et parmi lesquels il suffit de citer les Dahlias, les Calccolaires, les

Géraniums^ elc. Leur étude^ véritable chaos^ a peu d'intérêt sous le rapport de la botanique ; elle en aurait beaucoup sous celui de la physiologie^ si le cultivateur pouvait déterminer par quelle route le hasard Ta mené à un but qu'il ne connaissait pas d'avance

§ 504. Genres. — S'il n'existait qu'un nombre très-borné d'espèces^ la mémoire pomTait sans grande difficulté retenir le signalement de chacune et le nom particulier par lequel on la désignerait. C'est ce que nous voyons aux époques et chez les peuples où l'étude de la botanique se borne à distinguer les principaux végétaux croissant autour de soi^ dans un pays peu étendu^ sans s'occuper de ceux qui n'attirent pas l'attention par leurs dimensions^ leurs formes, lem* éclata leur usage^ ou par quelque propriété remarquable^non plus que de ceux qui habitent des contrées différentes. On apprend alors à les connaître de même que les autres mots usuels de la langue^ sans ordre fixe^ comme le hasard ou le besoin les présentent; on les déûnit par le caractère réel ou imaginaire qui les recommande à l'attention. C'est ainsi que, dans les plus anciens ouvrages d'histoire naturelle, nous voyons figurer \m certain nombre d'espèces dont la classification et la description ne suivent aucune règle fixe, et dont l'auteur s'attache à signaler les vertus et les usages bien plus que les caractère^ à l'aide desquels on peut les reconnaUi*e ; ce qui était considéré comme superflu sans doute, puisque le nom populaire cité suffisait en général pour cela.

A la renaissance des lettres, l'étude des auteui's grecs et latins, où l'on croyait devoir tout retrouver, absorba longtemps les efforts des savants ; et la botanique se borna d'abord à de longs et pénibles commentaires sur Théophraste, sur Pliue et sur Dioscoride. On flnit cependant par comprendre que, pom* rintelligence de leurs ouvrages sur l'histoire naturelle, Tétude des objets natm^cls eux-mêmes fournirait un puissant secours : on examina ceux-ci en regard de ces ouvrages; on essaya de les cclaircir non-seulement par des écrits, mais plus tard aussi par des figures. L'obstination avec laquelle on cherchait à rattacher à ces traditions des pères de la science les végétaux observés dans des pays pour la plupart différents de celui qui lem* avait fom^ni leurs matériaux^ a sans doute entraîné beaucoup d'erreurs; mais, néanmoins^ elle accoutuma à connaître ces végétaux par eux-mêmes, tout en les nommant souvent à tort : on apprit à en distinguer beaucoup plus que l'antiquité n'en mentionnait, et, cette vérité une fois reconnue, on multiplia les recherches, et par suite le nombre des espèces vogétalos connues, tellement qu'il arriva un moment où rencotnbrement de ces richesses nouvelles se fit sentir. La diversité des choses et des mots commençait à dépasser les ioi-ces de la mémoire humaine.

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