STATIONS
celte curieuse espèce qu'on appelle Raisin des tropiques, à cause de ses renflements ramassés en grappes^ et qui se montre aux navigateurs sous la forme de bancs d'une vaste étendue^ entre les 22' et 36« degrés de latitude boréale, entre les 25« et 43" degrés de longitude occidentale. Parmi les Phanérogames, les Zostéracées seules (tableau II] sont des plantes marines.
§ 640. Parmi celles d'eau douce, nous trouvons une autre partie des Algues (§ 544), quelques-unes librement flottantes, la plupart enracinées ^ux fonds, les Characées, les Rhizocarpées, quelques Mousses et Hépatiques ; des Phanérogames, presque toutes les espèces de Monocotylédonées à graine dépourvue de périspermc et à périanthe nul ou herbacé (tableau H), d'autres à graine périspermée, comme les Pistiacées et certaines Typhinées ; des Dicotylédonées, les CércUophyllées , Podostémacées, Nymphœacées, Nélumhonées, CabombacéeSy la plupart des Haloragées, Utricularinées, etc., etc.
§ 641 . La plupart de ces plantes élèvent au«dessusdereauleurssommités poi-fant les fleurs et les fruits, et nous fournissent ainsi un passage presque insensible à celles de maraisou de rivages, quin'ont ' que leur partie inférieure sous l'eau, leurs inflorescences et souvent une partie de leurs feuilles au-dessus : les Joncaginées, Alismacées Bidomées, sont dans ce cas. Les Graminées^ Joncées, Cypéracées, en foiunissent de nombreux exemples. Citons encore les Orontiacées, Pontédériacées, quelques Lycopodiacées, Iridées, Orchidées, Polygonées, Cary ophy liées, Crucifères, Renonculacées, Lythrariées, Rosacées, Onagrariées, Ombellifères, Plantaginées,Scrofularinées,Labiées et Composées. 11 en est qui préfèrent les eaux stagnantes, soit étendues en nappes plus ou lâoins considérables, soit resserrées dans des mares et des fossés ; d'autres veulent des eaux courantes . quelques-imes l'eau glacée qu'entretient la fonte des neiges perpétuelles, comme les jolies espèces de Saxifrages et autres plantes alpines qui tapissent le bord des ruisseaux dans ces hautes régions. > L'eau salée, mortelle pour la plupart des plantes, est au contraire nécessaire à la vie de plusieurs qu'on voit pulluler dans les sables du rivage de la mer, et dont quelques-unes s'avancent même un peu plus loin et y baignent leur pied à une certaine profondeur : tels sont par exemple, les Avicennia et les Palétuviers ou Mangliers (Rhizophorées, tableau XI), ces arbres éminemment sociaux, communs sur les rivages de toutes les mers tropicales, auxquelles ils impriment une singulière physionomie par leurs fortes racines s'élevant au-dessus de l'eau et formant comme autant d'arcs-boutants sur le centre desquels s'élève la tige.
On nomme tourbières certains marais d'une nature particulière, couverts de plantes sociales dont les racines entremt^lées ixvtlxwer
•ment entre elles finissent par ibrmer une sorte de ^rrain spongieux et mouvant^ dont le fond est souvent rempli par les espèces d'nn genre de Mousses^ le Sphagnum, où se plaisent certaines plantes (Drosera, Ox^coccus, quelques Saules, etc. ; et quelques Fougères^ comme VOsmunda regalis), La végétation de chaque année> en s'élevant^ exhausse le fond^ et celle des années précédentes s'enfonce ainsi et s'enterre de plus en plus, cesse de vivre, mais ^ Tabri de Faction de l'air, ne se décompose pas et finit par constituer, avec le limon qui lie ses différentes parties dans leur position primitive, une masse compacte susceptible d'être exploitée comme combustible sous le nom de tourbe,
Certaines plantes se rencontrent à peu près également sur la terre recouverte d'eau ou desséchée. Beaucoup de celles des marais sont dans ce cas, et on les nomme amphibies. Quelques-unes, - qu'on désigne sous l'épithète particulière d'inondées, croissent sur les terrains alternativement recouverts et abandonnés par l'eau. Lies feuilles de ces amphibies sont sujettes à varier de formes, suivant qu'elles se sont développées dans le milieu aquatique ou dans l'atmosphère : celles du Ranunculus aquatilis méritent d'être étudiées sous ce rapport.
§ 642. Nous avons parlé 9dtre part (§§ 238-242) de l'influence que la nature du sol solide diversement modifiée exerce sur la végétation ; mais nous avons dû nous occuper seulement du rôle qu'elle joue dans la nutrition des végétaux, et il nous reste à chercher maintenant celui qu'elle peut avoir dans la distribution de leurs espèces ou familles. Les terrains de composition chimique différente présentent dans leurs productions spontanées quelques différences, mais assez peu appréciables dans l'ensemble delà flore. Ainsi, les terres calcaires, ou siliceuses, ou argileuses, montrent sans doute quelques plantes qui sont propres à chacune d'elles, mais ce n'est pas en un nombre ou avec une constance tels que la flore de Tune se distingue nettement de celle de toutes les autres par des traits généraux. 11 en est autrement des terrains salés : ils se couvrent de certaines espèces, et beaucoup d'entre elles prennent des formes assez- caractéristiques dans leurfeuiUage court et épaissi, comme les Salsola, Salicornia, etc. D'autres ^triplicées, quelques Crucifères (Crambe et Cakile), quelques Primulacées <^amolus et Glaux), des Statice, abondent aussi sur les bords de la mer, et nous avons déjà fait remarquer (§ 241) qu'on retrouve les mêmes végétaux ou d'autres analogues dans l'intérieur des terres toutes les fois que leur composition est saline. ' Mais, en général, la composition du sol agit sm*tout en modifiant
aropriétés physiques, eii\e\exv^^\v\.\\\vsm<ii.uhle ou plus com-
INFLUENCE DE L'HOBIME. 547
pacte, plus ou moins perméable à l'^eau et à l'air^ plus propre à retenir pu à laisser passer la première ; tellement que le même terrain pourra être favorable ou nuisible à la même plante^ sous deux climats de nature opposée^ et que réciproquement la même plante demandera des terrains de nature différente dans l'un et dans l'autre de ces climats différents. t
§ 643. C'est la nature du sol qui détermine un grand nombre de stations des plantes. Elles ont^ pour nous résumer^ leurs séjours dans Teau de la mer^ sur son bord imprégné de sel marin ou sur des terrains qui en sont éloignés, mais salés par une autre causer dans Teau douce, stagnante dans des espaces petits ou étendus^ courante en ruisseaux ou en rivières ; sur leurs rives; dans les mo.rais; dans les tourbières ; sur les rochers;, dans les sables dont la composition chimique peut varier^ mais est le plus ordinairement siliceuse; dans des lieux stériles par uife autre cause (par exemple^ parce que le terrain, au contraire trop compacte, se durcit par la chaleur en une masse que les racines ne peuvent percer) ; dans lot terrains où domine Targile, ou la chaux^ ou le gypse> ou un autre élément^ formés en place, ou par des alluvions, ou par des atterrissements, ou par des déjections volcaniques, ou d'une autre origine quelconque, etc. D'autres fois TinAcation de la station est empruntée à l'association de la plante avec d'autres combinées- déjà entre elles d'une certaine manière. C'est ainsi qu'on dislingue celles qui croissent dans les forêts, dans les prairies^ dans les haies, dans les terrains cultives et remués souvent (Plantœarvenses), eic. Nous trouvons ici l'influence de l'homme siu: la distribution des végétaux, puisque c'est elle qui a déterminé artificiellement ces dernières combinaisons. Mais il en existe une autre que celle qu'il exerce volontairement et sciemment. Certaines plantes sauvages^ certaines mauvaises herbes, qu'il serait plus porté à extirper qu'à propager, l'accompagnent partout et se multiplient autour de sa demeure comme les Orties, diverses espèces de Chenopodiumeide RumeXj de Mauves, le Mouron des oiseaux, etc., etc. Leur présence au milieu d'une campagne déserte, de solitudes perdues à une grande élévation dans les montagnes, indique qu'il a passé par là, et qu'au moins la hutte d'un berger y a été quelque temps élevée,
§ 644. L'honmie civilisé, auquel ne suffisent plus les productions spontanées que lui offre la terre, et qui cherche à multiplier autour de lui les animaux et les végétaux qui peuvent lui servir ou lui plaire, à détruire ceux qui lui déplaisent ou lui nuisent, tend nécessairement à modifier de plus en plus la distribution de ces êtres et la physionomie de la nature primitive. Nous ne la voyons qu'ainsi altérée dans la plus jerande partie de TEurope^ où il faut
5i8 GÉOGRAPHIE BOTANIQUE.
qu'un lieu soit bien inaccessible ou irréYocablement stérile pour rester abandonné à lui-même. Les forêts^ dans Tétat de nature, tendent à s'emparer du sol, ainsi qu'on peut le Toir encore dans le sud du Chili, où les bouquets de bois, une fois établis^sur le bord ou au milieu des prairies, empiètent sur elles chaque année en s'avançant sur toute la ligne d^eurs lisières comme en colonne serrée, finissent par opérer leur jonction, et, rétrécissant de plus en plus le cercle des Graminées, par les remplacer complètement. C'est le contraire dans les pays cultivés. Les forêts, qui en couvraient primitivement la plus grande étendue, s'cclaircissenl et disparaissent graduellement sous les coups de l'homme, et celles qu'on conserve, soumises poiu* la plupart à des coupes réglées, n'ont plus ni le même aspect ni la même influence sur la nature environnante. Les conditions du climat ont été ainsi modifiées; celles du sol le sont sans cesse par la culture, qui règle d'aiUeiu^s les espèces peu nombreuses qui doivent le couvrir. Beaucoup de celles qui formaient la flore spontanée sont ainsi détruites, au moins par places ; quelques autres, au contraire, sont introduites, et ce sont en général des plantes annuelles dont les graines se sont mêlées à celles des Céréales venues de pays plus ou moins lointains. Mais quelles que soienf ces modifications, elles ne peuvent être tellement profondes que la nature ne conserve pas toujours ses droits; elle dirige l'homme tout en le suivant : les plantes spontanéesqu'elle continue à faire croître en abondance, les plantes cultivées qu'elle laisse croître, sont un double indice par lequel elle se fait reconnaître. Les dernières fournissent même des signes excellents à l'étude de la géographie botanique : seulement, en les employant, on doit se rappeler que Tindustrie humaine trouve moyen de pousser toute culture avantageuse plus ou moins au delà des limites où s'arrêterait la croissance des mêmes plantes laissées à elles-mêmes; mais ces limites ainsi étendues conservent leur rapport pour les diverses espèces. 11 faut se souvenir aussi que rab:?ence d'une culture dans un lieu donné peut ne pas impliquer son impossibilité, mais seulement la préférence donnée à d'autres plus avantageuses pour ce lieu-là. C'est dans sa région natale qu'un végétal c?t cultivé avec le plus de succès et ordinairement qu'il l'a été d'abord. Les climats analogues lui sont ensuite les plus favorables, et, à mesure qu'on s'éloigne davantage de cette zone, sa culture devient de plus en plus difficile, sa production de moindre en moindre. En ayant égard à ces considérations, la géographie botanique et l'agricole s'éclaireront mutuellement. La première empruntera à la seconde des points de repère bien définis, et, une fois qu'on aura vu cej'tains végétaux spotiVîvxi^^ ^ç.ç.Qav^^^w^\: \ft\le ou telle cul-