‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle à l'usage des lycées, colléges, séminaires et maisons d'éducation. BotaniqueChapitre 21 sur 142 · TIGE. BOIS · texte numérisé non relu

TIGE. BOIS

§ 58. Bois. — Nous avons vu (§ 53) que la première couche de bois se compose de vaisseaux fibro-vasculaires disposés en cercle autour de la modle ; qu'ils sont séparés Tun de l'autre par des bandes assez larges de tissu cellulaire étendues en manière de rayons de la moelle à Técorce ; que, plus tard, de nouveaux faisceaux se développent dans l'épaisseur de ces rayons et augmentent leur nombre aux dépens de leur largeur (/î^f. Sl.ff" );qu'enûn ces faisceaux, par leur multiplication et par l'augmentation de leur volume total, résultant de celle qu'éprouve en particulier le volume de chacun des organes élémentaires dont ils sont composés, finissent par se rapprocher et par se toucher presque, en réduisant les rayons qu'Us séparent à des lames extrêmement minces. Ils forment ainsi un cercle ligneux {fig, 88, ^6).

§ 59. Nous avons vu encore que ce cercle, dans sa partie interne en contact^avec la moelle, a une structure particulière ; qu'il présente là,et non autre part,un amas de trachées déroulables (fig. 89^ t\ et que cette partie interne a reçu le nom d'étui médullaire. Celuici se moule sur la moelle, ou plutôt elle se moule sur lui ; et les angles rentrants qu'elle présente toujours dans les premiers temps, et qui persistent dans certaines tiges, correspondent à autant d'angles saillants qui forment le bord interne de chacun des faisceaux.

L'étui médullaire est la partie du bois qui subit le moins de changements. Ses trachées conservent le volume qu'elles ont acquis de bonne heure, et elles peuvent se dérouler même dans les tiges assez vieilles.

§ 60. Tout le reste du cercle ligneux, et c'est sa plus grande portion, est composé de fibres et de vaisseaux d'un autre ordre, annulaires, rayés ou ponctués {fig, 8^9, vp vp), d'un diamètre en général beaucoup plus grand.

Nous savons que là s'arrête le développement des végétaux herbacés. 11 en est dont la tige peut prendre une consistance assez sohde dans cette première année par le développement en largeur de cette première couche et la densité qu'acquièrent ses éléments. Nous savons enfin que dans les végétaux dont la tige vit un nombre plus ou moins grand d'années, chaque année, entre le bois et l'écorce dont l'intervalle s'est rempli de cambiùm (fig, 89, c), matière d'abord presque fluide, puis organisée en tissu cellulaire, se forme une nouvelle couche de bois moulée sur la précédente. 11 est donc clair que le nombre des couches représente celui des années qu'a vécu l'arbre, que son âge se trouve ainsi écrit sur sa tranche : c'est une vérité depuis longtemps reconnue (1), et que sont venus

(I) On attribue à Malpighi rhonneur d'avoir le premier fait cette observation; mais elle devait être déjà populaire de son temps, puisque ce célèbre auatomistc naquit en

confirmer des faits nombreux plus ou moins picpiants. Ainsi^ supposops que la couche de cambium se trouve desorganisée à certaines pbces^ ce qui peut résulter de l'action d'un froid très-rigoureux : il ne se produira pas de bois à ces places, où il devra rester par suite autant de lacunes dans l'épaisseur du tissu ligneux. Toutes les années suivantes où le froid ne sera pas venu exercer la même action, autant de couches de bois se seront formées et auront recouvert la lacime. Lorsqu'on découvre celle-ci, on doit donc compter autant àe cercles en dehors d'elle qu'il s'est écoulé d'années depuis l'hiver rigoureux qui l'a produite. Or, c'est ce que l'expérience a vérifié. En abattapt de très-vieux et très-gros ormes, on y trouva, à l'intérieur, de ces solutions de continuité. On compta le nombra des couches concentriques dont elles étaient recouvertes, et Ton put ainsi constater que la couche de bois dans laquelle se ^trouvaient les lacunes avait dû être formée telle année : cette annéese trouvait précisément Correspondre à un hiver d'une rigueur extraordinaire. Des tronçons de ces arbres peuvent se voh* dans les galeries botaniques du Muséum de Paris. On y conserve aussi un tronçon de hêtre qi\i porte une date (1750) inscrite sur son écorce, et la même cachée dans l'épaisseur de ses couches ligneuses; les deux séparées entre elles par tm certain nombrQi(^5) de couches. Ganombre était précisément celui des aimées écoulées entre celle qu'indique la date et celle où Farbre fut abattu (1805). L'inscription gravée sml'arbre, encore assez jeune, avait pu entamer toute l'épaisseur de récorce et un peu de celle du bois. 11 en résulta dans celui-ci une lacune qui, comme la lacune résultant de la gelée, fut recouverte par les couches successives des années suivantes. Mais ici l'expérience est plus complète, puisqu'elle comprend l'écorce avec le bois, et qu'elle porte ^ date authentique. La plupart des collections botaniques offrent des moimments de ce genre, les uns dus au hasard, le^ autres à des expériences tentées dans le but de constater le mode de croissance de nos arbres. Il est facile en effet d'introduire entre le bois çl l'écorce un corps étranger, une lame métallique, par exemple ; él en coupant la branche au bout d'un certain nombre d'années, on retrouve cette lame recouverte par un nombre égal de couches.

1628^ et qu*on peut lire, dans le Voyage de Montaigne en Italie, à la date de 1581, le passage suivant : « L'ouvrier, homme ingénieux et fameux à faire de beaux instru- « mens de mathématique, m'enseigna que tous les arbres portent autant de cercles tt qu'ils ont duré d'années, et me le fit voir dans tous ceux qu'il avoit dans sa hou- « tique, travaillant en bois. Et la partie qui regarde le septentrion est plus étroite, <( et a les cercles plus serrés et plus deuses que l'autre. Par ce il se vante, quelque « morceau qu'on lui porte, de juger combien d'ans avoit l'arbre etHans quelle sir « tuation il poussoit. »

Page 1