FEUILLES DES MONOCOTYLÉDONÉES
tantôt entière, tantôt frangée ou déchiquetée, et le plus souvent symétriquement en deux parties latérales. C'est ce qu'on appelle la ligule qu'on rencontre dans presque toutes les Graminées,ct qu'on a comparée aux stipules ; car, si celles-ci sont considérées comme entièrement distinctes de la gaine, on n'en trouve pas d'autres dans les Monocotylédonées.
Continuée avec la tige dans une grande partie de son contour et suivant sa direction, la gaine ne s'articule pas, et la feuille ne tombe pas avant de mourir.
Si les nervures restent toutes parallèles depuis le bas jusqu'en haut dé la feuille, sa forme est le plus souvent celle d'un ruban (Typha, Roseau), et il est difficile d'y pouvoir distinguer un pétiole et un limbe. D'autres fois elles divergent peu à peu à partir de la base, puis convergent de nouveau vers le sommet, et l'on a l'apparence d'un limbe (quelques Orchidées, Epipactis ovata, latifolia, etc.). Si des nervures secondaires se séparent des principales dans une autre direction, en se séparant elles déterminent un élargissement, un limbe bien distinct du pétiole qu'elles formaient rapprochées plus bas. C'est ce dont les Bananiers donnent l'exemple sur une si grande échelle \fig, 137). Dans la plupart des cas, la feuille tout entière serait plutôt comparable à un phyllode, et une plante très-commune sur le bord de nos rivières, la Fléchière (Sagittaria sagittifolia), justifie cette comparaison ; car on peut y voir sur le même pied des feuilles portant au haut d'un pétiole long et dressé un grand limbe en forme de flèche, d'autres étendues au coiurs de l'eau qui les baigne, s'allongeant en de longs et minces rubans, sans distinction de limbe et de pétiole, et Ton peut suivre le passage d'une de ces formes à l'autre si diQérente.
Un petit nombre.de familles monocotylédonées font exception aux règles précédentes par les nervures ramifiées et anastomosées en réseau de leurs feuilles, où l'on doit reconnaître un véritable limbe, souvent lobé dans son contour. Ce sont les Aroïdées, Smilacées et Dioscoréacées.
138. Bortion d'une feuille de Graminée \PhalarU arundinacea), — f Sa partie limbaire. -* Sa gaine. — gv Portion vaginale de celle-ci. — gl Sa portion iupéricurc libre nembraneuse, ou ligule.
§ i3i. Feallleii des Dlcotjlétlonées. — C'est parmi elles qu'on trouve les feuilles articulées, celles qui sont véritablement composées (/îflf. 126, 127),celles dont le contour est denté {fig. 128), crénelé, partagé en lobes par des angles ou des sinus {fig, 122, 123, 124, 125), et non par des lignes droites résultant de déchirures. Les nervures, en naissant les unes des autres, forment un angle proprement dit, le plus souvent aigu {fig. 120, 121); elles se divisent et se confondent par leurs deniières ramifications. En nou» occupant de la feuille en général, c'est elles et leurs parties cgnstituantes que nous avons eues presque constamment en vue; il serait donc superflu de s'y arrêter ici.
Disons cependant que, dans quelques Dicotylédonées, les feuilles, par lesnervures parallèles ou convergentes sans ramifications,jouent assez bien celles de Monocotylédonées. Telles sont, par exemple, quelques-unes de nos Renoncules (Ranunculus gramineus, lin" ^a,etc.).Ilyenaqu'on peut, sansaucundoute, reconnaître pourdes phyllodes, comme dans les Acacias à feuilles entières, où l'on voit àcesprétendues feuilles s'ajouter constamment le limbe dans les premières qui succèdent à la germination. Beaucoup de botanistes sont tentés, par analogie, d'expliquer de même toutes les feuilles de Dicotylédonées qui offrent cette foriAe et cette nervation exceptionnelles.
§ 132. Feuilles des iicetylédonées. — Dai^s cette classe, ce sont les feuilles des Fougères qui prennent le plus grand développement, sessiles ou pétiolées, entières ou découpées. Leur division peut être portée à un degré très-remarquable. Ainsi, dans le Pteris aquilina, cette grande Fougère si répandue dans les bois de nos environs, ce qu'on est tenté de prendre pour une tige chargée de feuilles, n'est autre chose qu'une seule feuille partant d une souche souterraine et plusieurs fois pinnatiséquée. Les nervures présentent des ramifications et des réseaux plus variés même que dans les feuilles des Gotylédonées, et pouvant fournir de bons caractères dans la classification. Les pétioles sont parcourus par des faisceaux fibro-vasculaires, semblables par leur composition à ceux de la tige, s'est-à-dire présentant un amas de vaisseaux le plus souvent scalari formes, rapprochés en une bande diversement pliée et entourés par une couche de parenchyme noirâtre. Il en résulte sur la coupe horizontale de ces pétioles des figures variées et bizarres qui peuvent aussi servir à distinguer les espèces entre elles. Nous nous contenterons de citer ici cette ressemblance grossière avec l'aigle à deux têtes des armes d'Autriche, qu'on a signalée dans le faisceau du pétiole du Pteris aquilina coupé obliquement vers sa base. Elle pourra servir à l'étude de cette sorte de vaisseaux et de fibres si communs dans les Fougères.
FEUILLES. PHYLLOTAXIE. 115
Les feuilles deviennent très-simples dans toutes les autres Acotylédonées dont les tiges nous ont offert \\n système fibro-vasculaire; encore divisées^ comme 4-foliolëes^ et marquées de nombreuses nervures dans les Marsileaj elles se réduisent dans les Lycopodiacées à une lame cellulaire parcourue dans sa largeur par un seul petit faisceau. Celui-ci manque et est remplacé par quelques cellules allongées dans les familles dépom*vues de vaisseaux conune les Mousses et les Jongermannes ; et enfin cette ébaudie de feuilles disparaît elle-même avec la tige dans les dernières Eunilles^ comme les Lichens, les Champignons et les Algues.
ARRANGEIIENT DES FEinLLES SUR LA TIGE.
§ 133. Les feuilles peuvent se présenter sur Taxe commun qui les porte disposées de diverses manières. On les appelle cau/tnatre« et raméales, suivant qu'elles sont portées par la tige et par les rameaux. Quelquefois, au lieu dé se montrer à diverses hauteurs sur la tige, elles sont toutes ramassées en bas vers le collet ; on les nomme alors radicales, quoiqu'elles ne dépendent nullement de la racine, mais qu'elles soient seulement dans son voisinage (exemple, les Primevères, etc.). #
' Plus fréquemment elles sont situées sur Taxe de distance en distance. On appelle nœuds ces points de la tige diversement étages où naissent les feuilles {fig. 142, n); entre-nœuds ou mérithalles {fig, 142, m), les intervalles nus qui se trouvent entre un de ces points et œlui qui est situé soit au-dessus, soit au-dessous. Tantôt un nœud porte deux ou plusieurs feuilles, naissant par conséquent à la même hauteur, tantôt chacun n'en porte qu'une seule.
Nous examinerons, ces deux cas successivement.
§ 134. FealUes opposées* — Si à chaque nœud il y a seulement deux feuilles situées, l'une vis-à-vis de l'autre, on dit qu'elles sont opposées . {fig, 1 39) ; s'il y en a un plus grand nombre, qa'éXies Boni verticillées (fig, 140), et l'ensemble de ces feuilles ainsi groupées en cercle autour de la tige est un verticille. Une loi presque générale, c'est que les feuilles d'un verticille ne se placent pas au-dessus de celles du verticille inférieur, mais dans leur intervalle, ou, en d'autres termes, les feuilles des deux verticilles successifs alter- 139^
nent toujours enti*e elles.