‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle à l'usage des lycées, colléges, séminaires et maisons d'éducation. BotaniqueChapitre 53 sur 142 · ACCROISSEMENT DES TISSUS. J · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT DES TISSUS. J

Jes fibreSjles vaisseaux s'agrandissent ot s'épaississent. C'est ce qni a été exposé dans les premiers chapitres qui les concernent, ainsi que l'ordre dans lequel ces; organes divers se développent généralement les uns par rapport aux autres. Mais leur mode de multiplication ne nous a pas encore occupés, et c'est ici le lieu de traiter cette question.

§ 246. Aceroissement «la lissa cellulaire, — La multiplication des cellules peut se faire de plusieurs manières différentes :

1<> Celle qui a été le mieux constatée, et qui parait la plus génc- raiera lieu par la division de la cellule qui d'unique devient double parla formation d'une cloison médiane.

Nous avons vu (§ 20) que la jeune cellule présente un utriculc primordial qui enveloppe le protoplasma et tapisse la membrane primaire. Lorsqu'elle aatteintune partie de son développement, on aperçoit vers le milieu del'utricule primordial un étranglement résultant d'un plissement annulaire, et dans ce pli s'interpose, en se moulant sur lui, un pli de la membrane secondaire qui s'est déposée entre la primaire et l'utricule. Ce pli, ainsi composé, se prononce de plus en plus, s'avançant de dehors en dedans jusqu'à ce que ses bonds lil»^ se rencontrent au centri| et se confondent pour constituer une cloison composée de deux lames. Alors, on a deux cellules au lieu d'une seule, chacune entourée d'une membrane propre ou secondaire, avec une membrane primaire commime à toutes deux et qui n'intervient pas dans la cloison, laquelle n'est en effet autre chose que la paroi des deux nouvelles cellules juxtaposées sur les faces par lesquelles elles se touchent. Parle fait même de cette division, la masse du protoplasma s'est coupée en deux masses, dont chacune remplit la cavité de la cellule qui lui correspond. Les cellules ainsi formées pourront à leiu* tour se subdiviser en deux, et celles-ci de même ; et, après un certain nombre de ces divisions, on peut calculer à quelle quantité de cellules aura donné naissance une cellule primitivement unique.

Ce développement peut être suivi très-clairement sur les végétaux les plus simples, comme les Conferves où M. Mohl le premier l'a bien constaté. Ces plantes sont formées par des séries de cellules formant parleur ensemble un tube transparent et comme articulé. C'est la cellule terminale qu'on voit se doubler en s'élranglant vers son milieu, après ^'elle a acquis deux fois la longueui- des cellule» définitives. Quant aux cellules inférieures, on en voit quelques-un^ se boursoufler latéralement vers leur sommet, cette saillie latéra s'allonger en tube continu avec la cavité de la cellule ; puis, lorsqu a acquis une certaine longueur, cette continuité s'interrompre {

un plissement des membranes^ et enfin la formation d'une cloison complète, d'où résulte une cellule nouvelle, base d'une ramification de la Conferve.On a yu les cellules se multiplier d'une manière analogue, non-seulement dans des végétaux aussi simples, conmie les Nostochs, les Charas, etc., mais aussi dans les plus organisés. La cloison que nous avons vue transversale dans les Gonferves, où la multiplication des cellules détermine par là l'allongement, peut se former dans tout autre sens, et déterminer ainsi l'élargissement et l'épaississement du végétal.

2o Un second mode de multiplication est celui par lequel les cellules nouvelles se forment dans une cellule-mère ou préexistante sans se continuer avec elle par leurs parois. Le protoplasmade la cellule-mère se partage alors en plusieurs petits groupes ou noyaux autour dediacun desquels s'organise une membrane, d'où résultent autant de cellules indépendantes au début. Plus tard, elles peuvent se réunir,et ordinairementla cellule-mère résorbée a disparualcMrs. Ce mode,qu'on a pu bien observer dans le sac embryonnaire (§ 446), a été signalé particulièrement par M. Schleiden, qui l'admettait comme général, et pour lui le petit amas de matière protéique condensé en nucléus ou cytoblaste (§ 20) est le générateur de la paroi cellulaire, et doit aiAsi précéc|^r toute cellule. On le trouve en effet dans la plupart au début; mais s'il persiste quelquefois, le {dus souvent il ne tarde pas à disparaître. Cette formation de cellules libres pourrait s'appeler intra-utriculaire.

3« Plusieui^ aiiteurs en admettent imeinterutriculaire^'c'est-à-dire dans l'intervaUe des cellules. Ainsi M. Mirbel a cru voir les lacunes dans les jeunes tissus de certains Palmiers se remplir d'un cambium qui s'organise en utricules; M. Kûtzing décrit et figure dans les Fucus des cellules nouvellessedéveloppant dans l'épaisseur de la matière interceliulaire qui sépare les plus anciennes. Mais ce mode^ nié positivement par piusieui*s autres, reste au moins fort douteux.

§ 247.G'est par divisionquelescellules se multiplient entre le bois et L'écorce aux dépens du cambium.Comment le cambium lia-même se forme-t-il ? On peut penser que c'est aux dépens des sucs les plus élaborés, ainsi que le prouvent les nombreuses et ingénieuses expériences de Duhamel sur la formation du bois dans les arbres dicotylédones. Une mince lame d'étain introduite entre l'écorceetle bois permit de constater que tout le cambium avait dû venir du côté de l'écorce. Un lambeau d'écorce tenant supérieurement h l'arbre fut soulevé, et la surface du bois au-dessus fût détruite, ce qui n'empêcha pas la production du cambiiun sous le lambeau replacé. Une décortication annulaire mise à l'abri de la sécheresse montra le mbium sortant entre le bois et Vécorce, en grande abondance du

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bord supérieur de la plaie^ beaucoup moins de rinférieur. On en conclut que ce sont les sucs de Técorce venant de haut en bas qui fournissent le cambium, et que ce n'est pas la sève ascendante.

§ 248. La multiplication des cellules a lieu quelquefois avec une extrême rapidité. Lesjeunes pousses de quelquesHinsdenos arbres, par un temps favorable^ au printemps, peuvent nous en donner un exemple, et cependant la marche de leur végétation n'a rien de comparable à celle qu'active une température plus élevée. Dans nos serres mêmes, on peut voir des Agaves au moment de leur floraison^ des Bambous, etc., etc., s'aUonger dans certains moments de plus de 2 décimètres en vingt-quatre heures. Certaines plantes entièrement composées de tissu cellulaire se développent très-vite dans notre climat; par exemple, les Champignons, dont la rapide croissance a donné lieu au proverbe. 11 y en a un, le Lycoperdon giganteum, qui, en trois ou quatre jours, peut acquérir la forme d'une boule de 3 décimètres de diamètre.

§ 249. Aeerolssement des tiges et des raelnes. .— Pour ce qui concerne l'accroissement des organes composés, nous avons déjà, aux articles Tige, Racine et Feuille, exposé ce qui se passe ; il s'agit maintenant de recherchercomment tous ces changements ont lieu.Nous le rechercherons sur les plkntes dicotylédonées qui sont mieux connuescomme acquérant un grand développement dans nos climats, et qui, par la formation de bourgeons latéraux, fournissent des donn^ plus nombreuses et plus claires pour la solution du problème. Rappelons^ peu de mots que les tiges s'aUongent de bas en haut, les racines en sens inverse; que les premières présentent une moelle et un étui médullaire composé en partie de trachées déroulables qui manquent aux secondes ; que plus tard, entre l'étui etl'écorce, s'interposent de nouvelles fibres et des vaisseaux d'un autre ordre, et que, de cette interpositionqui se répète chaque année, résulte Taccroissement en épaisseur.

C'est l'origine de ces fibres et vaisseaux au sujet de laquelle les botanistes ne sont pas enc(Hre entièrement d'accord. En exposant et discutant les opinions divergentes et les faits sur lesquels elles s'appuient, nous aurons occasion de traiter avec un détail suffisant ce qui se rapporte à l'accroissement des organes composés.

§ 250. Nous savons que les cellules se multiplient dans la plus grande partie du végétal par division (§ 247^ 1«); nous savons d^ plus que les vaisseaux se forment par la continuité établie dansun série de cellules ou fibres unies bout à bout (§ 8). Les organes él mentairesdo|Tent doncse former en place : mais si c'est aux dépo de la sève élaborée ou descendante, il est naturel de penser ^ cette formation aura lieu plutôt progressivement de haut en 1

quoiqu'elle puisse être presque simultanée dans une grande étendue.

§ 250 bis. Une théorie ingénieuse^ que professent plusieurs auteurs^ fut proposée par im astronome français^ Lahire, au commencement du xviu« siècle^ mais en quelques pages et sans preuves à l'appui^ de sorte qu'elle resta négligée et probablement ignorée. Un siècle plus tard^ un autre Français^ Dupetit-Thouars^ la proposa de nouveau^ l'ayant sans aucun doute retrouvée par ses propres obser* vations ; et comme il la soutint par des ouvrages riches en faits et en raisonnements, il eut l'honneur de la découverte^ et on ne la connaît que sous le nom de théorie de Dupetit-Thouars. Elle a pris récemment un nouveau développement entre les mains de M. Gaudi chaud.

Les bourgeons, ainsi que nous l'avons plusieurs fois répété, peuvent être comparés à autant d'embryons ; ils se développent chacun en une branche semblable à la tige qui est résultée du développement de l'embryon. Mais celui-ci, fixé sur la terre, a en germant produit à sa partie inférieure des racines chargées d'aller pomper sa nourriture. Les bourgeons qui, parvenus à maturité, se détachent de la tige , comme nous en avons vu dans les caîcux (§ 151), les bulbillés (§ 153), iSs rosettes des tiges rampantes^ 152), imitent les vrais embryons et émettent par leur bas des racines. Les bourgeons qui restent fixés sur la tige en seraient-ils seuls dépourvus? Dupetit-Thouars ne le croit pas, et, voyant que cet amas de faisceaux fibro-vasculaires qui se forment entre l'écorce et l'étui médullaire ne se montrent qu'après que les bourgeons ont commencé leur évolution, qu'on les voit se rattacher d'une part à la base de ceux-ci, et que de l'autre on peut les suivre Jusqu'à l'extrémité des racines, il pense qu'ils ne sont autre chose que les racines mêmes des bourgeons coiurant dans l'interstice de l'écorce et de l'étui jusqu'à ce qu'elles s'échappent au dehors sous forme de racines, soit normales, soit adventiyes. Le cambium ne serait aloi's lui-même qu'un fluide nourricier que ces racines puisent dans ce trajet à travers l'épaisseur du végétal. Chaque année, une nouvelle production des boui'geons ou embryons fixes détermine ainsi une nouvelle émission de faisceaux radiculaires correspondants, dont l'ensemble ajoute une couche au bois et de nouvelles ramifications à la racine.

Les feuilles jouent par rapport au rameau absolument le même rôle que les bourgeons par rapport à la tige qui les porte, chacune d'elles constituant une sorte d'individu végétal (pAy ton de M. Gau-

^ud), et se continuant au-dessous de l'entre-nœud inférieur leeaux fibro-vascnU 1res, qui représentent laracinedu phyloiu

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