‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 114 sur 262 · FRUIT. — SUTURES · texte numérisé non relu

FRUIT. — SUTURES

donc cinq noyaux correspondant avec cinq loges. Dans d’autres fruits la démarcation est loin d'être aussi nette : dans le melon, par exemple, c'est le mésocarpe qui varie de l’extérieur, où il conserve une couleur verte et une saveur acerbe, à l’intérieur, où il prend une autre couleur avec la saveur sucrée, tandis que les traces de l’épicarpe et l’endocarpe sont à peine visibles. La peau de l'orange est la réunion de son épicarpe et de son endocarpe ; la mince membrane qui tapisse les quartiers est l’endocarpe, et ces quartiers eux-mêmes forment autant de loges remplies d'un tissu additionnel qui est la partie qu'on mange en rejetant le véritable péricarpe. Les divers exemples que nous aurons occasion de citer dans la suite viendront s’ajouter aux précédents pour montrer la diversité des parties qui donnent aux fruits leurs saveurs, leurs propriétés, leurs applications diverses.

§ 506. L’union des deux bords soudés de la feuille carpellaire est souvent indiquée par une ligne extérieure, par un sillon, lorsque ces bords se sont un peu réfléchis vers la cavité de la loge. On peut l’observer sur beaucoup de fruits produits par un carpelle simple, sur celui du Baguenaudier, par exemple, sur l’abricot, la prune, etc.; et non-seulement sur leur surface externe , mais jusque sur le noyau, dont tout le bord correspondant est creusé d’une cannelure plus ou moins profonde. Le nom de suture, par lequel on a désigné celte trace, prouve que dès long-temps on a reconnu sa véritable origine, puisque ce mot indique que deux surfaces séparées ont été réunies, comme cousues ensemble. Mais la feuille repliée en carpelle peut, outre cette ligne correspondant à la réunion de ses bords et par conséquent comme eux regardant toujours l’axe de la fleur, en présenter une autre correspondant à sa nervure moyenne, et regardant au contraire en dehors. On a donné également à cette seconde ligne le nom de suture ; et comme dans le carpelle et la graine on appelle dos ou face dorsale celle qui est tournée en dehors, ventre ou face ventrale celle qui est tournée en dedans, on a distingué dans le premier une suture dorsale et une suture ventrale.

§ 507. Il est clair que les sutures dorsales peuvent seules paraître à la surface des fruits multiloculaires à placentation axile , puisque les ventrales s’y trouvent cachées et modifiées dans l’épaisseur même du fruit. Mais si la placentation est pariétale (§ 491) ou centrale (§ 492-93), les bords des carpelles se trouvant reportés vers la périphérie, leurs sutures ventrales le sont également et peuvent se voir alors à l’extérieur.

§ 508. La suture, examinée avec attention, paraît formée par la

réunion de deux faisceaux accolés qu’on sépare assez facilement l’un de l’autre en introduisant et promenant entre eux une lame fine. Cette séparation se fait spontanément dans beaucoup de fruits à une certaine époque, soit sur la suture ventrale, soit sur la dorsale, soit sur toutes deux à la fois. Il en résulte alors que le péricarpe se trouve séparé en plusieurs pièces dont le nombre doit, dans les cas réguliers, être en général égal à celui des loges ou double. Ces pièces sont appelées des valves ( valvœ ), et on dit d’après les nombres que le fruit est univalve, bivalve , trivalve, multivalve ( uni-bi-tri-multivalvis , etc.).-

§ 509. Nous venons de voir plusieurs des changements que peuvent subir les parties de l’ovaire en passant à l’état de péricarpe; mais nous avons supposé jusqu’ici toutes ses parties se développant régulièrement, ce qui n’a pas lieu constamment. Les diverses parties de l’ovaire peuvent se modifier de telle sorte qu’on ait peine à les reconnaître dans le fruit parvenu à sa maturité. Les loges, les graines qu’elles renferment et leur placentation, les cloisons qui les séparent présentent souvent des modifications qu’il importe d’étudier.

Des carpelles qui, soit libres, soit soudés, composaient le pistil, plusieurs avortent souvent, de telle sorte qu’on ne les retrouve plus èn même nombre dans le fruit. Les avortements ont quelquefois lieu avec une grande régularité et se lient presque toujours à celui des ovules. Ainsi l’ovaire du Frêne offre deux loges, renfermant chacune deux ovules à placentation axile ; mais les deux ovules dans une loge, et un ovule dans l’autre, ne se développent pas ordinairement ; le seul qui mûrit repousse alors la cloison (fig. 414), qui vient s’accoler contre les parois, de manière que la seconde loge s’efface et qu’on ne trouve définitivement qu’une seule cavité renfermant une seule graine, attachée sur son côté, et non plus à l’axe. Le Marronnier d'Inde avait un ovaire à trois loges contenant chacune deux ovules fixés à l’axe, et, par des avortements analogues, son fruit n’a plus en apparence qu’une seule loge avec une grosse graine unique. Nous nous contenterons de ces deux exemples, qu’il serait facile de multiplier. D'autres fois les avortements ne marchent pas aussi régulièrement, et, parmi les fruits d’une même plante, tous n’offrent pas exactement le même nombre de loges et de graines, suivant que tel ou tel ovule a ou n’a pas échappé à la fécondation. C’est donc dans l’ovaire qu’il faut étudier le nombre et la disposition des carpelles et des ovules, qui peuvent plus tard être dissimulés par ces développements inégaux ou irréguliers, et masquer ainsi la vraie symétrie des parties de la fleur.

l'RUlï.

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