CLOISONS
§ 510. Les cloisons sont aussi plus ou moins profondément modiiiées pendant la maturation du fruit. D'après leur origine organique, elles devraient être formées de deux lames accolées, et, chacune de ces lames, de trois couches représentant celles du péricarpe, telles qu’on les observe sur les côtés d'un carpelle libre. Mais ces lames, dans le fruit multiloculaire, pressées d’une part l’une contre l’autre, de l’autre par les graines qui remplissent les loges, n'ont pas le libre développement de leurs couches, dont une ou deux s’atrophient en partie. La plus interne, l’endocarpe, se développe le plus souvent seule et même se soude intimement dans les deux lames accolées qui se confondent ainsi en une seule. Quelquefois elles restent distinctes, et même une petite couche de mésocarpe s’interpose entre elles ; mais l’épicarpe y disparaît, ne persistant que sur la face dorsale libre du carpelle, et revêtant ainsi seulement la partie extérieure du fruit : c’est ce qu’on peut aisément constater sur celui du Ricin, de l’Euphorbe ou de la Mauve. Les cloisons, quelquefois réduites à l’état d’une mince membrane, peuvent dans quelques fruits se détruire en tout ou en partie avant la complète maturité; et nous avons déjà vu (§ 492) que cette destruction, arrivant à une époque très-antérieure dans l’ovaire encore très-jeune, détermine la placentation centrale dans plusieurs, ceux des Caryophyllées par exemple.
§511. Dans un petit nombre de fruits, on observe des changements tout contraires, par suite du développement que prennent les cloisons. L’ovaire du Tribulus est à cinq loges, et, dans l’intérieur de chacune, on voit déjà la paroi formerde petits replis {fi g. 399 c) qui s’avancent un peu entre les trois ou quatre ovules qui s’y trouvent contenus. Ils continuent à s’avancer de plus en plus d’arrière en avant à mesure que le fruit mûrit, et finissent par gagner le côté opposé de la loge et s’interposer entre les graines comme autant de cloisons transversales, si bien que chaque loge se trouve définitivement divisée en autant de loges secondaires placées les unes au-dessus des autres (fig. 400). Dans les fruits de plusieurs Lé-
399. Une loge de l’ovaire du Tribulus terreslris , coupée verticalement pour montrer les saillies c de la paroi qui commencent à s’interposer en dehors aux ovules a.
400. Une loge d’un carpelle mûri du même, coupée de même pour la montrer partagée par des cloisons transversales c en logettes, dans l’une desquelles on a laissé une graine g.
gumineuscs (dans la Casse en bâton, par exemple) on observe une suite de divisions analogues : c’est ce qu’on appelle de fausses loges et de fausses cloisons, et on les reconnaît facilement, dans ce cas, à l’horizontalité de ces cloisons et à leur formation postérieure à la fécondation. Maison conçoit que ces prolongements ou replis de l’endocarpe peuvent être aussi parallèles aux véritables cloisons ; ce qui a lieu, par exemple, dans les Astragales, où chaque carpelle se trouve ainsi subdivisé en deux. Ces fausses cloisons verticales, plus difficilement reconnues, peuvent l’être néanmoins par leurs rapports de position avec les styles, et parce qu’elles ne portent jamais les graines, et surtout par l’étude du pistil jeune.
§ 512. Les loges se remplissent quelquefois d’une matière pulpeuse qui enveloppe alors les graines comme nichées dans son épaisseur ( semina nidulanlia) ; elles paraissent donc pleines, et leur cavité s’efface ainsi que leurs cloisons-, de telle sorte qu’il n’est plus aussi aisé de constater la situation des parties. C’est encore dans l'ovaire qu’il convient de la rechercher, et on peut, de plus, suivre ainsi la formation de la pulpe. Ainsi dans les Aroïdes ou voit que c’est le tissu conducteur même qui pullule au delà de son canal dans l’intérieur de la loge. Dans 1 ovaire de l’Oranger, on observe dans chaque loge les ovules attachés à l’angle interne; tandis que, sur la face opposée, la paroi est toute couverte de petites vésicules ou cellules allongées et verdâtres, qui, se multipliant, encombrent peu à peu la cavité entière, changent de couleur, se gorgent de sucs sapides, et constituent ainsi le tissu qu’on mange dans l’orange. Dans tous les fruits dits pulpeux, ce sont toujours des cellules ainsi gorgées qui remplissent la loge; mais tantôt ils dépendent du péricarpe, comme dans le cas précédent; tantôt de la graine, comme dans les groseilles et les grenades.
§ 513. Enfin les placentas montrent aussi divers changements dans le développement du fruit; c’est naturellement par celui desvaisseaux et du tissu cellulaire qui constituent le système nourricier des graines. Une portion reste fixée aux parois de la loge, sur lesquelles elle forme quelquefois une saillie assez considérable ; une autre portion se détache de cette paroi pour constituer autant de prolongements qu’il y a de graines, et destinés à lesporter. Ils ont souvent la forme d’un petit cordon, ce qui leur a fait donner le nom de funicules ( funiculus ). On a proposé celui de podosperme (de ttouç^oûoç, pied, et de <77rspp.a, graine), qui’est usité par plusieurs auteurs, et les mêmes changent celui de placenta en trophosperme (de xpo^oç, nourricier).
§ 514. Nous avons jeté un coup d’œil sur les principaux chan-