DÉVELOPPEMENT DE LUMIÈRE
l’air, tantôt au contraire un peu plus basse. Mais on peut expliquer facilement cette différence sans recourir à une chaleur vitale propre au végétal. Le bois, beaucoup plus mauvais conducteur de la chaleur que l’air, par conséquent se refroidissant et réchauffant beaucoup plus lentement, doit tendre toujours à se mettre en équilibre avec lui, et s’y trouver très-rarement, puisque dans notre climat la température ne se maintient jamais long-temps constante, mais change perpétuellement suivant la saison, les jours et les heures. Le végétal suit ces variations, mais seulement de loin, et accuse l’état antérieur plutôt que l’état actuel de l’atmosphère. D’ailleurs, dans ces expériences, la partie où est enfoncée la boule du thermomètre est parcourue par la sève ascendante, qui, abritée du dehors, a dù conserver la température du sol à la profondeur où elle est absorbée par les extrémités des racines, plus fraîche que l’air lorsqu’il est chaud, plus chaude lorsqu’il est froid. Enfin, s’il y a un développement de chaleur vitale, ce doit être là où s’opèrent activement sous l’influence de la vie ces combinaisons chimiques dont nous avons parlé autre part, vers la périphérie et non vers le centre, dans les jeunes et non dans celles qui sont déjà vieillies.
Ce sont ces considérations qui ont dirigé M. Dutrochet; et, les jeunes tiges qui n’étaient pas accessibles au thermomètre l’étant aux points de son appareil thermo-électrique, il a pu constater qu’elles sont, le siège d’une production de chaleur, très-faible il est vrai, puisque dans les plantes où elle lui a présenté son maximum elle atteignait au plus de 3 à 4 dixièmes de degré, et que dans d’autres elle ne dépassait pas quelques centièmes. Elle varie du reste avec les causes suivant lesquelles augmente ou diminue l’intensité des phénomènes vitaux ; et c’est ainsi qu’on la voit d’autant plus sensible que les parties jeunes végètent plus vigoureusement, qu’on la voit plus marquée aux heures du jour où ces phénomènes acquièrent le plus d’activité, s’affaiblir ensuite graduellement et quelquefois même s’éteindre complètement pendant la nuit, quoiqu’une obscurité artificielle ne l’abolisse qu’à la longue. Les feuilles elles-mêmes , du moins dans certains végétaux où l’évaporation est presque nulle, et les fruits, accusent aussi, mais à un degré beaucoup plus faible, un développement intérieur de chaleur.
§ G 47. Développement de lumière. — Ce fut la fille de Linné qui, la première, observa ce curieux phénomène de lueurs qui s’échappent des fleurs de la Capucine. L’observation fut répétée plus tard par d’autres et aussi sur d’autres (leurs, plus particulière-
ment sur des fleurs dont la couleur est le jaune ou l'orangé, avec des teinles brillantes et dorées, comme le Soleil, le Souci des jardins , l’QEilletetlaRose d’Inde, etc., etc. C’est de préférence dans les soirées qui suivent une journée chaude et orageuse que ces éclairs se produisent, dit-on, et avec le plus de vivacité; mais jamais lorsque l’atmosphère est humide. Suivant le récit d’un voyageur, il y a en Afrique une espèce de Pandanus où la rupture de la spathe, par les fleurs qu’elle enveloppait, est accompagnée de bruit et d’un jet de lumière. On cite des champignons phosphorescents. Dans les Rhizomorpha, qui ont l’apparence de racines noirâtres serpentant à travers le tissu des bois morts et dans des lieux frais et obscurs, c’est aux extrémités, d’une couleur blanchâtre et d’une texture floconneuse , surtout sur les rameaux jeunes et vigoureux, que se produit la lueur, souvent fort intense. M. Delile a pu observer que sur l’Agaric de l’Olivier: 1° c’est la face inférieure du chapeau, celle où les spores sont accumulées , qui devient souvent lumineuse ; 2° c’est au commencement et dans la plus grande activité de leur croissance; 3” qu’ils ne le sont pas le jour, même placés dans un lieu parfaitement obscur.
Dans toutes les observations précédentes, l’émission de lumière accompagne l'excrcice des fonctions vitales dans le moment où il est le plus actif, dans des parties qui absorbent l'oxygène et dégagent l’acide carbonique. C’est donc de même que pour la chaleur; et on serait tenté d’en inférer que ces deux phénomènes reconnaissent une cause analogue, une combustion assez intense. Cette supposition s’appuie d’ailleurs d’expériences faites sur les Rhizomorpha, dont la lumière s’éloignait dans des gaz non respirables, s’avivait dans l'oxygène pur. Néanmoins il est nécessaire de multiplier et de varier les observations exactes avant d’être autorisé à rien affirmer sur un sujet aussi délicat.
§ 648. On cite beaucoup d’autres faits de lumières phosphoriques émises par des substances végétales en décomposition pleine ou commençante, des champignons, des bois, en général lorsqu’ils sont abandonnés à l’humidité après avoir été coupés en pleine sève, etc., etc. Ici le phénomène tombe entièrement dans le domaine de la chimie, puisque c’est en se désorganisant, en obéissant aux affinités chimiques , que ces tissus prennent ces propriétés nouvelles, semblables à celles qu'ou observe fréquemment sur les matières animales dans les mêmes circonstances. La lueur semble avoir son foyer dans une substance gélatineuse, étendue en couche sur les surfaces lumineuses, que le frottement étale, allonge et ravive à la manière du phosphore.
DIKECTIOiNS ET MOUVEMENTS DES PLANTES.
§ 649. Nous avons vu que les diverses parties des plantes se développent constamment suivant une même direction (1) : la racine, vers l’intérieur de la terre; la tige, en sens inverse, vers le ciel ; les feuilles, vers la lumière. On ne peut expliquer cette direction constante et nécessaire par leur seule tendance à se mettre en rapport avec le milieu qui leur offre les conditions propres à l'exercice de leurs fonctions, comme le démontrent quelques expériences fort simples. Qu’on fasse germer une graine dans un appareil tellement disposé que le milieu humide et obscur, la terre ou I éponge imbibée d'eau , se trouve placé audessus d'elle au lieu d'ètre, comme ordinairement, au-dessous : la radicule ne s’y enfoncera pas en remontant, mais descendra en pendant dans l’air; la tigello n’ira pas chercher l’air et la lumière qui sont au-dessous, mais montera en s’enfonçant dans la terre. Qu’on place à peu de distance de la radicule ainsi descendante une éponge mouillée offrant un plan vertical, la radicule ne déviera pas, mais continuera à marcher parallèlement dans le vide de l’air, Cette tendance inverse des deux portions de Taxe végétal tient donc à leur nature intime. Nous savons, au reste, que c’est l’axe primaire seulement qui est doué de cette propriété, qu’on n’observe dans les axes secondaires qu’à un moindre degré, et qui même peut y disparaître complètement, comme le prouvent la direction de plus en plus oblique de ces axes et même souvent leur marche horizontale ; dans les rhizômes, par exemple.
§ 650. Si l’on cherche à changer cette direction naturelle des parties, elles ne tardent pas à la reprendre d’elles-mèmes. Une branche retenue de force dans une position horizontale se redresse bientôt par son extrémité qui s’allonge, et elle recommence à
(1) Quelques plantes parasites croissant sur les arbres , celles de la famille des Loranthacées, et notamment le Gui, qui la représente chez nous, font exception à cette règle. La graine du Gui s’attache aux branches par la glu qui l’entoure, germe ainsi attachée, et dirige toujours sa radicule vers le centre de la branche, sa gemmule en sens inverse. Sur un boulet, dont on peut de plus faire varier la position, la radicule pousse de même en se dirigeant vers le centre. Sur la vitre d’une fenêtre elle tend toujours vers l’intérieur de l’appartement, qu’elle soit appliquée sur la surface extérieure ou intérieure de la vitre. En un mot, c’est toujours vers la lumière que paraît se diriger la gemmule, tandis que la radicule se dirige vers l'obscurité.
monter : dans les mêmes circonstances, une racine se courbe et recommence à descendre. Kniglit proposait une explication assez simple de ce phénomène, en faisant remarquer que les sucs, par reflet de la pesanteur, s’accumulent sur toute la face inférieure de la branche ainsi horizontale; que l’accumulation des sucs détermine un développement plus actif dans toute celte moitié, dont les fibres s’allongent plus dans un même temps que celles de la moitié supérieure , et qu’il en résulte nécessairement qu’elle doit s’arquer en tournant sa convexité en bas, et conséquemment redressant son extrémité. Quant à la direction de la racine qui ne s’allonge que par le bout, il l’expliquait également par la pesanteur qui doit toujours accumuler les sucs à ce bout inférieur et le faire descendre. Mais cette théorie ne peut s’appliquer au cas ou la direction de la racine est intervertie , ni à celui où les axes secondaires suivent naturellement une marche très-oblique ou horizontale, ou même descendante, comme, par exemple, dans certains arbres pleureurs.
§ 651. M. Dutrochet a cherché, dans la structure môme des parties, la cause qui détermine leur direction. Si, dans une masse de tissu cellulaire, les cellules vont en diminuant de dimension dans un certain sens, de telle sorte que sur un ou plusieurs plans de cellules plus grandes s’appliquent un ou plusieurs plans de cellules plus petites, et si par l’effet de l’endosmose ces cellules viennent à se gonfler, les plus grandes se rempliront plus et plus vite que les petites, leur plan s’étendra plus que le plan de ces dernières, et, comme ces plans sont intimement unis, il faudra qu’ils se courbent, le plus grand occupant la convexité de l'arc et le plus petit sa concavité. Si donc dans un axe les cellules vont en diminuant de dehors en dedans, il y aura tendance à l’incurvation en dedans; si elles vont en diminuant de dedans en dehors, il y aura tendance à l’incurvation en dehors. Ces tendances ne se manifestent pas tant que la tige est entière et également forte dans tout son contour, puisque les côtés également distants du centre et tendant à se courber de la même manière par rapport à ce centre se neutralisent réciproquement. Mais que l’on coupe la tige en deux moitiés longitudinales ou que l’un des côtés se trouve plus faible que le côté opposé , l’équilibre est rompu et l’incurvation s’opère. La position horizontale tend tà diminuer la force d’endosmose dans le côté qui est tourné en bas, et par conséquent «à déterminer l’incurvation soit, dans un sens, soit dans l’autre. Or, suivant M. Dulrochct, dans les tiges pourvues d’une moelle abondante, c’est du centre à la circonférence que les dimensions des cellules, eonsidé-