‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 145 sur 262 · SOMMEIL DES FEUILLES · texte numérisé non relu

SOMMEIL DES FEUILLES

vers le soleil; une inférieure, vers lu terre. Si l’on intervertit celte direction, la feuille tend à reprendre su position naturelle en surmontant les obstacles qu’on lui a opposés, et, si elle ne peut en venir à bout, elle s’altère et finit par mourir. C’est par le pétiole, ou, lorsqu'il manque, par la base d’insertion, que ce retournement s’opère; et on ne peut l’attribuer à l’élasticité des fibres qu’on a tordues et qui tendent à se détordre, puisque, si l’interversion des feuilles a lieu naturellement comme dans les branches pendantes, c’est le pétiole qui se tord de lui-même pour tourner en haut sa face supérieure. Le retournement a lieu, tant que dure la vie, sur des branches détachées de la plante, sur des feuilles ou même des fragments de feuille qu’on a eu soin de suspendre par un support suffisamment mobile. On ne doit pas chercher la cause de ce phénomène dans les rapports de la feuille avec l’air et la lumière; car ii a lieu dans l’eau et dans l’obscurité.

§ 65t. Sommeil des plantes. — Mais, néanmoins, la position des feuilles est influencée par la lumière d’une manière incontestable, comme le prouve la plus simple observation et comme le confirme l’étude de leurs fonctions. Nous ne parlons pas ici de la tendance que la plante entière manifeste dès sa naissance en s’inclinant et se portant du côté le plus éclairé, et en y développant en plus grande proportion ses branches et ses feuilles, comme on le voit sur le bord des bois, dans les clairières, etc., etc. : il est nécessaire, en effet, qu’elle se développe mieux du côté où elle trouve les conditions les plus favorables «à l’exercice des fonctions de ces parties, et par suite à leur croissance et leur multiplication. Il est question ici des mouvements qu’exécutent les feuilles, considérées isolément, pour se mettre en rapport avec la lumière, tels qu’ils modifient souvent plus ou moins cette autre position de la feuille tournant une face vers le ciel et l’autre vers la terre, et de diverses manières, suivant l’état du jour plus ou moins clair, plus ou moins avancé. Ce phénomène ne peut être mieux étudié qu’en l’examinant dans ses conditions les plus opposées, en présence de la lumière, et, en son absence, pendant le jour et pendant la nuit. Or quiconque, dans une obscurité qui permette de distinguer les objets, ou seulement pendant le crépuscule, fixera son attention sur un certain nombre de plantes , sera frappé de la différence de physionomie que présentent beaucoup d’entre elles avec celle qui nous est familière, et reconnaîtra que ce changement est dû à la position nouvelle qu’ont prise les feuilles.

Ce nouvel état a été nommé leur sommeil ; mais elles sont loin

ROTAMQL'E.

de dormir de la même manière dans les végétaux différents. Elles peuvent, après avoir exécuté sur leur point d’attache un quart de révolution, diriger leurs pointes en bas (comme dans Y Impatiens noli-tamjere ) ou en haut (comme dans 1 ’Atriplex hortensis ), exposant en dehors leur face supérieure dans le premier cas, l’inférieure dans le second. Mais souvent elles ne se dressent ou ne se renversent que plus imparfaitement.

Ce sont surtout les feuilles composées qui sont assujetties au sommeil et le prennent avec les poses les plus variées, puisque chez elles non-seulement les pétioles peuvent se mouvoir sur le rameau qui les porte, mais les pétioles partiels sur le commun, les folioles sur le rachis. De là trois ordres de mouvements qui peuvent se combiner ensemble. Dans les feuilles composées qui n’en offrent qu’un seul , celui des folioles, celle-ci pendant la nuit peut se relever (comme dans la Fève de marais , les Lotus , les Trèfles, etc.,) ou se baisser directement (comme dans les Oxalis , la Réglisse, etc.), ou se rabattre sur le rachis en dirigeant sa pointe soit en avant (comme dans la Sensitive et la plupart des autres Mimoses et vrais Acacias), soit en arrière (comme dans le Tephrosia caribæa). Dans ces deux derniers cas; les folioles s’imbriquent d’arrière en avant ou d’avant en arrière. Lorsque en outre le pétiole commun a un mouvement propre, il se dirige ou en haut (dans les Casses, par exemple) ou en bas (comme dans Y Amorpha), faisant ainsi , avec la partie supérieure de l’axe qui le porte, un angle moins grand ou plus grand que durant le jour. Lorsqu’cnfin r dans la feuille plusieurs fois composée, les pétioles de divers ordres se meuvent en même temps les uns sur les autres, comme on peut le voir dans la Sensitive, les pétioles partiels se replient d’arrière en avant sur le commun en tendant à lui devenir parallèles, et celui-ci de haut en bas sur le rameau. On conçoit qu’entre ces directions on peut en observer d’intermédiaires , comme celle des folioles se dirigeant à la fois en avant et en haut, des pétioles formant , avec l’axe qui les supporte , des angles d’un nombre de degrés tout à fait variable. 11 y a des différences essentielles qui caractérisent le sommeil de plantes diverses entre elles; il y en a de secondaires qu’une même plante peut offrir suivant l'intensité plus on moins grande de son sommeil. Ainsi, dans la Sensitive, les pétioles communs ne pendent pas toujours pendant la nuit, et les partiels ne s’infléchissent qu’après le reploiement des folioles, de telle sorte qu’on peut distinguer , par ces trois degrés, si celte singulière plante dort légèrement ou profondément.

8 655. L’état de sommeil présente des rapports remarquables

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