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SOMMEIL DES FLEURS. 4'J

elles convergent de nouveau en opérant une révolution en sens contraire , et tendent à reprendre plus ou moins exactement leurs premiers rapports : comme nous avons vu les feuilles, pendant le sommeil, se grouper et se couvrir de la même manière que dans la préfoliaison.

§661. Mais dans la vie des Heurs, infiniment plus passagère que celles des feuilles, les alternatives de la veille et du sommeil ne se montrent au plus qu’un petit nombre de fois, le plus souvent qu’une seule. On a nommé éphémères celles qui s'ouvrent un seul jour et se referment pour ne plusse rouvrir; équinoxiales , cellesqui se rouvrent et se referment plusieurs jours de suite. On les distingue encore en diurnes et nocturnes ; car si la plupart s’épanouissent au jour, il y en a d’autres qui, fermées le jour, s’ouvrent pendant la nuit.

Les noms populaires donnés à certaines fleurs montrent que depuis long-temps plusieurs de ces faits étaient bien connus: ceux de Belle de jour, Belle de nuit (Mirabilis julapa ) , Reine des nuits (Cactus grandi (Iotus), s’appliquaient à des fleurs éphémères, la première diurne , les autres nocturnes ; celui de Dame d’onze heures a une espèce d’Ornithogale qui s’ouvre à celte heure et plu • sieurs jours de suite.

§ 662. Ce phénomène de l'épanouissement nocturne paraît, au premier aspect, directement opposé aux habitudes des feuilles, pour lesquelles c’est toujours l’absence de la lumière qui détermine le sommeil : cependant, si nous réfléchissons que certaines feuilles se relèvent pour dormir, tandis que d’autres s’abaissent, nous reconnaîtrons qu'on ne trouve dans les fleurs que ce même mouvement double, et que la différence tient surtout à ce que dans ces deux ordres d’organes l’état de sommeil n'est pas rigoureusement défini de la même manière.

D’ailleurs les variations dans l’état de la lumière du jour influent sur les fleurs comme sur les feuilles, et, par des expériences faites à l’aide d’une obscurité ou d’une lumière artificielle, on est parvenu de même à changer leurs habitudes, à les désheurer. Il est donc à croire que des phénomènes si analogues reconnaissent une cause commune, et aussi que c’est par un mécanisme semblable que tous ces mouvements doivent être opérés Comme ils résultent toujours d’incurvations, de flexions ou de redressements, M. Dutrochet leur applique naturellement la théorie que nous avons exposée plus haut (§ 651), celle de l’extensibilité inégale de couches juxtaposées dans un même tissu; nous avons vu l’afflux des liquides par endosmose la mettre enjeu. M. Dutrochet admet de plus l’afllux d’un gaz, l’oxygène, auquel serait ouverte une au-

tre voie, celle des trachées et des libres, dont l’action, antagoniste de celle des cellules remplies de liquides, s’exerçant la nuit pendant que l’autre s’exerce le jour, amènerait ainsi les alternatives du sommeil et du réveil.

§ 663. Dans cette étude des mouvements journaliers des fleure, il ne faut pas faire à la lumière la part tout entière ; la chaleur exerce sans doute quelque influence, comme on peut s’en convaincre par l’attitude qu’on leur voit prendre dans les journées trèschaudes. Est-ce par elle-même; est-ce en modifiant Tétât hygrométrique de l’atmosphère, dont le rôle est très-important pour certaines plantes désignées, pour cette raison, sous le nom de météoriques et disposées à indiquer, par les directions et les courbures de leurs pétales, la sécheresse ou l’humidité de l’air qui se fait sentir à leurs tissus? Le Souci des pluies ( Calendula pluvialis ) a pris ce nom de la propriété qu’il a de se fermer quand le temps est disposé à la pluie : on dit qu’en pareil cas plusieurs Chicoracées ne s’ouvrent pas le matin; et que le Sonchus sibiricus l’annonce dès la veille en ne se fermant pas le soir, contre son habitude. On a donc essayé aussi de former un hygromètre de Flore ; mais il est moins sûr encore que son horloge. Ce qui ressort néanmoins de toutes les observations précédentes, c’est la circonspection à apporter dans les conclusions qu’on en tire ; puisqu'il existe une telle complexité de causes, et que la pluie, par exemple, peut agir de trois manières à la fois : en obscurcissant l’atmosphère, en la refroidissant, et en la saturant d’humidité.

§ 664. Les mouvements observés dans les étamines et les pistils ont dù fixer particulièrement l’attention ; comme liés à l’acte de la fécondation, qu’ils favorisent en rapprochant ces parties et dispersant le pollen. C’est, en effet, au moment où cet acte s’opère, à celui de l’épanouissement , que ces mouvements se font manifestement dans certaines fleurs : ils n'avaient pas lieu dans le • bouton , ils cessent avec la floraison et ne peuvent pas plus être provoqués avant qu’après. C’est par la courbure de leurs filets que les étamines rapprochent leurs anthères du stigmate. On peut le voir dans beaucoup de fleurs, par exemple dans la Rue ; et on remarquera que des huit étamines, situées sur deux rangs, les extérieures, opposées aux pétales, s’inclinent les premières, les intérieures un peu plus tard. Ce phénomène est particulièrement ; marqué dans le Parnassia , et les cinq étamines viennent, en se courbant en dedans, s’appliquer sur le stigmate l’une après l’autre comme si elles suivaient leur ordre d’insertion ; les dix du Saxifraga tridactylitcs se meuvent de même deux par deux.

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