MOUVEMENTS DES VEUILLES
bas en haut; si c’est une des paires supérieures, il marche de haut en bas. La sensibilité est d’autant plus vive que la plante est plus jeune et plus vivante, que le temps est plus clair et plus chaud avec un certain mélange d’humidité. Si ces conditions sont réunies, le choc le plus léger, le souffle, la présence d’un léger insecte suffisent pour provoquer ces phénomènes, dont l’intensité et rétendue sont toujours proportionnées à celles de l’excitation : et alors, si celle-ci est un peu forte, le mouvement se communique non-seulement aux folioles voisines de celle qui a été touchée, mais du pétiole partiel, qui les porte aux trois autres ainsi qu’au pétiole commun, et souvent même, de proche en proche et de bas en haut, aux autres feuilles du rameau. La nature du corps choquant parait indifférente. Mais ce n’est pas seulement l’excitation mécanique qui détermine ces mouvements ; une excitation chimique produit des effets analogues, comme on peut s’en assurer en plaçant une gouttelette d’un acide concentré sur une foliole, assez doucement pour qu’elle n’en soit pas remuée , ou en faisant tomber sur un point les rayons du soleil concentrés au foyer d’une loupe. On peut alors bien suivre la série des changements , qui s’opèrent avec beaucoup de lenteur mais aussi avec plus de généralité. Les différents points ne transmettent pas également bien l’excitation, ainsi que nous l’avons dit plus haut en recommandant sous ce rapport les renflements articulaires; mais, dans ceuxci même, on observe une inégale distribution de la sensibilité. Ainsi, en touchant la base du pétiole à sa partie supérieure, on ne produit rien ; en le touchant à sa partie inférieure, on le voit s’incliner sur-le-champ.
§ 667. Nous avons cité la Sensitive comme l’exemple le plus frappant de la curieuse faculté qui nous occupe. D’autres plantes du même genre [Mimosa) ou de la même famille (Légumineuses) la présentent aussi à un degré remarquable, quoiqu’inférieur, ainsi que d’autres appartenant à des familles tout à fait différentes, comme plusieurs Oxalidées et la singulière plante connue sous le nom d’Atlrape-mouche ( Diunæa muscipula ) dont la feuille, se pliant sur sa nervure moyenne lorsqu'on la touche , emprisonne ainsi les insectes qui viennent s’v poser. Au reste, il est à croire que cette excitabilité est beaucoup plus généralement répandue qu’on ne le croyait d’abord ; et qu’elle n’échappe à l’observation sur beaucoup d’autres végétaux, même de ceux que nous voyons le plus familièrement, que comme beaucoup plus faible et plus lente, et parce que l’excitation doit être très-forte pour produire des résultats beaucoup moins apparents. Les feuilles des espèces
d ’Oxalis, communes dans nos champs (O. stricta, O. corniculata, et à un degré beaucoup plus faible VO. acetosclla ), si on les frappe à coups légers, mais redoublés, prennent, au bout d’une minute ou deux, la position du sommeil, pliant sur la nervure médiane leurs folioles légèrement recourbées et laissant pendre leur pétiole. Les feuilles de l’Acacia commun ( Rubinia pseudo-acacia), vivement agitées, montrent, au bout de quelque temps, la même disposition que pendant la nuit. Peut-être la physionomie particulière que beaucoup de nos plantes prennent dans les grands vents tient-elle à des changements analogues résultant des secousses violentes et réitérées qu’elles reçoivent alors.
§ 668. Tous les mouvements (pie nous avons décrits précédemment étaient intermittents, se montrant seulement à certains moments soit du jour, soit de la vie du végétal, ou provoqués par une cause connue et étrangère. Dans un très-petit nombre de plantes, on peut en observer qui, par leur spontanéité et leur continuité, exigent une mention et une étude particulières. On les observe dans quelques espèces tropicales du genre Desmodium (autrefois confondu avec 1 ’Hedysarum ou Sainfoin), et particulièrement dans le D. gyrans. Ses feuilles sont composées de trois folioles : l’une terminale , grande, et soumise seulement aux alternatives de la veille et du sommeil ; les deux autres latérales et très-petites. Celles-ci, par un temps chaud, sont dans un mouvement perpétuel, se dirigeant, se rapprochant et s’éloignant du pétiole commun, s’élevant et s'abaissant tour à tour; et ce mouvement ne s’interrompt pas pendant la nuit. En les examinant attentivement, on reconnaît que ces petites folioles sont portées sur des pétiolules renflés ; que ce sont ceux-ci qui se courbent alternativement dans un sens et dans un autre en se tordant légèrement, s’arquant en dedans, puisse redressant, puis s’arquant en dehors, position dans laquelle ils tendent à s’arrêter de préférence ; que du reste le limbo n’a par lui-même aucun mouvement, mais que, tendant à retomber par son propre poids, il rend plus apparent et exagère celui du pétiole, à l’extrémité duquel il fait bascule. Nous avons donc ici encore un résultat de l’incurvation, et il est à présumer qu’elle se lie à l’action de la lumière, à la respiration et à l’évaporation des folioles. En effet, il est incontestable que les mouvements de cellesci se ralentissent beaucoup et môme s’arrêtent souvent dans l’obscurité; qu’ils se ravivent et se multiplient à la lumière soit naturelle, soit artificielle. On les suspend en étendant sur la surface du limbe une petite couche de gomme, qui doit s’opposer à l’exercice de ses fonctions en la rendant imperméable ; puis on les restitue