MOUVEMENTS SPONTANÉS
souvent en dissolvant par l’eau cette couche, si on ne l'a pas laissée trop long-temps. Quand on coupe le limbe 'de manière à n’en laisser qu’une petite portion inférieurement, il persiste à se mouvoir assez long -temps; mais finit par s’arrêter, pendant que la foliole opposée intacte continue sa gyration. Quand on le coupe longitudinalement en deux moitiés, on les voit se mouvoir tant qu’elles ne sont pas séchées ; et elles cessent alors. Le phénomène n’est donc pas aussi différent qu’il le paraît au premier abord de celui qu’offrent les mouvements journaliers; et peut-être la petitesse des limbes, relativement aux pétioles, favorise-t-elle ici sa manifestation, qui ne peut avoir lieu dans quelques autres plantes où les parties, avec une structure analogue, offriraient des proportions différentes.
§ 669. On a signalé un mouvement continu dans quelques fleurs aussi, celles de certaines Orchidées, comme les Pterostylis, le Megaclinium falcatwm. C’est l’une des six divisions du périanthe, remarquable par une forme particulière et désignée sous le nom de labelle, qui se meut ainsi. Elle se continue en s’articulant avec le reste de la lleur par un rétrécissement en forme de filet, qui représente en quelque sorte le pétiole de la foliole du Desmodium gyrans, et qui de même détermine le mouvement du limbe, qu’il porte, en s’élevant et s'abaissant alternativement à intervalles irréguliers.
§ 670. Nous avons exposé les principaux faits relatifs à la mobilité des plantes. Nous avons vu que la plupart de leurs mouvements résultent de l’incurvation, dont le mécanisme peut être conçu jusqu’à un certain degré. Mais quelle cause met en jeu ce mécanisme? On comprend que les variations de la lumière, qui déterminent des variations correspondantes dans la manière dont fonctionnent les parties jeunes , souples et pleines de sucs, peuvent modifier, aux différentes phases du jour, la proportion des liquides dans les cellules; et, si c’est l’état de turgescence de celles-ci, combiné avec leurs inégales dimensions, qui force les tissus à se courber dans un sensou dans un autre, on se rend assez bien compte des phénomènes de la veille et du sommeil. On conçoit encore comment une excitation forte et prolongée quelque temps peut amener l’afflux de fluides, la turgescence et l’incurvation qui la suit.
§ 671. Mais il reste beaucoup d’autres faits inexplicables. Les végétaux sensibles, placés dans- une obscurité permanente, devraient se tenir à un certain état d’équilibre et d’immobilité, de sommeil ou au moins de demi-sommeil , puisque leurs fonctions , si elles ne s’interrompent pas complètement, doivent alors s’exercer d’une manière continue et uniforme. Cependant les plantes,
quoique dans des conditions stables qui devraient amener un état également lixe, ne tardent pas à reprendre leurs habitudes, qui diffèrent seulement par plus d’irrégularité (g 657). D’un autre côté nous avons fait connaître ces mouvements subits par l’action d’un stimulant venant du dehors et dont l’effet est trop instantané pour s’expliquer par un afflux de liquides qui demanderait nécessairement quelque temps avant d’amener des changements de position aussi marqués que ceux qu’on observe dans la Sensitive, par exemple. Ces changements pourraient , il est vrai , s’opérer bien plus rapidement dans l’équilibre des gaz, auxquels M. Dutrochet attribue une partie des phénomènes d’incurvation. .Mais il resterait à prouver et la présence constante de ces gaz dans les voies qu’on leur assigne , et comment l’excitation extérieure en provoque le subit développement.
§ 672. Beaucoup de naturalistes, frappés de l’insuffisance de ces actions mécaniques ou physiques pour expliquer les mouvements dans les végétaux, sont donc portés à y admettre un principe analogue à celui de l’excitabilité animale. Ils se fondent sur la rapidité avec laquelle l’excitation peut être portée d’un point de la plante à un autre point plus ou moins éloigné, comme par une sorte de sympathie; sur ce que l'excitabilité, beaucoup plus vive dans les parties jeunes et pleines de vie, s’émousse avec l’âge et disparait dans les parties vieillies ; sur ce que, mise en jeu vivement et à plusieurs reprises rapprochées, elle s’affaiblit et cesse, pour se refaire en quelque sorte et se ranimer après un intervalle suffisant de repos ; sur cette nécessité d’un sommeil alternant avec la veille et en réparant les pertes, beaucoup plus nécessaire et plus profond dans l’enfance, perdant avec l’âge de sa durée et de son intensité, et se convertissant dans la vieillesse en une sorte de demi-sommeil permanent; sur l’espèce d’instinct avec lequel lesparties végétales prennent les posilions ou les directions favorables au libre exercice de leurs fonctions naturelles et à la satisfaction de leurs besoins, surmontant, pour y revenir, les obstacles qui s’y trouvent apportés. Ces actes leur semblent tout â fait du même ordre que ceux qu’exécutent en pareil cas les animaux inférieurs, et ils reconnaissent en conséquence, sous lesforces mécaniques et physiques, qui ne sont que le moyen d’exécution, une force vitale qui les met en jeu. Ils font valoir encore, à l’appui de leur opinion, l’action des narcotiques qui, portés dans le végétal par l’effet de l’absorption, ne tardent pas à y ralentir et suspendre le mouvement, comme ils font dans les animaux. Maisce dernier argument perd sa force par d’autres expériences qui