‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 151 sur 262 · MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS

prouvent que d’autres matières extractives, parfaitement innocentes, absorbées par le végétal, y suppriment de même l'excitabilité, et que par conséquent ce n’est pas comme vénéneuses, c’est seulement comme étrangères qu’elles interrompent les phénomènes de la vie. Une autre objection, c’est que le sommeil ne produit pas dans les végétaux, comme dans les animaux, un état général de relâchement; c’est au contraire un état de tension, opposé il est vrai à celui de la veille, mais souvent également caractérisé, quelquefois même davantage , comme , par exemple , dans les feuilles que nous avons vues se redresser pendant la nuit. Les parties, dans cet état, résistent a l’effet qui tend à changer leur position nouvelle, et se rompent quelquefois plutôt que d’en recevoir une autre.

§ 673. D’ailleurs comment s’opérerait la transmission de l’excitation? Les uns veulent que ce soit par les libres; les autres, par le tissu cellulaire; d’autres, par les parties contenues dans les cavités des cellules, libres ou vaisseaux. Mais les expériences faites pour démontrer que c’est par telle ou telle voie se contredisent, et, dans les végétaux les plus sensibles, on retrouve les mêmes éléments que dans ceux qui ne le sont nullement, et agencés de la même manière : dans leurs cavités on retrouve les mêmes matières; et, si l'on admet dans certaines circonstances la fécule, la chlorophylle, ou autres substances aussi généralement répandues, comme conducteurs de l’excitation, il resterait à chercher comment leur ont été communiquées ces propriétés toutes nouvelles, qui leur manquent habituellement et en feraient des corps d’une nature différente. On connaît dans les animaux quel tissu reçoit et transmet l’excitation, quel tissu se contracte en la recevant et détermine ainsi le mouvement; on ne connaît dans les végétaux que l’effet et quelques-unes des causes secondaires.

§ 674. Il est vrai que la science est également dans le doute relativement à quelques-uns des êtres placés tout à fait au bas de l’échelle animale. 'Mais que peut-on tirer d’un mystère pour en expliquer un autre? D’ailleurs ici nous devons avouer que la distinction entre les deux règnes nous échappe. Nous avons vu ces corps qui peuplent les cellules des Antheridies (§ 470), les Sporanges de certaines Algues (§ 606), doués de formes et de mouvements analogues à ceux des animalcules infusoires. Nous avons vu des Spores se mouvoir à l’aide de cils vibratoires, organes ordinaires du mouvement dans ces animalcules. Cependant, alors même, la lumière semble exercer son intluence sur leur vie, puisque ce n’est qu’à certaines heures du jour qu’on peut observer cette locomotion tout à fait animale, etqu’ensuite ils passent à l’immobilité du

végétal, avec les caractères duquel ils se développent. Citons encore ces Algues connues sous le nom d Oscillaires, parce que les filaments ténus qui les composent, formés d’une série de cellules accolées bout à bout, courtes et renflées, s’infléchissent de côté et d’autre comme un doigt ou comme l’extrémité d’une trompe. C’est par un de leurs bouts, libre et souvent muni à sa pointe d une houppe de petits filets muqueux irréguliers, qu’ils oscillent ainsi lentement ou quelquefois brusquement et par secousses; par l’autre bout ils s’accolent un grand nombre ensemble et forment une masse commune, de laquelle rayonnent lés extrémités mobiles.

§ 674 bis. Arrivés à cette limite où les deux règnes semblent se confondre, nous devons reconnaître l’insuffisance des définitions qui nous avaient servi de point de départ pour la distinction des animaux et des végétaux et reposaient sur l’incapacité de sentir et se mouvoir attribuées aux seconds (§ I). Peut-on, des notions plus étendues que nous avons exposées dans le cours de cet ouvrage, tirer une définition plus rigoureuse ?

§ 675. On la trouvait autrefois dans la composition chimique des tissus, ternaire dans les végétaux, quaternaire dans les animaux, où l'azote venait s’associer à l’oxygène , à l’hydrogène et au carbone. Cependant nous avons vu (§ 296-305) que l’azote existe communément aussi dans les matières végétales. Mais, si l’on se borne à la trame des tissus, la différence primitivement établie reparaît. La substance qui, sous la forme d’utricules, de fibres ou de vaisseaux , constitue essentiellement celle des végétaux et sert d’enveloppe et en quelque sorte de laboratoire à tous les autres produits est toujours identique , toujours ternaire : c’est celle que nous avons appris à connaître sous le nom de cellulose (§ 299). Au contraire, la fibre animale, réduite à son plus grand état de pureté, se trouve contenir constamment une certaine proportion d’azote. Plusieurs caractères, résultant pour la plupart de cette composition différente , peuvent faire distinguer la membrane végétale de la membrane animale. La première, en se décomposant, donne des produits et des résidus acides ; en brûlant, de l’acide acétique et un résidu charbonneux qui n'est pas déformé ; elle n’est pas colorée par la solution aqueuse d’iode, n’éprouve qu’une action peu sensible de la soude et de la potasse étendues, de l’ammoniaque; mille des acides chlorhydrique, acétique et tannique. La seconde, en se décomposant, donne des produits et résidus acides et ammoniacaux; en brûlant, du carbonate d’ammoniaque et un résidu charbonneux boursouflé; se colore en jaune par l’iode; se dissout dans la soude, la potasse et l’ammoniaque, dans les acides

Page 1