‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 154 sur 262 · ESPECES LT VARIETES · texte numérisé non relu

ESPECES LT VARIETES

peut présenter différents degrés. Si deux graines prises dans le môme fruit sont semées dans des terrains différents, dans des climats différents, dans des saisons différentes, les doux pieds, développés dans des conditions qui ne se ressemblent pas, trahiront cette inégalité de conditions de leur nutrition par certaines dissemblances d’autant plus marquées que les causes en auront été plus nombreuses et plus intenses. Nous ne pouvons passer ici en revue toutes les modifications dont une espèce est susceptible sous l’influence de ces conditions diverses, et que d’ailleurs l’étude des divers organes, de leur structure, de leur développement, de leur nutrition peut jusqu’à un certain point nous faire prévoir. Faisons seulement remarquer qu’elles sont d’autant plus fréquentes qu'elles affectent un organe moins important et sont moins importantes elles-mêmes. Ainsi les changements de couleur et surtout de telle couleur en telle autre, le développement ou l’absence des poils , le tissu plus compacte ou plus lâche s’observent assez communément dans une même espèce et, qui plus est, dans un même individu , si l’on diversifie les circonstances dans lesquelles il se trouve • ce sont alors de simples variations. Lorsque la modification est plus profonde et plus tenace, elle prend le nom de variété ( varietas ) : alors elle se montre avec une certaine fixité dans un certain nombre d’individus et peut faire distinguer leur collection entre les individus de la même espèce, moins nettement cependant que ceux-ci ne sont eux-mêmes distingués do ceux d’une espèce différente.

Nous venons de voir que la variation accidentelle et individuelle peut disparaître avec la cause qui la produit dans l’individu même qui en est affecté. D'autres fois l'effet persiste après la cause, et l'individu conserve toute sa vie ses caractères de variété. Celle-ci peut être plus permanente encore et se reproduire par extension dans tous les individus obtenus du premier par greffes , boutons ou marcottes. Mais si l’on sème les graines qui en proviennent, les nouveaux individus ainsi obtenus ne montrent plus ces mêmes caractères et reviennent à ceux de l’espèce primitive.

Enfin il y a une classe où les germes contenus dans les graines conservent et transmettent les caractères de la variété sur laquelle ils se sont formés. Ces variétés héréditaires sont souvent aussi nommées des races.

Une cause puissante de variété, c’est l’hybridité; c’est-à-dire la fécondation d’un individu d’une espèce par celui d’une espèce différente, lorsque le pollen de l'un est porté sur le stigmate de l’autre. Elle ne peut réussir lorsque les plantes sont bien différen-

tes entre elles ; mais il est incontestable qu elle a lieu entre des plantes d’espèces très-voisines quoique distinctes, et qu’alors les graines, quoique tendant généralement à avorter, sont quelquefois fertiles. La plante qui en provient doit naturellement présenter des caractères intermédiaires entre les deux qui lui ont donné naissance, et, comparée soit à l’une, soit à l’autre, des caractères différentiels qui lui donnent l’apparence d’une variété. Mais à laquelle des deux la rattachera-t-on comme telle? Ce sera à celle avec laquelle elle a le plus de traits communs, si elle en offre fort peu avec l’autre : sinon on la désignera simplement comme hybride. Mais, après quelques générations, les traits de l’un des parents se prononcent de plus en plus, surtout s’il y a un nouveau croisement entre l’hybride et l’une des espèces primitives; et l’on conçoit qu’on peut arriver ainsi à une variété bien définie. Mais les hybrides sont fort rares dans la nature, où les espèces les plus voisines par leurs caractères ne le sont que rarement par leur station. Dans nos jardins, surtout dans les jardins botaniques, où l'on cherche au contraire à montrer ensemble les espèces qui se ressemblent le plus, les croisements sont beaucoup plus fréquents et plus multipliés.

La culture profite de toutes ces données pour faire varier les végétaux, en variant les conditions de leur nutrition , conservant et multipliant les produits qui en sont résultés, les propageant par la graine, les améliorant par de nouveaux croisements. De là ce nombre prodigieux de variétés pour certaines espèces de fleurs et de fruits recherchés par l’homme. L’espèce, travaillée ainsi pendant une longue suite de générations, se trouve représentée par une suite de modifications où ses traits primitifs, altérés à des degrés et avec des nuances différentes, se reconnaissent difficilement, d’autant plus que plusieurs se trouvent souvent empruntés à d’autres espèces : résultat précieux pour le cultivateur, fort embarrassant pour le botaniste. Mais, si quelques végétaux domestiques demandent une étude aussi compliquée, ils ne sont pas nombreux, et la plupart des espèces, telles qu’elles croissent naturellement, conservent intacts et constants leurs caractères originaires, qui varient seulement dans des limites assez étroites pour qu’il nous soit possible de les saisir et de tracer ainsi de chacune d’elles un portrait assez ressemblant pour la reconnaître au milieu des autres. C’est là que nous pouvons retrouver les types primitifs de quelques plantes masqués et défigurés par les innombrables variétés de nos jardins et parmi lesquels il suffit de citer les Dahlia les Calcéolaires, les Géraniums, etc. Leur étude, véritable chaos, a

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