‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 155 sur 262 · GENRES · texte numérisé non relu

GENRES

peu d’intérêt sous le rapport de la botanique; elle en aurait beaucoup sous celui de la physiologie, si le cultivateur pouvait déterminer par quelle route le hasard l’a mené à un but qu’il ne connaissait pas d’avance.

§ 681 . Genres. — S’il n’existait qu’un nombre très-borné d’espèces, la mémoire pourrait sans grande difficulté retenir le signalement de chacune et le nom particulier par lequel on la désignerait. C’est ce que nous voyons aux époques et chez les peuples où l’étude de la botanique se borne à distinguer les principaux végétaux croissant autour de soi, dans un pays peu étendu ; sans s’occuper de ceux qui n’attirent pas l’attention par leurs dimensions, leurs formes, leur éclat, leur usage, ou par quelque propriété remarquable, non plus que de ceux qui habitent des contrées différentes. On apprend alors à les connaître de même que les autres mots usuels de la langue, sans ordre fixe, comme le hasard ou le besoin les présentent ; on les définit par le caractère réel ou imaginaire qui les recommande à l’attention. C’est ainsi que , dans les plus anciens ouvrages d’histoire naturelle, nous voyons figurer un certain nombre d’espèces dont la classification et la description ne suivent aucune règle fixe, et dont l’auteur s’attache à signaler les vertus et les usages bien plus que les caractères à l’aide desquels on peut les reconnaître ; ce qui était considéré comme superflu sans doute, puisque le nom populaire cité suffisait en général pour cela.

A la renaissance des lettres, l’étude des auteurs grecs et latins, où l’on croyait devoir tout retrouver, absorba long-temps les efforts des savants; et la botanique se borna d’abord à de longs et pénibles commentaires sur Théophraste, sur Pline et sur Dioscoride. On finit cependant par comprendre que, pour l’intelligence de leurs ouvrages sur l'histoire naturelle, l’étude des objets naturels eux-mêmes fournirait un puissant secours : on examina ceuxci en regard de ces ouvrages; on essaya de les éclaircir nonseulement par des écrits, mais plus tard aussi par des figures. L’obstination avec laquelle on cherchait à rattacher h ces traditions des pères de la science les végétaux observés dans des pays pour la plupart différents de celui qui leur avait fourni leurs matériaux a sans doute entraîné beaucoup d’erreurs; mais, néanmoins, elle accoutuma à connaître ces végétaux par eux-mêmes, tout en les nommant souvent à tort: on apprit à en distinguer beaucoup plus que l’antiquité n’en mentionnait, et, cette vérité une fois reconnue, on multiplia les recherches et par suite le nombre des espèces végétales connues; tellement qu’il arriva un moment où l’encombrement de ces richesses nouvelles se fit sentir. La diver-

site des choses el des mots commençait à dépasser les forces de la mémoire humaine.

§ 682. Il fallut alors lui venir en aide en établissant un certain ordre dans cet amas confus ; et, de même qu’on avait naturellement réuni d’abord en une espèce tous les individus semblables entre eux, on chercha, pour les réunir sous un même nom et sous une définition commune, toutes les espèces qui offraient entre elles une certaine ressemblance manquant aux autres. C’est ainsi que, de plusieurs de ces unités nommées espèces, on composa des unités d’un ordre plus élevé auxquelles on donna le nom de genre. ( genus ). Ce rapprochement de plusieurs espèces en un groupe est une opération naturelle de l’esprit, quoiqu’à un moindre degré que celui des individus. Les auteurs anciens en fournissent çà et là des exemples, et les noms que des peuples étrangers aux sciences et même à demi sauvages donnent aux végétaux pour lesquels leur langue a des noms prouvent souvent, par la désinence commune de quelques-uns d’entre eux, le sentiment d'un rapport entre les objets qu’ils servent à désigner. De pareils genres pèchent sans doute fréquemment contre nos règles actuelles, ainsi que ceux qui résultaient des premiers essais des botanistes. Mais c'était déjà beaucoup d’établir des règles quelconques , de reconnaître des rapports, et, parmi les caractères spécifiques, d’en élever plusieurs à un degré supérieur comme communs à un certain nombre d’espèces, comme génériques.

§ 683. Systèmes et méthodes. — Les genres devaient se multiplier en même temps que les espèces , et leur multiplication faire sentir la nécessité de divisions nouvelles dont chacune réunît unnombre limité de ces genres semblables entre eux par quelques caractères plus généraux. Cette nouvelle opération diminuait notablement la fatigue et la difficulté des recherches en les circonscrivant : qu’il s’agît soit de trouver un genre déjà connu, soit d’assigner une place a un genre nouveau , ce n’était plus à l’universalité des plantes qu’il était nécessaire de le comparer, mais leur majorité se trouvait exclue de la comparaison dès qu’on avait reconnu les caractères généraux par lesquels la plante étudiée se rattachait à tel groupe ou à tel autre; et l’opération, ainsi divisée, bornée définitivement à l’étude d’un nombre beaucoup plus petit de genres, devenait beaucoup plus simple et en même temps plus sûre. L’utilité évidente de ces divisions en augmenta le nombre ; les plus générales furent divisées à leur tour, puis celles-ci subdivisées, et l’on obtint ainsi une suite de groupes subordonnés au-dessus des genres et des espèces, dernier terme de la classification.

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