SYSTÈMES ET MÉTHODES
On a souvent' comparé cette organisation à celle des armées : une troupe peu nombreuse peut marcher sans chefs et sans ordre, dont le besoin se fait sentir si elle le devient davantage; on réunit alors les soldats par escouades, par compagnies, par bataillons ; les grandes armées ont leurs corps, leurs divisions, leurs régiments ; les cadres s’élargissent dans la même proportion qu’elles grandissent elles-mêmes, et de cette manière des masses énormes peuvent se mouvoir avec ordre, se manier avec facilité, et la place du moindre soldat bien déterminée permet d’arriver jusqu’à lui, tandis qu’il serait introuvable sans ce classement.
Ainsi sont nés les systèmes et les méthodes en histoire naturelle. Il est difficile d’établir nettement la distinction entre les classifications désignées par ces deux noms différents. On définit il est vrai, ordinairement, les premiers comme n’employant que des caractères tirés exclusivement d’un seul organe, les seconds comme se servant de plusieurs organes à la fois. Mais l’étude de la plupart des systèmes nous les montre toujours fondés sur l’emploi de plusieurs organes, aussi bien que les méthodes; et, d’une autre part, celles-ci en font généralement prévaloir un sur les autres. Nous nous servirons donc à peu près indifféremment de ces deux mots.
§ 684. Les plus anciens auteurs de traités sur les plantes partageaient déjà en plusieurs catégories le petit nombre de celles qu’ils mentionnaient, mais seulement d’après leur aspect général et surtout d’après leurs propriétés. À mesure qu’ils en étendirent le nombre et qu’ils pénétrèrent plus avant dans l’élude des plantes elles-mêmes, ils cherchèrent dans leurs caractères les fondements de leur division: et sous ce rapport on doit citer Césalpin, qui, dès la fin du seizième siècle, faisait entrer dans sa classification des considérations tirées du fruit et de la graine. Nous ne nous arrêterons pas sur ces essais assez nombreux; parce que parmi tous ces auteurs chacun, inventant sa propre méthode et ne l’appliquant qu’à une faible partie des végétaux, n’était pas suivi par d’autres, et que, faire l’histoire de tous ces systèmes isolés, ce serait presque passer en revue tous les ouvrages publiés pendant une longue suite d’années. Au reste ceux qui voudront s’en faire une idée les trouveront résumés dans des livres plus modernes, notamment dans V Introduction des familles des plarites, par Adanson, et dans les Classes plantarum de Linné; et leur intelligence n’offrira aucune difficulté si l’on a présentes à l’esprit les notions que nous avons données sur les organes divers et sur leurs principales modifications.
Cependant nous croyons, parmi toutes ces méthodes, devoir en citer avec quelque détail deux qui ont exercé plus d’influence, comme comprenant l’universalité des plantes connues à l’époque de leur publication et comme ayant été employées par d’autres que par leurs auteurs, Rai et Tournefort.
§ 680. Méthode de Rai.— Rai, botaniste anglais, fit connaître, vers la fin du dix-septième siècle, la sienne, dans laquelle il examine plus de 18,000 plantes, nombre immense pour le temps, mais très-exagéré à cause de celui des variétés qu’il y admet. Il commence par diviser les plantes en arbres et herbes, et sait déjà parmi celles-ci distinguer les acotylédonées (qu’il nomme imparfaites) des cotylédonées (qu'il nomme parfaites) ; puis, parmi ces dernières, les monocotylédonées des dicotvlédonées, qu’il partage par dos considérations tirées de la fleur composée ou simple, apétale ou pétalée , et d’après les fruits apocarpés (graines nues) ou syncarpés (graines enveloppées de pulpe). Il sait aussi dans les arbres distinguer les fr uits adhérents (qu’il nomme ombiliqués) de ceux qui 11e le sont pas. Les genres s’y trouvent groupés souvent d’une manière très-juste , quoiqu’on remarque en même temps beaucoup d'autres rapprochements faux ; tant à cause de l’imperfection nécessaire de la méthode en elle-même que de la connaissance incomplète ou même erronée des parties dans plusieurs de ces genres.
§ 680. — de Tournefort. — Tournefort, botaniste français, faisait connaître, vers la même époque, sa célèbre méthode ; et s’il l’appliquait à un nombre de plantes beaucoup moindre, 10,000 environ, c’est que, tout en y comprenant les variétés, il les multipliait moins en circonscrivant bien plus rigoureusement les espèces. Partageant comme Rai les végétaux en ar bres et herbes , il les subdivise d’après la considération des enveloppes de la fleur, l’absence ou la présence de la corolle, avec, laquelle il confond le périanthe coloré. Il place avec raison au premier rang le caractère tiré de la distinction des corolles monopétales et polypétales; au second celui de leur régularité ou leur irrégularité, puis de leurs formes plus particulières que nous avons appris à connaître autre part (§ 427-429). Les fleurs composées font partie des pétalées, mais sont bien distinguées des fleurs simples. Les cryptogames forment une division des apétales. Celte ingénieuse méthode servit, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, de base à l’enseignement de la botanique en France et à la plantation du jardin de Paris, qui, d’après sa division fondamentale, offrait séparément une école d’herbes et une école d’arbres. Il y a quelques années