‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 22 sur 262 · TIGES ANORMALES DE VÉGÉTAUX DICOTYLÉDONES · texte numérisé non relu

TIGES ANORMALES DE VÉGÉTAUX DICOTYLÉDONES

§ 83. Nous avons examiné jusqu’ici les tiges dicolvlédonées telles qu’elles se présentent ordinairement dans les arbres de notre climat. Mais déjà nous avons signalé quelques exceptions à la règle : la formation ou de plusieurs couches ligneuses dans une même année (§ 70), ou d’une seule apparente résultant de la confusion de plusieurs produites pendant une suite d’années (§ 71). Ce dernier cas n'est pas très-rare ; alors le plus souvent les rayons médullaires existent , et , par leur origine plus ou moins éloignée de la moelle centrale , peuvent encore aider à reconnaître plusieurs formations concentriques. Mais les rayons eux-mêmes peuvent disparaître, et toute la masse du bois présenter un aspect homogène qui ne peut, éclairer en rien sur son âge et son mode de formation : c’est ce qu’on observe, par exemple, dans le Pisonia aculeata , dont une tige de 12 centimètres de diamètre n’offre aucune différence appréciable, à quelque endroit qu’on l’examine, entre la moelle et l’écorce, et est tout entière composée de vaisseaux très-gros et à peu près égaux, dispersés assez régulièrement dans un tissu utriculaire ou fibreux extrêmement fin.

§ 8f. D’autres fois ce sont les couches corticales dont le développement ne suit pas les règles ordinaires, beaucoup plus variées au reste que celles du bois, ainsi que nous l’avons vu. Ainsi dans plusieurs tiges, celles des Aristoloches, par exemple, le liber cesse de croître après la première année, et ainsi, au lieu de former des zones concentriques, se réduit à de petits faisceaux disposés en un cercle unique autour du bois.

§ 85. C’est sous les tropiques qu’on trouve un plus grand nombre de planles différentes des nôtres par leur tige ; et c’est surtout parmi celles qu’on nomme Lianes, et qui, au lieu de se soutenir par ellesmêmes, s’appuient sur les autres en les enlaçant, et grimpent ainsi jusqu’à leur sommet pour retomber dès qu’un appui leur manque : notre Vigne et notre Clématite peuvent en donner une idée. Quel-

TIGES D ICOT Y LÉDON ÉES ANORMALES.

ques-unes sont cylindriques comme les branches de nos arbres; mais beaucoup d’ellc-s s’aplatissent dans un sens ou dans l’autre , et prennent ainsi des formes plus ou moins bizarres. On serait porté à croire que cet aplatissement est dû à l’obstacle mécanique qu’éprouve leur végétation par son contact avec l’arbre qu’elles embrassent , et c’est ce qui peut être vrai , en effet , lorsqu'aplaties seulement sur la face en contact elles sont bombées sur l’autre, et reprennent, dans les intervalles où elles pendent librement, un développement à peu près égal pour tout leur pourtour. Mais, pour beaucoup de lianes, la forme persiste la même, soit quelles soient pressées contre un autre corps, soit qu’elles soient libres; et on en conclut nécessairement alors que cette irrégularité de forme dépend de leur nature même. Dans ces tiges comprimées, le corps ligneux se développe seulement dans deux directions diamétralement opposées où l’épaisseur est considérable; tandis qu’elle est très-faible ou presque nulle dans toutes les autres directions. On en trouve des exemples remarquables dans les Lianes d’un genre de la famille des Légumineuses, leBauhinia, et même, dans certaines espèces [B. scandens, par exemple), les tiges ne sont pas seulement plates, mais, par leur flexion dans un sens, puis dans l’autre alternativement, elles présentent une disposition en zigzag insolite et remarquable ( fig . 105). 105.

§ SG La forme anomale de beaucoup de lianes reconnaît le plus souvent une cause analogue; savoir : le développement inégal du corps ligneux, qui, au lieu de croître à peu près uniformément sur tout son pourtour et de former ainsi un cylindre ou un cône, continue à s’épaissir considérablement dans certaines directions, à peine dans certaines autres ; de telle sorte qu’il perd tout à fait la forme cylindrique, ou qu’il prend celle d’une colonne plus ou moins profondément, plus ou moins régulièrement cannelée.

L05. Fragment de tige du üauhinia scandons , beaucoup plus petit que nature.

106. Tranche horizontale de la tige d’une Malpighiacée du Brésil {Hclcroptcrys enomala). — Dans cette figure ci les suivantes les points dont le bois est criblé indiquent les orifices de gros vaisseaux ponctués.

Tan ( ùt l’écorce soit, en les tapissant, tous les contours du corps ligneux, dont la forme se trouve reproduite extérieurement par celle delà lige [fi g. 106); tantôt lescannelures sont assez étroites et l’écorce assez épaisse pour que les unes soient entièrement remplies par l’autre, et la tige présente à l’extérieur une surface à peu près unie ou légèrement cannelée, tandis que le corps ligneux l’est profondément^. 107, 2), et d’autant plus qu’on l’observe plus haut. Ces intervalles ainsi comblés par le tissu cortical se dirigent vers le centre en manière de rayons, et peuvent ainsi, en finissant par

107. Tranches horizontales d’une autre Mal pighiacéc du Brésil [Banisleria nit/ ronce ns) , à différents âges. — 1. Lorsque son contour ne présente encore que quatre lobes superficiels. — 2. Lorsqu’il en présente six beaucoup plus profonds, et dont plusieurs commencent déjà eux-mêmes à se partager. —3. Lorsqu’ils sont complètement

séparés, prenant ainsi l’apparence d’autant de branches distinctes et simplement juxtaposées. On voit que celle du milieu seule a une moelle et un étui médullaire.

TIGES DICOTYLEDONÉES ANORMALES.

se rencontrer au centre, couper la tige en autant de fragments dont la forme est celle d’un coin, et dont chacun emporte avec lui une portion de l’étui cellulaire. D’autres fois, par suite d’une convergence plus forte, ces solutions de continuité se rencontrent avant d’atteindre le centre, et l’on a une portion centrale du corps ligneux qui conserve la moelle avec l’étui médullaire dans son intégrité, entouré d’un cercle d’autres faisceaux qui en sont dépour- \ us. En général, l’écorce a suivi et tapissé toutes ces divisions du bois; et il en résulte l’apparence de plusieurs branches rapprochées et tordues ensemble lorsque réellement on a affaire à une branche unique [fig. .107, 3).

§ 87. Ces divisions peuvent se faire irrégulièrement ou régulièrement; et, dans ce dernier cas, elles offrent quelquefois des figures assez élégantes, comme, par exemple, dans beaucoup de Bignoniacées où le corps ligneux représente une sorte de croix de Malte par sa tendance à se développer dans quatre directions opposées, suivant deux diamètres qui se croisent à angle droit (fig. 1 08)

§ 88. 11 peut arriver que les faisceaux ligneux, au lieu de se détacher peu à peu de la masse ligneuse centrale, s’en séparent brusquement, et figurent comme autant de branches s’élevant parallèlement à la tige, mais cachées dans l’épaisseur de l’écorce.

C’est ce qu’on observe dans beaucoup de Sapindacées [fig. 109), où l’on doit remarquer que chacun de ces corps ligneux, ainsi disposés en cercle autour d’un corps ligneux central, offre luimême un centre parcouru par quelques trachées dérou labiés, et qui, par con- ioo.

séquent, doit être un démembrement de l’étui médullaire.

§ 89. Ces faisceaux ainsi rangés autour d’un cylindre central, dont ils sont séparés par une couche de l’écorce qui les enveloppe de toutes parts, peuvent rester isolés les uns des autres ou se rapprocher entre eux et jusqu’au point où ils finissent par se loucher et former ainsi un cercle concentrique au premier ; puis de nouveaux faisceaux se détacher autour du second, se rapprocher, et former à

108 Coupe horizontale de la tige d’une espèce de Bignone ( Bignonia caprcolatn).

Page 1