‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 24 sur 262 · TIGE DES VÉGÉTAUX M ONO COT Y LÉ DO N É S · texte numérisé non relu

TIGE DES VÉGÉTAUX M ONO COT Y LÉ DO N É S

§ 91. Nous avons suivi l’embryon monoeotylédoné, comme le dicotylédoné, dans les premières phases de sa vie, depuis sa première apparition (fiy. 74, 76, 79). Comme lui, il est composé entièrement de tissu cellulaire (dont une couche extérieure, d’une forme un peu différente du reste, constitue l’épiderme), jusque vers l’époque de la maturité, ou en général jusqu’à la germination. Ce n’est qu’alors qu'on y voit apparaître des fibres et des vaisseaux, qui se groupent en faisceaux. Ceux-ci sont d’abord disposés en cercle, et, jusque-là, rien ne distingue nettement cette petite tige de celle qui proviendrait d’un embryon dicotylédoné.

Mais à mesure qu’elle augmente en se couvrant de feuilles plus nombreuses, cl que par suite les faisceaux se multiplient dans son intérieur, on y remarque une disposition différente de celle qu’ils alfectenl dans les Dicotylédonées, où, rangés en un cercle, ils finissent par se rapprocher, se loucher, et former un anneau ligneux, coupé seulement par les lignes des rayons médullaires. Dans lesMonocotylédonées [fig. 111), les faisceaux sont dispersés sans ordre apparent, les uns plus en dedans, les autres, plus nombreux, en dehors, au milieu du tissu cellulaire. Ce tissu, interposé entre eux, ne dessine donc pas dans leur intervalle des lignes droites étendues du centre à la circonférence; il ne forme pas de rayons médullaires. Le centre, qui est resté tout entier cellulaire, ou qui n’est

111. Fragment de tige d'Aspergc dont on voit le bout supérieur cou[ é horizontalement. Dans cette figure et toutes les suivantes, les points marqués sur la tranche indiquent les faisceaux ligneux. — /Feuilles réduites à l'état d’écaille.

82 BOTAMQUE.

parcouru que par un petit nombre de faisceaux, représente bien la moelle jusqu’à un certain point, mais ordinairement mal circonscrite et dépourvue de cet étui médullaire que nous avons vu dans les Dicolylédonées caractérisé par la présence des trachées. La moelle forme un cylindre assez considérable et régulier, tout à fait dépourvu de faisceaux ligneux dans plusieurs Monocotylédonées, particulièrement dans les Graminées, ainsi qu’on peut l'observer dans le Maïs , dans VArundu. Mais alors, le plus souvent, elle ne se prête pas au rapidedéveloppementde la tige dont elle remplissait d’abord le centre, et qui, plus tard, devient listulcuse par la destruction de la moelle ( fig . 112). Les restes de celle-ci se voient sur les parois internes du tuyau, dont la lige a pris la forme; ce qui, au reste, arrive également dans les Dicolylédonées à moelle très-volumineuse et à développement très-rapide (les Ombollifères, par exemple).

§ 92. Si nous comparons dans sa structure anatomique un faisceau fibro vasculaire de la tige d’une Monocotylédonée à celui que

nous avons décrit dans une tige ou branche de Dicotylédonée de moins d'un an, nous les trouvons assez ressemblants. Le premier, en effet [fi g. 113), de dedans en dehors, présente : 1° des trachées (f), puis des vaisseaux plus gros rayés ou ponctués (vp) , les uns et les autres accompagnés et entourés de cellules ponctuées (u) , quelquefois allongées en fibres; '2U un amas de vaisseaux laticifères (/) et de fibres à parois simples très- minces, enveloppés par un croissant d’autres fibres (/’) tout à fait extérieures, à parois épaisses, résultant de plusieurs couclies emboîtées les unes dans les autres. Or, ne trouvons-nous pas dans cette combinaison tous les éléments d’un faisceau fi bro-vasculaire de Dicotylédonée : dans la

112. Fragment de tige d’un Roseau ( Arundo phragmites\ un peu au-dessus d’un nœud. Elle est devenue flstuleuse parla disparition du parenchyme central médullaire qu’on aperçoit encore au niveau du nœud n.

113. Section horizontale d’un faisceau filiro-vasculaire pris sur un Palmier (Co-ryph i f rigii/a ). — L T radiées. — vp Gros vaisseaux ponctués. — u Utricules accompagnant les vaisseaux, formant du parenchyme, ou dans d’autres points allongés en fibres. — l Vaisseaux propres ou laticifères —/Fibres épaisses analogues à celles du liber.

TIGE DES MONOCOTYLÉDOlNÉES.

portion interne, celle qui correspondrait au bois; dans l’externe, ceMe qui correspondrait à l’écorce? Aussi, dans la première année, les tiges herbacées des Monocotylédonées et celles de beaucoup de Dicotylédonées, surtout parmi ces dernières, de celles où nous avons signalé la dispersion des faisceaux de l’étui médullaire dans l’écorce, sont-elles assez difficiles à distinguer. Mais, si nous voulons pousser la comparaison plus loin, la ressemblance cesse.

Le faisceau de Dicotylédonée présentait la même structure dans toute sa longueur ; celui de la Monocotylédonée , examiné à des hauteurs différentes, se trouve changer d’épaisseur et de composition. Le premier, a une certaine époque, après une année ordinairement, se dissociait en deux portions, l’une restant au système ligneux, l'autre allant au système cortical ; et entre elles s’organisait un faisceau nouveau, destiné à subir lui-même , un an plus tard, la même décomposition. Les éléments du faisceau de Monocotylédonée ne se dissocient

à aucune époque ; et si les intérieurs peuvent être comparés au bois , les extérieurs au liber , ce serait un liber dispersé dans toute l’épaisseur de la tige avec les faisceaux ligneux, auxquels il resterait indéfiniment annexé.

On conçoit d’avance, d’après ce premier aperçu , à quel point le mode d’accroissement doit être différent dans les tiges dicolylédonées et dans les monocotylédonées, et que dans celles- . — ci nous ne pouvons attendre ni zones concentriques li- m.

114. Doux arbres monocotylédonés appartenant à deux familles differentes: l'un, 1, à celle des Palmiers, c'est le Cocotier (Cocos nuci/e.ra ) ; l’autre, 2, à celle des Pandanées, le üaquois ou Vacoua ( Pandanus odvratissimus). Le premier offre un exemple de tige simple, le second de tige rameuse. On a placé deux figures d’homme à leur pied pour indiquer leur grandeur.

gueuses dont une se forme chaque année , ni feuillets de liber.

§93. Malheureusement pour l’élude, les plantes monocotylédonées ligneuses manquent presque dans notre climat; et nous ne pouvons, comme pour les dicolylédonées , citera l’élève des exemples qui lui soient familiers et qu’il puisse facilement se procurer. Mais il pourra, dans les figures qui accompagnent les relations de voyages, rencontrer souvent des Palmiers, ceux des arbres monocotylédonés qui jouent le plus grand rôle dans la nature; et, en les voyant, il sera nécessairement frappé de la différence que ces arbres offrent avec les nôtres, par leur tronc élancé, d’une épaisseur ordinairement uniforme depuis le bas jusqu’en haut, et par la nudité de ce tronc, qui ne se partage pas en branches et en rameaux, et ne porte qu’à son sommet ses grandes feuilles rapprochées en touffe [fiy. I l 1, 1). L’Yucca aloefolia, qui n’est pas rare dans les jardins . surtout dans ceux du Midi, peut donner en petit une idée de ce port des Palmiers.

§ 94. Si de l’examen extérieur d’un Palmier nous passons à celui de son intérieur [fig. 1 15), nous trouvons cet amas de faisceaux fibreux dispersés sans ordre dans le tissu cellulaire , que nous avions signalé dès la première année. Mais ces faisceaux se sont extrêmement multipliés ; plus rares cl plus écartés les uns des autres au milieu de la tige (m), ils deviennent plus nombreux, plus serrés et en même temps plus colorés à mesure qu’on s'approche plus de la circonférence, vers laquelle ils dessinent ainsi une zone compacte et noirâtre (6). Tantôt celle-ci est recouverte

115. Segment d’une tranche horizontale de Palmier ( Astrocaryum murumuru). — to Partie centrale ou médullaire, où les faisceaux ligneux sont plus rares et plus dispersés. — b Partie extérieure ou ligneuse, où les faisceaux nombreux et serrés forment une zone compacte et noirâtre. — l Zone de faisceaux plus grêles et moins serrés, qu’on a comparés au liber. — c Couche cellulaire corticale.

immédiatement par la couche cellulaire qu'on a nommée écorce (e); tantôt entre elle et cette couche est une zone (/) de faisceaux plus lâchement unis, plus grêles, moins serrés et moins colorés, que sa situation et sa nature ont fait souvent prendre pour une zone de liber.

TIGE DES MONOCOTYLÉDOISÉKS

§ 95. Cotte structure de la plupart des palmiers avait été déjà reconnue des anciens. Desfontaines eut la gloire de découvrir sa généralité dans toutes les plantes monoeotylédonées, et de proclamer cette loi très-simple : D’après la structure interne des tiges, les végétaux se partagent en deux grandes classes : 1° ceux gui n’ont pas de couches concentriques distinctes; dont la solidité décroît de la circonférence vers le centre; où la moelle est interposée entre les faisceaux fibreux, sans prolongements médullaires en rayons divergents : les monocotylédones ; 2° ceux qui ont des couches concentriques distinctes; dont la solidité décroit du centre tiers la circonférence ; où la moelle est ren fermée dans un canal longitudinal avec des prolongements médullaires en rayons divergents : les dicotylédones. Celte loi, ainsi formulée par Desfontaines, n’a pas jusqu’ici été attaquée.

11 n’en est pas de meme des conclusions sur le mode de croissance des tiges des végétaux monocotylédonés qu’il en avait tirées fort dubitativement d’après Daubenton, mais qui, plus tard, furent adoptées et proclamées généralement. Comme toutes les feuilles sont ordinairement réunies au sommet de l’arbre, et que, dans leur assemblage, les plus jeunes, les dernières formées, sont celles qui sont placées le plus au centre; d’autre part, comme aux feuilles viennent aboutir tous les faisceaux fibro-vasculaires dont la réunion constitue la partie solide de la tige, les faisceaux qui aboutissent aux feuilles les plus jeunes, et qui par conséquent sont euxmêmes formés les derniers, se trouvent situés au centre dos autres. Ainsi le tronc s’endurcit continuellement par l’addition de faisceaux nouveaux formés à son milieu . repoussant au dehors les plus anciens, qui se rapprochent et se resserrent de plus en plus, et finissent ainsi par déterminer cette zone extérieure, plus dure que le reste. Ce serait un mode de croissance précisément inverse de celui des dicotylédons, où la couche la plus nouvelle est toujours la plus extérieure, et où chacune est d’autant plus ancienne qu’elle se trouve plus près du centre. On proposa le nom d 'exogènes pour ces liges de plantes dicotylédones qui croissent en dehors, le nom d 'endogènes pour celles des monocotylédones qui croîtraient en dedans.

§ 96. Mais, pour que ces conclusions fussent vraies, il faudrait que les faisceaux conservassent invariablement les mêmes rapports, et par conséquent la même direction parallèle, dans toute l’étendue de leur trajet, que leur ensemble formât une sorte de gerbe. Or c’est ce qui n’a pas lieu ; et dans une tige de palmier coupée suivant sa longueur, on voit le faisceau se courber et croiser dans

8ü BOTANIQUE.

loules sortes de directions : on le verrait de même, quoiqu’avec un peu plus de difficulté, dans la courte tige d’un poireau ou de toute autre de nos plantes herbacées monocotylédonées, ou les feuilles s'insèrent pressées sur une lige très-raccourcie.

Si l’on suit un de ces faisceaux dans tout son trajet de haut en bas, c’est-à-dire

, depuis le point situé sur la ( surface de la lige où il s’en sépare pour entrer dans une feuille, on voit qu’il se dirige d’abord plus ou moins obliquement en dedans, et puis, arrivé plus ou moins près du centre, en bas. C’est ainsi qu’il paraît sorlir de la partie centrale ; et c’est pour ne pas l’avoir suivi plus loin que les observateurs ont été trompés sur son origine et ont admis les tiges endogènes. Mais, en le poursuivant plus bas, | ils l'auraient vu se diriger très-obliquement en sens inverse de sa direction première, c’est-à-dire en dehors, et se rapprocher de plus en plus de la surface jusqu’à ce qu’il arrive sous l’écorce, où sa marche devient à peu près rectiligne.

Il a donc décrit un long arc tournant en dedans sa convexité, qui estbeaucoup plus prononcée supérieurement.

Dans cette course il a dù croiser successivement tous les faisceaux situés au-dessous de lui, formés avant lui, puisqu’ils se rendaient à des feuilles inférieures et par conséquent

116. Rapport de quatre paires de faisceaux, ah c cl. — 1. Dans le système de ti'»es endogènes — 2. Dans le système de M. Molli.

Page 1