‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 25 sur 262 · TIGE DES MONOCOTYLÉDONÉES · texte numérisé non relu

TIGE DES MONOCOTYLÉDONÉES

plus anciennes , et il a fini par se placer en dehors d’eux. Les faisceaux les plus récents sont donc définitivement les plus extérieurs, comme ils l’étaient dans les dicotylédones; seulement les faisceaux contemporains, au lieu de rester à peu près parallèles dans leur trajet et de former ainsi par leur ensemble un cylindre dans la tige, convergent les uns vers les autres dans leur partie supérieure, divergent dans l’inférieure. Ajoutons que d’ailleurs l’arc qu’ils décrivent n’est pas compris dans un même plan , et qu’ainsi une section verticale de la tige ne peut nous montrer un même faisceau tout entier d'une de ses extrémités à l’autre. Sa course tortueuse et la difficulté de le suivre au milieu de tout ce lacis compliquent singulièrement ce genre de recherche. Au reste, deux figures théoriques, indiquant la course de quatre paires de faisceaux a, b. c, d, dans les deux systèmes, celui des tiges endogènes et celui que nous venons d’exposer, feront facilement comprendre leurs rapports différents suivant l’un et suivant l’autre [fig. 116).

§ 97 Nous avons annoncé que la composition d'un même faisceau n'est pas identique, observée à différentes hauteurs pour chacun. En haut, ce sont les éléments qne nous avons comparés au bois (pii dominent; en bas, ce sont au contraire les éléments que nous avons comparés à l’écorce : la proportion des uns aux autres va changeant ainsi graduellement. Dans la partie supérieure du trajet d’un faisceau, celle pendant laquelle son arc se dirige vers le centre ou y descend, il offre, de dedans en dehors, plusieurs trachées; pu s des vaisseaux plus gros, d’un autre ordre, environnés de leurs cellules; enfin, en nombre moindre, égal où peu supérieur, les vaisseaux propres et les fibres épaisses analogues à celles du liber. Mais celles-ci se multiplient de plus en plus, et augmentent même l’épaisseur du faisceau à mesure qu’en descendant il se rapproche de la périphérie; de sorte qu'un peu plus bas on les trouve en grand nombre, bordées encore en dedans par un petit amas de cellules ligneuses entourant un ou deux gros vaisseaux, et que plus bas encore on ne trouve plus qu’elles. Tout à fait en bas, lorsque le faisceau longe l’écorce, il est devenu complètement fibreux, ordinairement très-grêle, et souvent même s’est partagé en plusieurs filets partiels; filets qui, en s’anastomosant avec ceux des faisceaux voisins, augmentent la confusion.

Ainsi donc, dans une tranche horizontale de la lige, ce sont ces filets qui forment la partie extérieure , grêles et lâchement unis par un parenchyme à mailles très-fines, et formant celle couche qu’on a prise quelquefois pour celle du liber, mais qui, comme on le voit, a ici une origine tout autre que dans les dicotylédones, et qui

manque quelquefois. C’est la partie des faiscetfux. essentiellement composée d’un grand amas de fibres à parois épaisses qui forme la zone dure et colorée : c’est leur partie supérieure, où ces fibres sont associées à des vaisseaux et à des cellules ligneuses, qui forme les points plus rares disséminés au milieu du parenchyme central, et ceux qui se trouvent vers l’insertion des feuilles. Tous ces résultats sont dus aux savants travaux de M. llugo Mohl.

§ 98. La tige a grossi dans les premiers temps, principalement par l’accroissement individuel de chacun des divers éléments qui la composent. Mais pourquoi en général ce grossissement ne tardet-il pas à s’arrêter, et pourquoi offre-t-elle un diamètre à peu près égal depuis le haut jusqu’en bas, quand il semblerait que l’addition continuelle de nouveaux faisceaux correspondant à des feuilles nouvelles dût incessamment l’épaissir? Le nombre de ces faisceaux n’est pas comparable à celui qu’on trouve dans les dicotylédones, parce que le plus souvent la tige, au lieu d’être toute couverte de branches et de feuilles, n'offre celles-ci qu’à son sommet, ne s’accroît en hauteur que par un seul bourgeon terminal. Nous savons d’ailleurs que ces faisceaux, au lieu d’être également épais dans tout leur trajet, s’amincissent graduellement en bas, et probablement finissent par s’épuiser. La base de la tige ne présente donc pas la somme de tous les faisceaux, et le nombre de ceux qui peuvent la traverser s’v trouve compensé par l’amincissement et l’épaississement des faisceaux supérieurs : il en est de même à chaque degré de hauteur. Quelquefois cependant cette compensation n'est pas exacte à toutes les hauteurs, et on voit des tiges se renfler vers le bas, vers le milieu ou vers le haut, sans doute suivant l’époque de sa vie où l’arbre a végété le plus activement.

§ 99. Nous avons jusqu’ici représenté les tiges monocotylédonées comme dépourvues de ramifications et comme croissant seulement par un bourgeon terminal. Cependant ce cas, quoique le plus commun, est loin d’être général. Nous voyons beaucoup de nos végétaux monocotylédonés, comme l’Asperge, les Asphodèles et un grand nombre de Graminées, qui se ramifient; mais, leur tige ne vivant qu’une seule année, on ne peut calculer bien sûrement l’influence que le développement des branches exerce sur leur grossissement. L’observation est plus concluante pour quelques arbres des pays chauds qui se ramifient aussi, les Baquois ( fit j. I l 4, 2), les Draconiers, par exemple. Ils peuvent alors augmenter en diamètre, et il y en a même qui en acquièrent un énorme. 11 suffit de citer à cetégard le Draconier des Canaries, l’un des plus gros arbres connus du globe, au point qu’on a pu construire une petite chapelle dans l’intérieur de

TIGE DES ACOTYLÉDONÉES. ,8‘J

son tronc, miné à la manière de nos saules (I ). Lorsque des bourgeons latéraux viennent ainsi à se développer sur une tige de Monocotylédonée déjà bien formée, les faisceaux qui leur correspondent, au lieu de percer cette tige en se dirigeant vers son centre, rampent entre elle et l’écorce; et l’on a alors un épaississement eu diamètre analogue à celui des Dicotylédonées ; toujours avec la différence qui résulte de la situation relative et de la composition de ces faisceaux, qui restent indivis comme ceux de la partie centrale.

§ 100. Nous avons appelé écorce la couche cellulaire qui, revêtue d’abord par l’épiderme, et épaissie ordinairement par la base des feuilles, forme la portion la plus extérieure de la tige. Sa composition se distingue nettement de la portion fibreuse qu’elle recouvre, et dont elle finit quelquefois par se détacher. Quelquefois, au contraire, extrêmement mince et adhérente, elle se confond avec elle; dans quelques cas assez rares elle prend un développement considérable. Ainsi la tige du Tamnus éléphant ipes , maintenant assez commun dans les serres, offre l’apparence d’une sorte de dôme dont la surface est divisée en nombreux compartiments séparés par des sillons profonds, et ces compartiments sont autant de plaques d’une substance corticale analogue au liège; mais, malgré cette apparence , son tissu cellulaire uniforme n’a jamais présenté ces enveloppes distinctes, la subéreuse et la cellulaire, que nous avons décrites dans les Dicotylédonées. Nous savons d’ailleurs que le liber ne se rencontre pas dans l’écorce des Monocotylédonées, puisque celui qu'on croyait y avoir observé reconnaît une origine toute différente, et n’est autre chose que l’extrémité inférieure des fibres ligneuses. Plus haut, il joue réellement le rôle de bois, et doit peut-être en recevoir le nom. L’écorce diffère donc autant que le système ligneux dans les tiges de ces deux grandes classes de végétaux; et même, en rejetant leur distinction en endogènes et exogènes, elles n’en restent pas moins distinctes par des caractères anatomiques d’une grande importance et d’une appréciation facile.

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