CLIMATS
sphère. Si leurs sommcis sont assez élevés , leurs pentes assez modérément inclinées pour être le siège de neiges éternelles et de glaciers, ce sont autant de vastes réservoirs destinés à alimenter de nombreux blets d’eau, qui , après avoir sillonné les pentes en tout sens, se réunissent plus bas pour former îles cours plus considérables, et deviennent la source la plus abondante des rivières et des fleuves qui coulent ensuite à leur pied dans les vallées et dans les plaines. Mais du haut des sommets, soit trop bas, soit trop escarpés pour conserver la neige, ne coulent que ries torrents passagers. La sécheresse <pti y règne s’étend souvent plus ou moins loin autour d’eux, et d’autant plus qu’ils sont plus déboisés. Les chaînes de montagnes influent encore par l’abaissement de température du sol résultant rie son élévation , et tendent à condenser les vapeurs que poussent en grande quantité certains vents, et qui, arrêtées par cette barrière, y retombent en passant en partie à l’état liquide , de sorte que tel versant peut être habituellement trèshumide , tandis que le versant opposé reste sec.
S 836. Nous avons vu autre part que la lumière joue un rôle important dans la plupart des phénomènes chimiques desquels résulte la composition des tissus végétaux, et que la maturation, la coloration, les mouvements s’opèrent en grande partie sous son influence, combinée avec celle de la chaleur. On conçoit, sans qu’il soit besoin d’entrer ici dans de longues explications , combien la lumière se distribue inégalement et différemment sur les divers points du globe : c’est une conséquence nécessaire de leur position variée par rapport au soleil. Situés près de l’équateur, ils subissent l’action alternative de nuits égales aux jours, pendant lesquels ses rayons leur arrivent presque perpendiculaires. A mesure qu’on s’en éloigne, celle des saisons se fait sentir et entraîne l’inégalité des jours et des nuits, qui les soumet à une privation de lumière plus longue pendant une partie de l’année , à sa présence prolongée pendant une autre partie, en même temps qu’elle devient de plus eu plus oblique, et, en conséquence, de plus en plus faible , jusqu'aux régions polaires, où cette obliquité acquiert son maximum ainsi que celte inégalité, telle qu’elles restent plongées dans l’obscurité pendant une moitié de l’année, et pendant l’autre éclairées, mais de cette lumière ainsi affaiblie. L’analogie que nous ayons observée entre les latitudes à mesure qu’on s’écarte de l’équateur, et les hauteurs à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la mer, disparaît donc complètement dans la distribution de la lumière; puisque sur les montagnes les parties les plus hautes restent le plus longtemps éclairées et jouissent de jours plus prolongés, tandis que leur masse, en interceptant les rayons du soleil , retarde le jour et avance la nuit pour les parties les plus basses. Cependant les plantes des régions polaires et celles des hautes montagnes se trouvent jusqu’à un certain point dans les mêmes conditions par rapport à la lumière, si, cachées sous la neige pendant la plus grande partie de l’année, elles ne voient le jour que pendant peu de semaines de l’été les unes aussi bien que les autres.
Ajoutons encore que le voisinage de grandes étendues d’eau , par la production des vapeurs qui viennent s’interposer entre la terre et le soleil , diminue proportionnellement l’intensité de la lumière Celte cause , qui contribue si efficacement à égaliser la température , et généralement à élever la moyenne, a donc une influence inverse sur la lumière , qu’elle tend à affaiblir.
§ 857. Toutes les notions qui précèdent appartiennent 5 la météorologie.
A cette science appartient la recherche des causes qui , par la combinaison de conditions diverses, constituent ainsi les divers climats. Elle nous apprend comment elles émanent d’une première source, l’action solaire, qui, par le mouvement régulier de notre planète , par la configuration variée des terres et leurs rapports avec les eaux . ainsi que par les inégalités de leur relief, s’exerce directement, avec une certaine force, sur chaque point, et de plus indirectement en déterminant les courants de l’atmosphère et des mers , les uns réguliers , les autres variables , par suite de perturbations résultant de causes secondaires, mais analogues; comment cette source s’épanche en conséquence et se distribue inégalement à la surface du globe. Toutes ces considérations sont étrangères à l’objet qui nous occupe : les résultats généraux devaient seuls être exposés ici , mais ils ne pouvaient être omis, tant la géographie botanique se trouve jusque-là liée intimement à la météorologie, tant le climat influe puissamment sur la végétation.
§ 858. Examinons maintenant les modifications générales que celle-ci présente, en rapport avec celles des climats que nous venons de signaler.
Pour peu qu’on s’occupe de la recherche des plantes , on s’aperçoit de suite avec quelle inégalité leurs différentes espèces se trouvent distribuées. Les unes se rencontrent localisées dans un espace très-borne, d’autres, au contraire , dispersées sur un grand nombre de points à la fois. Cette différence, que nos herborisations nous montrent sur une petite échelle , se fait également sentir lorsqu’on compare les résultats de celles qui nous ont appris à connaître la végétation île pays nombreux et vastes : certaines plantes sont particulières à certains pays, d’autres communes à plusieurs. Ces limites , dans lesquelles se resserre ou s’étend l’habitation de chaque espèce, constituent ce qu’on a nommé son aire ( area ). Celles dont l’aire est très-circonscrite peuvent donc être considérées comme caractérisant la végétation de cet espace, qu’elles ne franchissent pas; mais on conçoit qu’il n’en doit pas être question ici , où nous ne devons traiter que les points les plus généraux. Celles dont l’aire est très-étendue, soit en latitude, soit en hauteur, ne peuvent , par le fait même de cette diffusion , servir à caractériser une région particulière, et nous devons également les laisser de côté, nous arrêtant à d’autres qui se retrouvent abondantes et répandues sur plusieurs parties distantes du globe, mais pas hors d’une certaine zone plus ou moins étroite dont elles forment ainsi un des traits distinctifs. Plus on pourra grossir la liste de ces végétaux caractéristiques , plus le signalement sera exact. Mais cette multiplicité de détails ne peut appartenir qu’à un traité complet, et, dans une exposition abrégée , il faut se borner à un petit nombre de végétaux qu’on choisit parmi ceux qui, par leur taille, ou leur physionomie . remarquable, ou leurs usages, sont plus propres à fixer l’attention , et qui, par cetie raison , n'ont pas échappé à celle des voyageurs , même étrangers ! à la botanique. Les arbres offrent , en général , un grand avantage sous ce rapport , d’autant plus qu’ils peuvent être considérés comme étant avec le climat, aux vicissitudes duquel ils sont exposés pendant le cours de l’année entière, dans une liaison bien plus intime que les végétaux herbacés, qui peuvent se soustraire en partie à son action pendant une portion de l’année, < ci surtout que les plantes annuelles, qui ne vivent qu’une saison. On carac- !
ZOÏNE TORRIDE. 689
térise aussi certaines régions par la présence «le groupes d’un ordre plus élevé, les genres , les familles ou leurs tribus, toutes les fois «pie leur aire se trouve ainsi circonscrite , et l’on conçoit combien le signalement gagne alors en portant sur un plus grand nombre de traits. D’ailleurs , il n’est pus nécessaire que la totalité des espèces du groupe en question se renferme exclusivement dans la région qu’on veut peindre; il suffit que leur plus grand nombre s’y trouve concentré. Sans la méthode naturelle, la géographie botanique se perdrait nécessairement dans des détails sans fin , et l’on peut dire qu’elle s’est établie par l’établissement des familles ; comme elle se perfectionnera par leur perfectionnement.
§• 859. Jetons maintenant un coup d’œil sur les principales régions caractérisées ainsi , soit par l’existence de certains végétaux particuliers et remarquables, soit par la présence exclusive ou par la grande abondance de ceux de certaines familles. Nous les examinerons en marchant de l’équateur aux pôles , et à chacune de ces zones successives appartenant à une latitude de plus en plus élevée ; nous comparerons sous des latitudes plus basses celles qui lui correspondent en tant «jue situées à une plus grande hauteur, et par suite soumises à une semblable température.
§ 860. La zone «pii est limitée sur les deux hémisphères par les tropiques, et «pie depuis l'antiquité on désigne sous le nom de torride, présente une végétation bien distincte de celle au milieu de laquelle nous vivons, par sa vigueur, par sa variété , par les formes et les caractères particuliers d’un grand nombre de plantes qui la composent. La proportion des végétaux ligneux s’y montre considérable ; et si l’humidité et la richesse du sol viennent s’ajouter à la chaleur de la température, ce sont de grands arbres réunis en vastes forêts d’un aspect tout différent des nôtres; car, au lieu de la répétition uniforme d’un nombre très-borné d’espèces , elles offrent une diversité infinie, soit qu’on les examine rapprochées sur un même point, soit qu’on les compare sur deux points séparés ; et d’ailleurs ces espèces , pour la plupart, appartiennent à d’autres genres, à d’autres familles que les arbres des zones tempérées. Dans de vastes contrées peu habitées , où les besoins de l’homme ne les ont pas encore soumises à l’exploitation et où leur existence n’a d’autres limites que celles que leur assigne la nature, ces J'orêts vierges (sylvœ primmvœ ) ont acquis leur plus magnifique développement; et ce n’est pas seulement par ces tiges, d’une épaisseur et «l'une élévation si remarquables, que se manifeste la force de la végétation, c’est par la production d’autres plantes plus humbles , les unes ligneuses , les autres herbacées, qui , sous l'abri des hautes cimes, pullulent au milieu de cette atmosphère chaude et humide; parcelle des plantes parasites, qui couvrent et cachent en partie ces troncs; surtout par celle des lianes, qui courent de l’un à l’autre, montent jusqu’à leurs sommets pour retomber et remonter encore, les enlacent en s’enroulant à l’entour, et les lient entre eux comme les agrès des mâts d’un navire. Un des traits distinctifs de cette végétation tropicale dépend de ce qu’elle se trouve soumise à des influences à peine variables pendant le cours entier de l’année. Dans des climats plus tempérés ou les saisons sont nettement tranchées, l’une amène la floraison , l’autre i la maturation régulière; de telle sorte qu’on voit la plupart des arbres, après un repos pendant lequel ils sont restés plus on moins dénudés, se
couvrir ensemble de feuilles, de fleurs à une même époque, de fruits à une époque ultérieure. Sous l’équateur toutes ces phases se confondent; et comme, d’ailleurs , celte extrême activité pousse à la production des feuilles, qui ne tombent pas annuellement, on est frappé de la production beaucoup moindre de fleurs et, par conséquent, de fruits, dans un moment donné, quoiqu’on en trouve en tout temps.
§ 861. Mais si le sol, quoique assez riche pour le développement des espèces arborescentes, n’est pas, par sa nature et par la distribution des eaux’ à sa surface et dans son épaissènr, le siège d’une humidité constamment entretenue, si elle u’est que renouvelée par intervalles au moyen de pluies dépendant elles-mêmes d’une certaine alternance régulière dans l’état atmosphérique , on observe des changements plus analogues à ceux de nos saisons. Seulement elles sont interverties; la sécheresse détermine un arrêt dans la végétation, et dépouille les arbres, qui reverdissent et refleurissent ensuite dès que les grandes pluies périodiques viennent les arroser. C’est ce qu’on peut observer, par exemple, en comparant aux forêts vierges ces bois plus clairsemés, plus bas et à végétation intermittente, qui portent au Brésil le nom de catingas.
$ 86*2. Enfin le sol sablonneux, et aussi irrégulièrement arrosé, peut ne produire que des plantes frutescentes et herbacées dont la végétation , suspendue pendant les sécheresses, se ranime pendant les pluies et couvre passagèrement d’un riche tapis de verdure et de fleurs la terre qui paraissait nue et stérile pendant une autre partie de l’année, comme on le voit dans de vastes espaces des régions tropicales, plans ou ondulés, et privés de l’irrigation naturelle et continue qui résulte du voisinage des grandes montagnes. Ces espaces, les uns couverts d’espèces nombreuses et variées, les autres, au contraire, d’une végétation uniforme, portent, suivant ces différences et suivant les divers pays, des noms différents. Us forment les Campos du Brésil , les Pampas du Paraguay, les Llanos de l’Orénoque. C’a 1 te rnance de repos et d’activité y détermine un effet analogue à celui de nos saisons, l’absence complète de fleurs pendant un temps, mais pendant un autre leur multiplicité et leur diversité.
§ 863. Les Palmiers et autres monocotylédonées arborescentes (Pandanées, Draconiers, etc.,) ainsi que les Fougères en arbre, contribuent notablement à imprimer à la végétation tropicale sa physionomie particulière. Une autre forme également caractéristique est celle qu’on est convenu d’appeler des Srilamine'es , en comprenant sous ce nom non-seulement les plantes de cette famille, mais celles des Musacécs et des Cannacées. Le Bananier (qui acquiert tout son développement dans les serres d’Europe) peut en donner une idée. Ajoutons ici l’énumération des familles qu’on peut nommer tropicales, soit parce qu’elles ne se montrent pas au delà des tropiques , soit parce qu’elles offrent entre eux le maximum de leurs espèces. Telles sont les Broméliacées, A roulées, Dioscoréai ées, Pipéracées, Laminées, Myrislicèes, Anonacéss, Bombace'es, Sterculiacées , Byttnëriacées , Terstrœmiacëes , Conifères, Marcgraviacees, Mé iocées, Oclmacérs , Commencées , Anacardiacées , Cbaillctiacées , Vochysiacées , Mêlas lomacées , Myrlacécs , Tumeracèrs, Cactées, Myrsinées , Sapote'es , Ebénacées , Jasminëcs, Verbènacèes, Cyrtandracées , Acanthacèes Cessneriacées. Plusieurs grandes familles qui, dans nos climats, comptent