FORMATION DU LOIS. 2G
sont plus mous, leurs éléments fibreux et vasculaires plus incomplètement et en conséquence plus nouvellement formés. Il semblerait par là que les faisceaux se formant à peu près simultanément sur toute leur longueur, et que, dans quelques cas du moins, c'est plutôt de bas en haut qu’en sens contraire.
§ 310. Si l'on examine le bois de deux tiges ou branches d’espèces différentes qui ont crû greffées en fente, l'une A sur l’autre B, on remarque que chacune a conservé la nature de son bois, quoique dans l’hypothèse de Dupetit-Thouars tous les faisceaux formés par A après la greffe eussent dû se prolonger en descendant par B, et former ses couches ligneuses. Si la greffe a été faite sur un sujet jeune B ayant encore peu de racines , au bout d’un certain nombre d’années toutes les racines nouvelles devraient provenir des bourgeons de A, et les boutures qu'on en ferait reproduire cette espèce A, tandis que l’expérience montre que c’est B qui est reproduit. A cette double observation , de laquelle il résulterait que ni le bois ni les racines ne peuvent être des faisceaux radiculaires appartenant aux bourgeons, les partisans de la théorie répondent que c'est le tissu cellulaire qui communique au bois sa couleur et lui donne la nourriture, et (pie, par conséquent, au milieu du tissu cellulaire de B , qui, formé sur place, a conservé tous ses caractères, le bois de A a dû lui emprunter sa couleur ; qu’il a pu modilier son grain en changeant de nourriture. Ils répondent à la seconde expérience que c'est le tissu cellulaire de B qui, accompagnant dans les racines les faisceaux ligneux de A , a donné aux boutures faites avec ces racines leur caractère spécial , puisque cette bouture n'a pu se développer que par des bourgeons adventifs nés dans ce tissu. Ces questions touchent donc de trop près au mystère de l’assimilation pour qu’on puisse encore se prononcer d’une manière décisive.
§341. Si les ramifications latérales de la racine commencent, comme la plupart des autres organes, par un petit noyau cellulaire dans lequel s’organisent plus tard des vaisseaux ( § 114), elles ne sont pas de simples prolongements de faisceaux descendants antérieurement formés. C’est donc là un point d’organogénie qu'il importe de vérifier dans la discussion de la théorie de Dupetit- Thouars.
§ 342. Les faits sur lesquels elle s’appuie de préférence sont ceux qui nous montrent l’arrêt des faisceaux descendants au-dessus de tout obstacle naturel ou artificiel, au-dessus des ligatures et des décortications; et là l’accumulation du tissu ligneux, qui cesse au contraire de se produire au-dessous ( § 338 ). Mais ne s expliquenl-
ils pas aussi clairement et naturellement par la marche des sucs nourriciers qui fournissent les matériaux du cambium? Ces sucs, suivant dans l’écorce une marche descendante , doivent s’accumuler au-dessus de tout obstacle apporté à leur cours, en passant outre s’il n’est pas infranchissable , en le contournant s'il y a une voie latérale ouverte, en s’y arrêtant s'il n’v en a pas; et, dans tous ces cas, l’afflux des matériaux doit déterminer une production plus abondante de tissus, leur défaut amener l’atrophie, suivant des règles communes à tous les corps organisés. L’afflux des sucs précède là l’apparition des faisceaux fibro-vasculaires ; ils s’y forment au lieu d’y arriver tout formés. Le développement des racines aériennes auprès des nœuds, où il y a souvent un léger arrêt dans la circulation, se comprend aussi facilement, puisque c'est vers tous les points où il y a un amas de sucs, et par suite de tissu cellulaire , qu’elles tendent à se développer (§ 113). Puisque l'évolution des bourgeons est une des causes déterminantes de l'ascension de la sève (§ 238) , puisque la sève, une fois montée, est élaborée dans les jeunes écorces, et surtout dans les feuilles (§266), il est clair que la suppression des bourgeons et des feuilles arrêtera cette ascension, l’élaboration, et nécessairement, faute de matériaux , la formation consécutive des fibres ligneuses ; il est clair qu’il ne pourra s’en former sur toute partie du végétal auquel l’on aura coupé la communication avec celle qui est chargée de feuilles et de bourgeons.
Nous ne concevons pas bien, avec la théorie de Dupetit-Thouars, comment un arbre qui a subi une décortication annulaire telle qu'il ne se forme plus de couches ligneuses au-dessous, peut continuer à vivre et à croître ; car cette croissance suppose que les racines continuent à se former dans la même proportion; et comment les faisceaux ligneux radiculaires arrêtés en chemin iront - ils les former ?
§ 343. La disposition en réseau des laticifères 'doit permettre à leurs canaux de se suppléer les uns les autres , et aux sucs de contourner plus facilement les obstacles apportés à leur cours descendant ; et comme ces laticifères , quoique accumulés en dedans de l’écorce , se répandent souvent aussi dans toutes les autres parties du végétal , on conçoit que la suppression de l’écorce dans une certaine étendue tout autour de la lige n’arrête pas nécessairement et complètement l’arrivée du latex aux parties inférieures. Ne pourrait-il pas se passer alors quelque chose d’analogue à ce qu’on observe dans les animaux lorsqu'un membre , oii le cours du sang arrêté dans la grosse artère se continue seulement par quelque