‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 243 sur 258 · ZONE TORRIDE · texte numérisé non relu

ZONE TORRIDE

un nombre il’espèces plus ou moins considérable, se trouvent entre les tropiques représentées par d’autres plus nombreuses encore (comme les Euplior- Limées, Convolvulacées , etc., etc.,); mais quelques-unes de formes différentes, comme par exemple les Bambous , ou autres Graminées arborescentes, les Orchidées épiphytes; d’autres distinguées par des caractères particuliers propres à constituer des tribus tout entières (par exemple les Mimnsées et les Cœsalpiniées dans les Légumineuses, les Corcliacées dans les Borraginées, les Hubiacées proprement dites) . Citons enfin plusieurs familles caractéristiques, parce que, parmi leurs espèces, sont ces parasites d'une végétation si curieuse (les l.ornntacécs , liajflesiacées , Balanophorées) ; et surtout plusieurs de ces Lianes dont nous avons plus d’une fois fait mention (les Malpitjhmcées, Sapindacées , Ménispermées , Birjnoniacées, Apocinéts, Asclépiadées).

§ 864. Jusqu'ici nous avons parlé de la zone intertropicale comme jouissant, sur toute son étendue, d’un climat identique. Mais ou conçoit qu’il n’en peut être tout à fait ainsi. L.a marche de la terre autour du soleil, qui, pointions, amène les extrêmes de l'hiver et de l’été, ramène au contraire, poulies régions situées immédiatement sous l’équateur, des conditions exactement semblables, et toute différence tend à s’y effacer de plus en plus dans le passage du soleil d’un tropique a l’autre. 11 n’y existe donc pas de distinction de saisons; la température moyenne se trouve être en même temps celle de toute l’année; c’est aussi la température du sol à une certaine profondeur, celle oit se passent les phénomènes de la vie dans les parties souterraines des végétaux. l.a durée constamment égale des jours et des nuits tend à compléter cette uniformité constante dans les conditions auxquelles ils se trouvent soumis. Quelques degrés de latitude changent à peine ces conditions ; mais à mesure qu’on s’en éloigne, la distinction des saisons doit se laisser de plus en plus apercevoir. Cette différence, il est vrai, si l’on se contente d’une apparence générale et qu’on excepte certains points où des influences locales déterminent d’assez notables variations, est toujours assez faible, et les lignes isothermes, tout eu s’abaissant de quelques degrés de chaleur, s’éloignent peu des isoeliimènes et des isothères, toutes conservant un certain parallélisme avec l’équateur, et l’intérieur du sol maintenant à une certaine profondeur une température constante tpii ti’est autre que la moyenne. Quoi qu’il en soit, il en résulte dans la végétation des différences appréciables ; et l’on peut sous ce rapport subdiviser cette grande zone en équatoriale , comprenant à peu près 15 degrés des deux côtés de l'équateur, et tropicale, étendue du 15e au 24e. Pour nous contenter de quelques traits principaux choisis parmi ceux que nous avons réunis plus haut , la première se caractérise par la présence plus exclusive des Palmiers et des Scitaininées ; la seconde, par celle des Fougères en arbre, des Melaslom accès, des Piperacées. l.a première se maintient depuis le niveau Je la mer jusqu’à une hauteur de 600 mètres environ; si on s’élève plus haut sur ces montagnes et jusqu’à la limite de 1,200 mètres, on trouvera une zone correspondant a la seconde. Il est clair qu il ne peut y avoir de limite tranchée entre l’une et l’autre, soit par la température, soit par les productions naturelles, et que les différences ne se font bien sentir que si l'on se place a des points suffisamment éloignés en latitude ou en hauteur.

§. 865. Les grandes zones qu’on nomme vulgairement tempérées, et qui des tropiques s’étendent jusqu’aux cercles polaires, présentent nécessairement

d’une de ces limites à l’autre tirs différences de climat et de végétation tout autrement tranchées que celles qui ont été signalées jusqu’ici. On doit donc, dans l’examen qui nous occupe, les subdiviser en plusieurs, dont les bornes se trouvent déterminées moins par les latitudes que par les lignes isothermes, qui, ainsi que nous l’avons annoncé, en deviennent de plus en plus indépendantes.

S 8(i(>. Une première zone étendue des tropiques jusque vers le 34' ou 36* degré, qui serait mieux définie comme parcourue vers son milieu par l’isotherme de 20 degrés et qu’on pourrait nommer juxtatropicale, nous montre la transition de la végétation tropicale à celle des climats essentiellement tempérés. On y observe encore beaucoup des plantes et des formes que nous avons précédemment énumérées, mais bien plus clairsemées, et mêlées en grande proportion à celles de notre pays. Les Palmiers, les grandes Monacotj-léclonées et les Fougères en arbre, s’y montrent encore; les Melastomacées V sont nombreuses; les Myrtacèes, Laminées , Diosmées, Pratéacées , Magnoliacëes y acquièrent leur plus grand développement numérique. A coté l'on y voit paraître des représentants des familles «pie nous avons à nommer dans la zone suivante, et naturellement dans une proportion croissante à mesure qu'on s’approche de celle-ci; on y trouve des genres européens, et même un certain nombre d’espèces identiques. Ce mélange de productions bien diverses et la possibilité d’emprunter à la fois à des climats tout à fait différents la plupart de celles qui peuvent être utiles ou agréables à l’homme, placent cette zone dans des conditions particulièrement favorables. Aussi comprend-elle les pays que le genre humain a les premiers 'habités, et ces îles que les anciens décoraient du nom de Fortunées.

§ 8G7. La portion de la zone tempérée située en dehors de la précédente peut elle-même, d’une manière générale, être partagée sur chaque hémisphère en trois zones secondaires ; une première ou tempérée chaude, parcourue par les isothermes de 15 à 10 degrés; une intermédiaire ou tempérée froide, par celles de 10 à 5 degrés ; une dernière, par celle de 5 à 0 degrés. Celle-ci ne mérite pas le nom de tempérée et peut prendre celui de sous-arctique à cause du voisinage du cercle polaire, dont elle se rapproche, au delà duquel elle s’avance même sur un petit nombre de points, ceux qui correspondent aux rivages occidentaux de l’Europe et de l’Amérique , tandis (pie sur tout le reste des continents elle reste plus ou moins en deçà. Paris, où la température moyenne est de 10°, 8; Londres, où elle est de 10°, 4; Vienne, où elle est de 10°, I, sont à peu près situés sur la limite commune des deux premières.

§ 8(58. L’examen de ces trois zones secondaires et même de celles qui les suivent n’offre p us à notre examen les mêmes difficultés que celui des précédentes, pour lequel nous étions obligés de nous borner à citer des végétaux dont le nom n’apporte à notre esprit que des idées un peu vagues, puisque nous' ne les connaissons en général qu’amoindris dans nos serres, réduits en fragments dans nos herbiers, et qu’il ne nous est le plus souvent possible de saisir leur physionomie que d’après des descriptions ou des peintures. Une fois arrivés aux climats véritablement tempérés, nous nous trouvons en pays de connaissance, et nous pouvons poursuivre notre étude sur la nature, qui vaut bien mieux que tous les livres. Pour cela même nous n’avons pas besoin de voyager jusqu’aux pôles et de sortir clc notre pays, puisque le midi de la

zones TEMPEREES. «y;i

1 rance |>[>a t a la zone elniiule, et (|ue nos montagnes peuvent nous montrer imites celles qu’il nous reste à parcourir, jusqu’aux neiges éternelles, où cesse toute végétation. Celui qui pourra gravir les l’vréuées en partant des plaines du Roussillon, ou de la Provence s’élever jusqu’au sommet des Alpes, qui s’avancent la si près du rivage, verra dans cette courte excursion s'opérer rapidement sous ses yeux tous les changements qu’il observerait en parcourant l’Europe du midi au nord jusqu'aux derniers confins de la Laponie. C’est donc celte marche que nous suivrons de préférence. Nous signalerons encore chemin faisant les failli les qui fournissent à chaque végétation scs traits principaux; mais nous nous aiderons aussi de quelques végétaux remarquables, familiers à a plupart de nos lecteurs, et qui nous serviront comme de ju'oiis; puis nous jetterons un coup d’œil sur les autres parties du globe comprises dans la même zone, où les modifications de la végétation seront plus facilement comprises, quand il ne s’agira plus que de la comparer à celle que nous connaissons par nous-mêmes.

§ 801). Nous avons nommé la Provence et le Roussillon. Tous les pays baignes par la Méditerranée offrent avec ceux-là les rapports les plus frappants dans leur végétation jusqu’à une certaine distance du rivage, et forment dans leur ensemble une région botanique presque uniforme. Quelques-unes des familles tropicales s’avancent jusque-là, mais n’y sont plus représentées que par un petit nombre d’espèces: comme les Palmiers, par le Dattier et le Cliamnerops; les Térébinthacées, par le I.entisr/uc et le Pistachier ; les Myrta. cécs, par le Mjiteel le Grenadier ; les Laurinées, par le Laurier des poètes ; les Apocinées arborescentes, par le Laurier-rose. D’une autre part, d’autres familles jusque-là peu nombreuses multiplient leurs représentants, comme les Carynpliy liées , les Cistinées , les I.ahidrs qui, couvrant tous les terrains secs et abandonnés, remplissent l’air de leurs exhalaisons aromatiques. Les Crucifères commencent aussi à se montrer. Parmi les Conifères on trouve les Cyprès, les Pins pignons , </’ Ab-p , laricio , etc.; parmi les Arnentaeées. , les Chênes verts , le I.iétje, les Platanes, etc. Un arbre cultivé, l 'Olivier, est parli- «ulièremenl propre à caractériser celte région, où on le retrouve à peu près partout et hors de laquelle on le rencontre à peine.

§ 870. La végétation des environs de Paris peut nous donner une idée générale de celle d’une grande partie de la zone tempérée froide. Les familles que nous venons de nommer s’v montrent aussi dans une grande proportion, mais moindre pour les Labiées et Catyophy liées, croissante au contraire pour les Ombellifcres et les Ci ucif ères. Ce sont encore les mêmes familles d’arbres, mais représentées par d’autres espèces: les (lonifères, par le Pin commun, les Sapins, le Mélèze, etc. ; les Amenlacées, par les Chênes, Coudriers, Hêtres, Jlouleaux, Aunes, Saules, tous sujets à perdre leurs feuilles pendant l’hiver; et de là un,, physionomie toute différente dans le paysage et variable suivant les saisons. Ces divers végétaux varient eux-mêmes soit par leur nombre proportionne), soit par leurs espèces même, suivant le point de la zone où l’on est placé.

^ 871. Supposons b: spectateur au pied des Alpes, vis-à-vis d'un «h- ces grands massifs que couronnent les neiges éternelles. En portant ses regards sur la montagne, il remarquera facilement que celle végétation qui I environne immédiatement, et qui caractérise le centre cl le nord de la France, disparaît à une certaine hauteur pour faire place à une autre, qui subit elle-même des

GÉOGRAPHIE BOT.OIQU:.

changements successifs à mesure qu’elle s'élève; et rumine a une certaine ilisliinee son mil ne pourra saisir que les masses dessinées par 1rs grands végétaux au milieu desquels se caelient d’autres ]>lus liumldes, il verra comme une suite de bandes superposées les unes aux autres : d’abord celle des arbres à feuilles caduques, qui se distingue a sa verdure plus tendre; puis celle des Conifères à verdure foncée et presque noire ; puis enfin une bande dont le vert plus indécis est interrompu eu et là par des plaques d’autre couleur, et vase dégradant jusqu'à la ligne sinueuse où commence la neige ; elle est due à cc que les arbres dont les cimes se confondaient plus ou moins rapprochées, et coloraient ainsi uniformément les espaces recouverts par eux, ont cessé et ont fait place à des arbrisseaux ou herbes de plus en plus voisins du niveau du sol et rabougris.

Si, du point où les objets s’offraient ainsi massés, il s'avance vers la montagne et la gravit , il pourra d’abord recueillir les plantes de nos champs, puis sur les premières pentes il eu verra apparaître d’autres plus ou moins différentes et qu'on désigne sous le nom d'alpestres , des Aconits, des Astrantia , certaines espèces à' Armoises, de Scnerons, de Prenmitlies , d’ Acliillëes, de Sa vifrages, de Potentilles, etc., etc. Après avoir cotoyé des Noyers, traversé îles bois de Châtaigniers, il aura vu ceux-ci cesser, et les bois se composeront de Chênes, de llètres, de Bouleaux. Mais les Chênes cesseront les premiers (vers 800 mètres), les Hêtres nti peu plus tard (vers 1000 mètres). Ensuite les bois seront formés presque exclusivement par les arbres verts, ( le Sapin , le Mélèze. , le Pin commun), qui s’arrêtent eux-mêmes à des étages successifs (jusque vers 1800 mètres). Le Bouleau monte encore tnt peu plus haut (jusque vers 2000 mètres). 1 ne Conifère, le Pin ccmhro , s’observe encore quelquefois pendant une centaine de mètres. Au delà de cette limite, les arbres s’abaissent pour former d’h um b es taillis, comme par exemple d’une espèce d'Anne ( Aluns vieillis). C’est à peu près alors qu’il se verra entouré par ceux de cet arbrisseau qui caractérise si bien une région des Alpes dont on l’appelle la Rose, le Rhododendron , qui cesse plus liant à son tour pour faire place à d’autres plantes plus basses encore, dépassant peu le niveau du sol, et qti’ou désigne par l’épithète d'alpines : ce sont des espèces de quelques-unes de ces familles qu'il observait à son point de départ , des Crucifères, Caryopliyllées, Benoncnlucees, Rosacées, Légumineuses, Composées, Cyperacées , Graminées , mais des espèces différentes; ce sont aussi de nombreux et nouveaux représentants d’autres familles qui ne se montrent que plus rarement dans la plaine: des Saxifrages , des Gentianes , etc. L.es plantes an miellés manquent presque entièrement, cl e’est ce' qu’on devait prévoir, puisqu'il suffit pour détruire leur race qu’une année défavorable ait empêché la maturation complète de leurs graines, et que ce cas doit se présenter assez souvent dans un climat aussi rigoureux. Les plantes vivaces ou ligneuses au contraire se conservent sous le sol maintenu à une température beaucoup moins basse, soustraites ainsi à l’influence mortelle de l’atmosphère, et se développant toutes les fois qu’elle s’adoucit ou se réchauffe à un degré suffisant : mais ce n’est que pendant une bien courte saison, et sur certains points qu’une lois en plusieurs années. 11 en résulte que les tiges s’élèvent à peine, que celles qui sont frutescentes ordinairement rasent le sol, tantôt rampantes, tantôt courtes, raides, enchevêtrées, formant de loin en loin des p'aques épaisses et compactes, comme deviendrait un arbrisseau qu’on taillerait chaque

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