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ZONE GLACIALE

Scandinavie, de l'Espagne, de la Turquie, l'Apennin, les Carpathes, les Pyrénées. Elles se mêlent sans doute dans chacun de ces pays d’un certain noinhre d'espèces particulières, mais le fond général reste le même, l'in Asie, l'Altaï, le Caucase et l’Iliinalaya offrent aussi la plus grande analogie; ce sont généralement les mêmes familles, les mêmes jjenres, mais représentés par des espèces différentes, et d'autant plus qu’on s’éloigne davantage du terme de comparaison que nous avons choisi. Dans l'Amérique, ces plantes, que par extension ou y nomme aussi alpines, mais qu’il vaudrait mieux peut-être appeler anilines, appartiennent encore aux mêmes familles, quelques-unes aux mêmes genres, mais le plus grand nombre à des genres nouveaux, notamment ceux île beaucoup de Composées et d’Umbetlifères. D’autres viennent à cette hauteur représenter quelques autres familles, comme des Oxalis, des Calai itl' inia ( Purtulacëcs ), et on cite même quelques Malvacées qui s’approchent de celte limite.

^ 874. L’étude de la végétation des terres polaires arctiques montre moins de différences encore entre l’ancien et le nouveau continent. On peut sous ce rapport comparer deux points bien connus : la Laponie, par les travaux de M. Vahlenberg; file Melville, par ceux de M. R. Brown. Celle-ci offre un intérêt parliculieren ce qu'avoisinant l’un des pôles du froid (§ 851), elle peut être considérée comme l’extrême limite de la végétation an niveau de la mer, avec une température moyenne de 18° au-dessous de zéro, des hivers où le thermomètre descend au-dessous de 33”, des étés où il ne s'élève pas à 3. Ou y a observé en tout I l(i plantes , 49 cryptogames et 07 phanérogames, dont nous croyons bon d'indiquer ici la distribution par familles : Champignons (2 espèces), Lichens (15), Hépatiques (2), Mousses (30), Cypéracées (i), Graminées (14), Joncée s (2), Hinentacée ■ (1), Polygonées (2), Cary opliy liées (5), Crucifères (9) , Papavéracées (I), llenoncu lacées (5), Rosacées (4), Légumineuses (2), Saxifrages (10), Ericinées (I), Scrofularinées (I), Cainpanulacées (1), Chicorucées (1), Corymhijères (4). Or, de ces espèces, 70 ( 20 dicotylédonées, 8 monocoly lédonées, 3(j acotylédouées) sont communes au nord de l'Euiope, 45 (20 dirotylédonées , 12 monocotylédonées, 13 acotylédouées) restent propres au nord de l'Amérique. Ramond , d'autre part , à l’un des sommets des Pyrénées, a signalé, sur 133 plantes, 35 espèces identiques (15 cryptogames, 20 phanérogames) avec celles de l'ile Melville. Quant aux terres polaires antarctiques nouvellement découvertes, elles sont pour la botanique comme si elles n'existaient pas. Les navigateurs n’ont pu même eu apercevoir le sol sous l'épaisse couche de glace qui le recouvre et, presque constamment, eu défend au loin l'abord.

875. Dans ce même hémisphère, la zone, que nous avons nommée arctique, recouverte par l’Océan, n’intéresse le botaniste qu’à cause de ses Fucus. Quant à l'hémisphère boréal, où la mer, au contraire, n’en occupe qu'une très-petite proportion, nous pouvons nous contenter du coup d’ieil jeté précédemment sur la Laponie, tant la végétation de la zone arctique se lie intimement à celle de la polaire. Elle offre eu grande partie les mêmes plantes que celle-ci, auxquelles viennent s’en associer d'autres plus nombreuses et de formes déjà supérieures, quoique ne s’élevant pas encore à la dignité d’arbres. Mais nous trouvons des différences beaucoup plus tranchées si nous comparons ces lieux zones sur les Alpes et sur les Andes. Sur le Chimborazo, par

no.

exemple, entre 8,000 et 4,500 mètres, à roté de ces humbles espèces qui caractérisent exclusivement la région supérieure , nous voyous les arbrisseaux plus élevés se mtl'tiplier, et même vers le lias quelques arbres. Certaines Composées meme y revêtent cette forme insolite pour lions. Deux espèces de celte famille (Es/ielctia et Clin g u i raya) peuvent, par leur abondance sur toute la zone, servir a la caractériser, et quelques-unes appartiennent à la tribu tics Lubiatijlores. D’autres familles (Esculloniées, Aruliacées, Ebénacées) y ont des représentants, et celle des Ericinées en a particuliérement de différents genres et de différentes trilms. L'un d’eux, le litjavia, semble remplacer ici le Rhododendron des Alpes.

§ 87(j. Celle zone tempérée, que nous n’avons jusqu'ici considérée qu’en Europe, il nous reste à la suivre dans les autres parties du globe, d'abord sur l’liémisplièrc boréal, puis sur l'hémisphère austral. Elle comprend, dans l’Asie, une vaste étendue bornée au nord par une partie de la Sibérie, sur le versant septentrional de l’Altaï, renfermant au sud ces pays qu’on confond ordinairement sous les noms du Levant ou de l’Orient, et s’arrêtant sur les pentes méridionales de l’Ilimalaya. La plus grande partie de celle étendue est enclavée entre ces deux grandes chaînes de montagnes que nous venons de citer, et dont l'intervalle a été à peine exploré ; nous ne pouvons donc prétendre à une connaissance de sa végétation suffisante pour en tracer les traits généraux. Ce n’est que sur les limites qu’elle est mieux comme ; dans le Levant, dont la végétation se confond au nord avec celle des contrées de l'Europe correspondantes en latitude , se nuance au midi avec celle des régions tropicales; dans une longue bande de la Sibérie, où l’abaissement considérable de la température nous ramène à la région sous-arctique sur un grand nombre de points, malgré leur latitude moins élevée, mais où se montrent cependant beaucoup d'espèces nouvelles de familles européennes, dont plusieurs se développent sans doute sous l'influence d'étés comparativement très-chauds. La végétation des tropiques vient mourir sur les pentes de l’Uimalaya, et celle des divers climats tempérés s’y établit d’après les hauteurs auxquelles on s'élève. Enfin cette zone asiatique se termine à l’est par le nord de la Chine et le Japon, où la physionomie de la végétation européenne n’est jias encore effacée, comme le prouvent beaucoup de plantes appartenant aux mêmes familles et aux mêmes genres; mais se modifie par le mélange d’autres familles (Magnoliacées, Ménispermées , Jiyttneriacées , Ternstrœmiacées Hipporustmiées , Sapimlai des, Zimthoxylécs, Ca'y tant bées, Bit/noniurées, Commelinées , jJioscorcacées) étrangères à l’Europe et communes à l'Amérique. Deux arbres remarquables, le Tlié en Chine, le Camellia au Japon, peuvent servir à y caractériser la zone chaude.

$ 877. Dans l'Amérique du nord, l’immense territoire tles Etats-Unis forme presque a lui seul la zone tempérée. La chaude, comprise à peu près entre les 30' <’1 3<>c degrés, peut être caractérisée par le développement d’arbres appartenant à quelques-unes des familles que nous venons de mentionner, et priucipa entent à celle des Matjnoiiacées. La froide, comparée à la zone européenne correspondante, s'en distingue par la rareté des Crucifères, Oml/cllifercs, Chicornrers et Cinarees. D’autres Composées ( comme les Aster et Solitlago) y abondent au contraire, ainsi que les arbres de la famille des Crucifères et des Amen tarées. Ce sont des espèces appartenant aux mêmes genres

HEMISPHERE AUSTRAL. f.09

que ceux dt> 1’Enrope, niais différentes cl bien plus varices, île Pins, Saliins , Mélèzes, Tliuias, Genévriers, Ifs, Clwrmes, l'oulcaux, Aunes, Sayers, Fient?:, Saules, <lcs Fiables et îles Chênes surtout.

^ 878. l’assaut maintenant à l’autre hémisphère, nous ferons ohserv er le peu d'étendue qu’y occupent comparativement les terres de la troue tempérée. Un coup d’œil jeté sur la carte nous fait apercevoir cette vérité, en nous montrant les divers continents qui , élargis au maximum entre les tropiques, se rétrécissent graduellement et assez rapidement en s’avançant vers le pôle antarctique, Itieu loin duquel ils s’arrêtent. Ainsi, la plus grande partie de l’Amérique méridionale, de l’Afrique, et presque la moitié de la Nouvelle- Hollande, appartiennent à la région tropicale. I.’Alrique, cessant au .‘i.V degré, la Nouvelle-Hollande vers le i2', n’offrent pas de point qui dépasse la zone tempérée chaude, à laquelle la première u’apparlient même que par sa pointe méridioua’e. L’Amérique seule, s’étendant jusqu’au 55e dejjré, entre dans la tempérée froide.

La limite extrême de celle-ci , aux terres Magcllaniqttçs, offre dans sa végétation une analogie rcinarqualdc avec celle de l’autre hémisphère, caractérisée également par la présence de certains arhtes ( Saules et llctres) qui atteignent d'assez grandes dimensions. Mais le caractère américain s’v reconnaît au mélange d’un Dijmis , arbre toujours vert appartenant aux Maqnn liacées, d’un Escaltonia , d’un Fuchsia, etc., etc. Kn remontant d’une part jusqu'à l’embouchure du liio de la Plala, de l’autre jusque vers les frontières septentrionales du Chili, qui louchent à la région ju.xtalropicale , nous passons graduellement par toutes les modifications de la zone tempérée. Les plantes du Chili, sur 100 familles à peu près, nous eu montrent une quinzaine d’étrangères à l’Europe, quelques-unes même qui semblent presque propres à cette région, comme la tribu des Labiatiflores pour les Composées, les Loasêes , Gilllésiacèes , Francoacées, Maleshcrbiacées , Solanacées , etc. Parmi les arbres, abondent au nord, auprès du Cactus jieruuianus et autres, VAcada caven, forme tropicale; vers le centre, de singulières Illuminées à rameaux piquants ( Colle tiu ), une Homnlinêc ( Aristatelia nia/jiti) , des genres particuliers de Ilosacées ( Quillaia et Knrjenvckiu), un Laurier, les Fscallnniu ipu descendent jusqu’au bord de la mer; au sud, avec les Hêtres et le Drymis, des Myrtes variés, deux genres de Monimiécs, îles Cunamacécs, des llixinées ( Azara ) et des Protéucées peu nombreuses, il est vrai, en genres ( Lomalia , Finliollii iuni, Quadraria) et espèces, mais dont les individus innombrables envahissent presque toutes les parties boisées. Entre ces arbres, grimpent quelques ('issus et l.uritizabala, représentants l'es Lianes.

^ 870. Si sous l’équateur même nous comparons la zone des -Andes, qui, par sa hauteur, correspond à celte région tempérée, nous la trouverons entre 1,000 et 3,000 mètres, montrant à sa limite supérieure tut Drymis et un Escallonia, ces genres que nous venons de signaler aux terres Magelbmiques, et caractérisée dans toute sou étendue par des arbres d’un intérêt tout particulier : les Quinquinas, dont les diverses espèces se rencontrent à diverses hauteurs et dont quelques-unes descendent même plus bas, jusqu'à la limite des Fomjères en arbre. Mais d’ailleurs les [liantes tropicales s’avancent plus loin sur cette zone tempérée des montagnes que sur celle que détermine la latitude, et des Palmiers, des Orchidées rpi/iliyles, des Sensitives, des Mé'asiomncccs, etc, ,

se rencontrent abondamment et assez liant an milieu de la région des Quinquinas.

^ 880. Les terres australes, dont la Nouvelle-Hollande forme la principale portion, offrent dans leur végétation une physionomie toute particulière. Plus des 9/10 de leurs espèces leur sont exclusivement propres ; plusieurs constituent des familles tout à fait distinctes, d’autres, la grande majorité, des familles du reste à peine représentées sur d’autres parties du globe. Celles même qui appartiennent à des familles généralement répandues et connues déguisent ces affinités sous des formes insolites qui , dans les premiers temps de leur découverte, les faisaient méconnaître et dire à un spirituel botaniste à la vue d’un herbier de ces plantes nouvelles : Nous sommes ici au bal masqué. Les masques sont connus maintenant, grâce aux savants travaux qui ont eu pour objet cette curieuse végétation. Mais c’est surtout celle de la partie comprise entre le 32e degré et l’extrémité méridionale qu’on a recueillie et étudiée : c’est donc celle qui appartient à la zone tempérée, et disons d’ailleurs que c’est celle-là qui porte un cachet tout particulier, tandis que vers 1 équateur on retrouve plus de traits communs avec la végétation générale des tropiques, et notamment celle des Indes orientales. Les espèces de deux genres, l’un <les Myrtacées, l’autre des Légumineuses, les Eucalyptus et les Acacias à feuilles réduites à des phyllodcs, sont les plus généralement répandus, et par leur nombre et leurs dimensions forment peut-être la moitié de la végétation qui couvre ces terres. Nous avons indiqué déjà (note 1, page lOü) lu disposition de leurs feuilles, qui donne à leur ombrage et aux bois qu’ils forment un aspect tout particulier. Les Légumineuses , Eupliorbiucées , Composées, Orchidées, Cypéracées et Fougères sont les familles qui entrent pour la plus grande proportion dans l’ensemble île ces végétaux, mais néanmoins pas plus considérable ici qu’autre part; tandis que quatre autres, les Myrtacées, Protracées, ltestincéeS et Epacridées , comptent dans les terres australes beaucoup plus de représentants que sur tout autre point de la terre. Les Gaodeniacées, Styliiliées, ftfyopnrinées, Pittosporées, Dillcniacees et Haluragees y présentent aussi le maximum de leurs espèces ; une certaine tribu de Diosmées, les petites familles des Trénuindrées et Stackhnusiées, ne s’observent que là.

^ 881. Les iles de la Nouvelle-Zélande correspondent à peu près eu latitude à cette zone que nous venons d’examiner, et en sont les terres les plus rapprochées. Elles peuvent nous intéresser d’autant plus qu'assez près d’elles, un peu plus au sud, se trouve situé l’antipode de Paris, si bien qu’elles sembleraient, de l’autre côté du globe, devoir représenter une partie de notre région méditerranéenne ou des Oliviers. Cependant leur végétation offre un caractère bien différent, quelques traits communs avec celle de la Nouvelle- Hollande, un plus grand nombre avec celle du reste de la Polynésie et par conséquent des tropiques. On y observe des Palmiers ( Çoryplia australis), des Fougères et des Dracœnas en arbre, des forêts d’une Conifère à feuilles larges (le Dammara), d’un port tout à fait différent des nôtres, et de Myrtacées ( Métros nieras). Faisons remarquer cependant que, ces forêts tombent en déculenre, et que d’une autre part les végétaux potagers de l’Europe introduits par les navigateurs s’v sont propagés avec une facilité telle qu’ils jouent maintenant un grand rôle dans l’aspect de terrains fort étendus.

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