DEUXIÈME PARTIE. I
conque, et clans des endroits qui communiquent le moins avec la lumière extérieure, il ne reste pas toujours quelques rayons épars de ce fluide; je ne sais si les corps qui, dans les cas ordinaires, ne sont pas lumineux par eux-mêmes, ne peuvent pas le paraître dans certaines circonstances, et si nos yeux eux-mêmes ne sont pas susceptibles de le devenir, comme ceux de certains animaux nocturnes. Il est probable que quelques - uns de ces phénomènes doivent exister, puisqu’on raconte que des individus, plongés dans des cachots d’une profonde obscurité, avaient fini par distinguer tous les objets qui les entouraient (1). Il faut bien admettre, dans ce cas, ou qu’il existait dans ces antres souterrains quelques rayons fort rares de lumière, ou que les objets répandaient quelque clarté par eux-mêmes, ou bien enfin, comme le veut Steinbuch, que l’œil s’était modifié de telle sorte qu’il pouvait bien être devenu lui-même lumineux. Quoi qu’il en soit de ces diverses suppositions, on a conclu du fait que nous venons de citer que la sensibilité de la rétine s’était exaltée à un tel point que ces individus avaient fini par devenir sen-
(1) Tibère, au rapport de l’historien Suétone, s’étant éveillé la nuit, vit tous les objets lumineux. Une fille de Parme distinguait tous les objets à minuit commé en plein midi ; bien qu’elle fût dans un appartement parfaitement clos. Un musicien fut frappé à l’œil par une corde de luth, qui se rompit; il ne tarda pas à s’apercevoir qu’il distinguait par cet œil , au milieu des ténèbres, les objets les plus déliés.
18 cours d’hygiène.
sibles à une infiniment petite quantité de fluide. On raconte aussi qu’ils perdirent la vue en revenant au grand jour, ce qui confirme ce que nous venons de dire de l impression d’une lumière trop vive, surtout au sortir des ténèbres.
Si le travail à une lumière trop faible occasionne un grand nombre d’accidens, par les efforts que les yeux s<?nt obligés de faire pour rassembler une plus grande quantité de rayons, on conçoit que ces accidens seront d’autant plus inévitables que l’obscurité sera plus profonde.
4° De la lumière moyenne.
Une lumière moyenne, c’est-à-dire dont l’impression ne détermine aucune sensation douloureuse dans le globe de l’œil, est l’excitant le plus convenable de cet organe; une lumière trop éclatante, une lueur trop pâle, sont également à éviter.
Art. II. Des couleurs, ou de la lumi'crc décomposée.
Ce que nous venons de dire de la lumière indécomposée s’applique avec quelques modifications légères à la lumière décomposée. Les couleurs éclatantes produisent les mêmes effets que la trop grande vivacité de la lumière. Le blanc qui réunit le plus grand nombre de rayons lumineux, fatigue singulièrement la vue et produit la cécité; ce que nous avons dit des pays couverts de neiges éternelles en est une preuve. Le rouge, premier rayon du spectre solaire,