DEUXIÈME PARTIE
moins généralement répandu que le blanc, et par cela même plus insolite, fatigue encore plus promptement l’organe de la vision, et doit être proscrit de l’usage habituel; une tenture d’appartement de cette couleur pourrait être très-funeste. Les trois couleurs qui occupent le centre de l’échelle, c’est-à-dire le jaune, le vert et le bl.cu, sont les moins fatigantes; le vert surtout est la couleur la plus amie de l’œil. Aussi la nature a-t-elle prodigué ces nuances, tandis qu’elle a distribué les autres avec la plus grande parcimonie. Les couleurs sombres telles que l'indigo, le violet, et le noir qui n’cst autre chose que l’absence de la lumière, produisent des effets analogues à ceux de l’obscurité. En général les couleurs qui ne sont ni trop éclatantes ni trop sombres , quelle que soit d'ailleurs leur nature, sont les plus convenables à la vue.
L’opposition tranchée des couleurs est on ne peut pas plus redoutable. Le noir sur le blanc, par exemple, est très-pénible à supporter, et si l’on s’aperçoit peu de cet effet, on ne le doit qu’à la grande habitude qu’on a de cette impression ; mais il est vraisemblable que si beaucoup de personnes ont la vue faible , c’est à cet excitant qu’elles en sont redevables.
Pour obvier à cet inconvénient, on avait proposç en Angleterre d’imprimer en jaune sur du papier vert, ou sur du papier bleu foncé, avec des lettres blanches ; ces projets n’ont pas été mis à exécution; mais il est hors de doute que, si nos livres étaient imprimés sur un papier légèrement coloré en
cours jd'iiygiène.
vert, le travail ne fut infiniment moins pénible.
Lorsqu’on fixe un corps d’une certaine couleur, l'œil se fatigue au point d’y devenir tout-à-fait insensible; tandis qu'il acquiert une très-grande sensibilité pour les couleurs opposées. Ainsi lorsqu’on a long-temps régardé un corps coloré en vert, et que l’on vient à porter la vue sur du blanc, ce blanc paraît rougeâtre. C’est que la rétine fatiguée par l’impression du vert y devient insensible, tandis qu’au contraire elle est \VQ%-impressionnable par les rayons rouges (complément naturel du vert), auxquels elle n’est pas habituée. L'explication est la même pour le point noir que l’on voit sur les objets, après avoir fixé, pendant quelque temps, une surface noire au milieu de laquelle était un point blanc.
Art. III. De la lumière artificielle.
Si l’on écoutait les vœux de la nature, nul doute qu’on ne proscrivît l’usage de la lumière artificielle.
Les animaux qui obéissent aveuglement a ses lois jouissent d’une santé inaltérable, et leurs organes des sens sont toujours parfaits. Si l’on trouve parmi nous tant de gens débiles, valétudinaires, privés de leurs sens, il est incontestable qu’ils le doivent à la violation de ces lois naturelles. Mais, comme il n’est pas probable que, malgré ces accidens, on renonce jamais à la clarté qu’on se procure artificiellement, voyons quels sont les moyens d’en atténuer la funeste influence.