‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 104 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE. TI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. TI

toires, ne puissent produire les effets les plus salutaires. Pour les plilegmasies aiguës, c’est sans doute en activant l’absorption qu’elle favorise leur résolution.

Ce n’est pas sans discussion qu’on doit se décider à admettre comme vrais les exemples cités par les auteurs; il en est même de tellement peu vraisemblables qu’on ne peut, sans une foi bien robuste, y ajouter quelque confiance. Parmi ces faits, nous choisirons les suivans , sans vouloir toutefois les garantir. Un homme tourmenté de la goutte fut enlevé de son lit par un prétendu spectre, qui le transporta sur ses épaules, d’un étage élevé au bas de l’escalier où il le laissa. Cet homme que la frayeur avait saisi, recouvre l’usage de ses membres, et se trouve pour jamais délivré de sa maladie. C’est assurément un des tours les plus utiles que les spectres aient jamais joués. Un autre condamné à la peine capitale, sujet à la même affection depuis quarante ans, en fut guéri en recevant sa grâce; et au rapport de Haller, un autre goutteux recouvra l’usage de ses membres, à la suite d’un violent accès de colère. Aubry cite l'histoire d’une femme qui fut guérie d’une perte de sang qui menaçait de devenir mortelle par une grande frayeur qu’il lui occasionna. L’amour qu’on peint si souvent versant un baume salutaire sur les blessures, a quelquefois arrêté des hémorrhagies qui pouvaient faire craindre une mort prochaine. Un soldat blessé au poumon d’un coup d’épée perdait tout son sang, les secours de l’art avaient été infructueux , la pré-

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sence de son amante arrêta l’hémorragie et rendit la

vie à ce malheureux.

Mais c’est surtout dans les maladies nerveuses que les passions agissent plus puissamment. Là , c’est sans intermédiaire qu’elles font naître les phénomènes les plus surprenans ; et si, dans beaucoup de cas, ces maladies ne reconnaissent pas d’autres causes, dans une foule de circonstances elles ne reconnaissent pas d’autres moyens thérapeutiques : ira et spcs auferunt timorem, et lœlitia mœstitiam; passio enim non medicinis sed alid passione contraria superatur. Ainsi, lorsqu’on connaît la cause qui a donné lieu à une maladie, tout le talent du médecin consiste à faire naître une cause contraire. Bouvart a donné un grand exemple de sagacité et de désintéressement qui fait trop d’honneur à son auteur et même à la médecine, pour n’être pas cité. Un négociant, que des revers avaient obligé de suspendre ses paiemens, était affecté d’une maladie grave, qui paraissait le conduire à une mort infaillible; il lui laissa l’ordonnance suivante: Bon pour trente mille francs , a prendre chez mon notaire , et le malade fut guéri. Heureux celui que la fortune favorise au point de pouvoir faire d’aussi belles actions ! C’est pour un aussi noble emploi que les richesses sont désirables!

Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire de multiplier les citations pour prouver que les passions peuvent produire les plus heureux résultats ; on pourra consulter avec fruit sur ce sujet les ouvrages généraux qui sont entre les mains de tout le monde ^

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les Traités ex pi'ofesso et les Thèses de médecine sur la même matière. Nous en avons dit assez pour prouver que l’emploi sage et prudemment ordonné des passions est peut-être un des moyens thérapeutiques les plus puissans que nous possédions.

§ VI. Influence des viscères de la vie organique sur ceux de la vie animale.

Si les divers modificateurs de l’hoinme vivant introduisent dans son économie les mutations profondes dont nous avons parlé, on doit bien penser que l’état de santé ou de maladie, le développement plus ou moins considérable des viscères sur lesquels et par lesquels agissent ces modificateurs, doivent par leur action influencer les organes de la sensibilité. C’est pourtant ce qu’on a nié récemment avec beaucoup trop d’aigreur et beaucoup trop peu de réflexion. On ne veut pas que l’activité des organes gastriques introduise les moindres changemens dans l’exercice des fonctions intellectuelles et morales ; mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est que les mêmes auteurs admettent que la faim , quand elle est portée à un haut degré, nous ote la force du travail ; qu’elle est un obstacle invincible aux occupations de l’esprit et du corps, et que celui qui la souffre, privé du libre exercice de la pensée, est tout entier au besoin qu’il éprouve et aux moyens de la satisfaire. Pour soutenir leurs dénégations, ces auteurs s’appuient sur le développement considérable

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des organes gastriques des herbivores; ils ne font pas attention que i° la comparaison ne saurait être exacte entre des animaux aussi différens ; 20 qu'il n’est pas certain que le nombre des intestins soit une preuve dedeur activité; 3° que le volume du ventre et la prédominance des viscères gastriques sont loin d’être deux choses identiques ; 4° que les substances dont ces animaux se nourrissent ne sont pas les mêmes que celles dont l’homme fait usage; il est indispensable enfin de comparer deux individus constitués de la même manière sous tous les autres rapports, excepté sous celui qui fait l'objet de la comparaison. Ils se sont aussi servis de la comparaison des oiseaux granivores, et ils ont trouvé que les organes gastriques de ces animaux étaient trèsénergiques, puisqu’ils étaient doués de parois épaisses et musculeuses; mais, indépendamment de ce que nous pouvons leur opposer les mêmes objections que nous venons de faire, comment n'ont-ils pas réfléchi que ces estomacs musculeux étaient destinés à suppléer les dents et les mâchoires des autres animaux, organes bien autrement robustes que le gésier ? Et d’ailleurs, ne sait-on pas que les oiseaux sont susceptibles de passions extrêmement énergiques?

Si donc deux individus sont doués d’un même cerveau , que chez l’un les viscères gastriques soient vigoureusement constitués, que chez l’autre ces organes soient faibles, il n'est pas douteux que l’intellect et le moral ne soient fort différens chez ces deux individus. Pour mettre cette proposition hors

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