‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 106 sur 207 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dons ici par inaction du cerveau que cet état d’indifférence, d’apathie, d’indolence dans lequel végètent quelques individus sans désirs, sans passions, sans vices, sans vertus, sans talens et sans génie. Une foule de personnes qu’une fortune aisée met audessus du besoin; qui, par leur position dans le monde, n’ont rien à désirer ni à craindre, se trouvent dans cette cathégorie.

La plupart des hommes pensent que c’est là le bonheur; et tous aspirent à cet état. Mais il est évident que ce n’est là qu’un bonheur négatif, le bonheur des végétaux, si les végétaux ont quelque bonheur. Il est incontestable que le vrai bonheur est dans la satisfaction des désirs et non dans l’absence de ces désirs. Quoiqu’il en soit, lorsqu’un individu se trouve placé dans les circonstances dont nous venons de parler, l’action des autres organes augmente en raison directe de l’inaction de l’encéphale. L’appétit se fait plus vivement et plus fréquemment sentir, la digestion est, pour l’ordinaire promptement accomplie, et les absorbans intestinaux s’emparant avec avidité des substances alibiles, élaborées par l’action de l’estomac et des intestins grêles, les portent avec célérité dans le torrent de la circulation ; en traversant le poumon , ces substances reçoivent l’impression vivifiante de l’oxygène, elles absorbent une grande quantité d’air vital, et projetées ensuite par un cœur plein de vigueur, et dirigées par le système artériel dans tous ies viscères de l’économie dont l’action est très énergique, elles les répa-

cours d'hygu'îne.

rent, activent leur nutrition , augmentent leur volume, et de nouveau leur action; en sorte que leur activité en devient plus grande par cette cause nouvelle, sans cesse répétée. L’effet augmente la cause , et celle-ci l’effet. Aussi ces individus ne tardent-ils pas à devenir d’un embonpoint remarquable, un teint vermeil les colore ; il revêtent toute l’apparence d’une santé parfaite, inaltérable. Us sont peu sujets aux affections nerveuses; la manie, la mélancolie, l’épilepsie, l’hypocondrie leur sont inconnues; mais ils ne sont pas exempts de démence, d’idiotisme acquis, ou d’un état approchant, résultat de l’inertie, de l’inoccupation cérébrales.

Tels sont les objets principaux que nous avions à traiter dans ces divisions, les plus importantes et les plus difficiles de l’hygiène. Je m’estimerai fort heureux si mes réflexions, et la manière dont je me suis efforcé de les présenter, peuvent avoir jeté quelque clarté sur cette matière encore si litigieuse, malgré les travaux des auteurs célèbres que j’ai cités. Je m’estimerai fort heureux si, tenant un juste milieu, je suis parvenu à signaler les excès ou les erreurs dans lesquels les opinions exclusives de quelques écrivains d’un grand mérite les ont entraînés; si j’ai fait voir qu’on avait tour à tour accordé trop ou trop peu à l’action cérébrale; si j’ai démontré que, bien que le cerveau soit le siège des passions, celles-ci ne s’y développent souvent que sous l’influence des autres viscères; enfin, pour tout dire en un mot, si j’ai déduit d’une manière précise et rigoureuse , tous les phénomènes

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