DEUXIÈME PARTIE
D. De la danse.
Il faut bien que la danse soit naturelle à l’homma puisque on la trouve en usage dans toutes les nations non civilisées, et que tous les peuples anciens paraissent s’y être livrés. On avouera cependant que rien ne produit une impression plus singulière sur l’esprit que de voir deux êtres, soi-disant raisonnables, sauter l’un devant l’autre, en se faisant des mines et des gestes bizarres. S’il nous reste quelque coutume qui atteste notre origine sauvage, c’est bien certainement celle-là. Il est juste d’y joindre aussi les trous que nos dames se font faire aux oreilles pour y suspendre des pierres, à l’instar de ces femmes de certaines contrées qui se font percer les ailes du nez et autres parties pour le même usage. Je suis étonné que cette mode n’ait pas encore été introduite en France, elle n’est certainement pas plus ridicule que l’autre. Quoi qu'il y ait de risible dans la danse, je suis cependant loin d’en blâmer l’habitude. C’est à peu près le seul exercice réservé à un sexe que nos mœurs condamnent à une nullité d’action presque complète.
Si on se livrait à la danse dans les circonstances convenables, nos dames, nos petits-maîtres pourraient encore en retirer un grand avantage. Malheureusement on semble avoir pris tous les moyens imaginables pour détruire ses bons effets. Pour que la danse fût vraiment utile, il faudrait qu’on s’y livrât dans le jour et en plein air, avant le repas du soir;
2 5a cours d’hygiène.
qu’aucun lien ne comprimât le corps, ne gênât les mouvemens. Au lieu de cela, que fait-on? on a soin de se renfermer dans des appartemens bien clos , bien étroits, bien chauffés, bien éclairés, qui contiennent dix fois plus de monde qu’il n’en faut ; où l’on s’écrase , où l'on s’étouffe. La combustion des fovers, des flambeaux , la vapeur qu’ils exhalent , la vapeur non moins nuisible que laissent échapper les danseurs et les assistans; l’absorption rapide de tout l’oxygène que le peu d’air contient; les pastilles que l’on brûle dans l'intention de neutraliser les mauvaises odeurs, et qui vous invitent à avaler plus abondamment un air méphitique, rendent ces réunions aussi funestes qu'il soit possible. Il ne manque plus que d’y ajouter que c’est pendant la nuit, c’est-à-dire pendant le temps qui devrait être consacré au sommeil que l’on prend cet exercice; que les personnes qui s’y livrent sont ordinairement serrées dans des vêtemens étroits, et qu’elles sortent de là par la pluie et le froid, couvertes de sueur et de poussière. Après cela, étonnezvous de la faiblesse de vos demoiselles.
Cependant, si la danse était prise dans les circonstances convenables, on ne peut disconvenir qu’exigeant une multitude de gestes et de mouvemens, elle ne concoure avec efficacité au développement des formes, des grâces, et de la santé.
Les modifications organiques qui résultent de la danse varient selon qu elle exige plus ou moins d’efforts, et qu’elle est pius ou moins fréquemment répétée. Les danseurs de profession ont les muscles