DEUXIÈME PARTIE
férens besoins! honneur surtout à celui qui arrache du sein de la terre les fruits destinés à notre nourriture! c’est pour ces hommes vraiment utiles que j’écris ces lignes; puissé-je leur offrir un plus digne tribut de reconnaissance !
Malheureusement les innombrables professions par lesquelles l’homme paie sa d-ette à ses semblables, et dans lesquelles il espère par un juste retour trouver son existence, causent souvent sa mort par les maux qu’elles occasionnent. Un grand nombre de médecins éclairés, frappés des inconvéniens attachés à l’exercice de certains états ont fait de louables efforts pour soustraire à ces dangers les malheureux artisans. Mais quoique l’antiquité nous eût transmis quelques observations générales sur ce sujet, ces observations étaient éparses dans une multitude d’ouvrages, et ne pouvaient être d’une grande utilité. Vers la fin du dix-septième siècle, un médecin conçut la philosophique pensée de rassembler en corps d’ouvrage tout ce qu’on avait écrit sur cet objet, et d’y joindre tout ce que lui aurait appris sa propre expérience. Ramazzini, plus que sexagénaire, ne dédaigna pas, ainsi qu’il le dit lui -même, de visiter les ateliers et les boutiques les plus sales, pour y observer avec soin tous les moyens employés dans les arts mécaniques. Bien loin de croire, comme quelques personnes, que c’était s’enfoncer dans un dédale de faits peu utiles à la recherche des actes de l’organisme , il pensa avec raison que c’était le seul moyen d’arriver à la connaissance certaine des cau^ps qui altèrent si profon-
aBB cours d’hygiène.
dément la santé, et qu’il est impossible d’y parvenir par les seuls efforts de son génie , si les sens n’en ont pas fait l’investigation. Il pensa que, sans s’occuper des détails qui tiennent à une foule de circonstances, tels que les objets variés des professions, les matières mises en œuvre, les dispositions nombreuses des individus, modifiées encore par les localités, et surtout sans consulter les faits probatoires, avec quelques données que l’on eût d’ailleurs, il était impossible ds s’élever à des résultats généraux fort utiles à la santé des artisans. Il eût cru écrire sur des objets qu’il ne connaissait pas, il eût cru encourir le juste reproche d’une coupable paresse, s’il ne fût descendu dans les détails les plus minutieux des arts et métiers. Aussi persuadé que rien de ce qui intéresse la santé de l’homme n’est indigne de la sollicitude du philosophe, il consacra sa vieillesse à cette étude importante, il établit des correspondances avec tous les savans de son siècle, fit des recherches immenses d’érudition, et s’informa lui-même de toutes les manœuvres usitées par les artisans. Son ouvrage fut le premier qui parut sur cette matière, et fut accueilli avec un applaudissement universel.
La foule imitatrice des auteurs se précipita sur les traces de Ramazzini; mais elle y chercha vainement le même succès. Le mérite de l’originalité resta toujours au médecin de Padoue.
Les progrès que ces dernières années ont vu faire aux sciences physiques et naturelles ont fait vieillir