DEUXIEME PARTIE
Chez quelques-uns l’appétit, la digestion et toutes les fonctions individuelles sont pleines d’énergie ; chez d’autres, elles languissent dans une profonde atonie. L’embonpoint distingue une classe d’ouvriers; la maigreur est le triste partage d’une autre. Le cerveau et le système nerveux prédominent chez le savant , l’homme de lettres, le poëte et l’artiste; ils s’atrophient pour ainsi dire chez les artisafts, qui ne font usage que de leurs mains.
Ces remarques physiologiques, sur lesquelles nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’insister, nous font assez pressentir quels effets les professions doivent exercer sur les maladies.
On concevra facilement que des affections devront naître par des mouvemens vicieux, par des exercices excessifs, ou par l’inaction; par la respiration de f ’air insalubre des ateliers, parcelle de gaz méphitiques ou délétères; par l’action d’une chaleur excessive, ou d’une humidité constante. Mais en reconnaissant que ces causes doivent engendrer une multitude de maladies , gardons-nous d’oublier que certaines idiosyncrasies donnent à quelques individus l’heureux privilège de résister à la puissance de ces causes destructrices, tandis qu elles disposent quelquefois à recevoir leur funeste influence. Gardonsnous d’oublier surtout que l’habitude, que nous avons signalée comme un modificateur si puissant de 1 organisme , peut le façonner de telle sorte que toutes ces causes viennent expirer sur es organes exercés à leur résister.
294 cours d’hygiène.
Mais si les professions- préparent et développent certaines maladies, semblables à l’action de certaines substances délétères , ne peuvent-elles pas aussi devenir quelquefois un heureux préservatif? Sans ajouter trop de foi aune assertion générale, ne peuton pas croire avec Ramazzini que les ouvriers qui travaillent aux mines çle cuivre et les salpêtriers sont la plupart du temps exempts des maladies des yeux ? que ceux qui exercent fortement leurs extrémités inférieures, sont rarement frappés de la goutte? que les femmes qui passent leur vie à faire des tissus, sont peu sujettes à l’aménorrhée? qu’enfin les plâtriers , les vidangeurs, les employés à la poudrette, les ouvriers qui travaillent le soufre, ne connaissent pas les maladies de la peau? Ces considérations ont fait naître l’espérance de voir servir les professions de moyens curatifs pour certaines maladies.
Les ateliers , les manufactures qui laissent dégager des exhalaisons empoisonnées, tels que ceux des mégissiers, des tanneurs, des corroyeurs, des bouchers, des fabricans de cordes d’instrumens, de bleu de Prusse, etc., sont une cause si puissante d’insalubrité qu’elles peuvent entretenir dans les lieux où ils sont rassemblés des maladies habituelles. Un gouvernement attentif à la salubrité publique , rejeta ces ateliers du sein des grandes villes, et nous citerions ici le décret de Napoléon, si ce n était pas envahir le domaine de l'hygiène publique.
C’est surtout pendant le règne meurtrier des maladies épidémiques ou contagieuses, qu on a pu