‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 177 sur 207 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

La nourriture que la nature destine à 1 enfant qui vient de naître est, sans contredit,, le lait de sa mère. Il n’y a que dans l’espèce humaine que les mères cherchent à s’affranchir de ce devoir sacré. Les espèces les plus féroces nourrissent elles - mêmes les êtres auxquels elles ont donné le jour. L’état de société enfante cependant un si grand nombre de maux, inconnus des animaux sauvages, qu’il devient souvent impossible à une mère d’allaiter elle -même son enfant. Si elle est affectée de quelques maladies chroniques susceptibles de se transmettre par l’hérédité, telles que la phthifie pulmonaire, le scorbut,; les dartres, le cancer, les scrofules, le rachitisme , etc.; si elle est d’une santé faible et languissante, si la sécrétion du lait n’a pas lieu ; si elle est soumise à une mauvaise alimentation; si elle exerce quelque profession insalubre ; si elle respire habituellement un air malsain, etc., il est évident qu’il faudra qu’elle s’en dispense. Mais ces circonstances ne sont que des exceptions, et, dans tous 1^ autres cas, la nature lui impose la rigoureuse obligation^le nourrir son enfant. Il n'est pas d’ailleurs sans danger pour les mères de se soustraire à cette loi, et l’on sait que leur santé en est souvent profondément altérée. On a fréquemment observé que l’aliénation mentale, la cécité, la surdité , des apoplexies , des inflammations de tous les viscères, leur désorganisation lente et chronique, des cancers, des tubercules, des écoulemens intarissables , etc. , vengeaient la nature outragée. Mais ce n’est pas seulement à ces maux physiques que s’ex-

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pose la mère qui repousse son enfant de son sein ; les peines du cœur plus cuisantes ne tarderont pas à l’assaillir; elle sera continuellement tourmentée par des remords trop tardifs; et, plus tard, elle ne recevra, de la part de son fils, que des témoignages d’une froide et déchirante indifférence. C.’est ici le cas de citer le beau discours qu’Aulu-Gelle met dans la bouche de Favorinus, et dont nous avons déjà parlé dans notre introduction.

u Votre épouse, dit -il à un sénateur, se propose sans doute de nourrir elle-même son fils. Ab! s’écrie sa mère, qui était présente, *ce serait lui donner la mort si, après les douleurs de l’enfantement, elle avait à supporter encore les fatigues et les ennuis de l’allaitement. Ab! de grâce, Manlia, reprit Favorinus, permettez que votre fille soit entièrement la mère de son enfant : c’est un partage odieux et maudit par la nature, ce n’est qu’une demi-maternité que de donner le jour à un être innocent et de le rejeter ensuite loin de <^i ; cet être encore informe que vous avez nourri^lu plus pur de votre sang, lorsqu’il était encore renfermé dans vos flancs, quelle inconséquence funeste de lui refuser votre sein, maintenant qu'il est sous vos yeux , maintenant que ses caresses et ses cris réclament la tendresse et les droits inviolables de la maternité !

« Croyez-vous, Manlia, que ces globes séduisans qui parent votre sexe aient etc arrondis par la main des grâces pour servir d’ornemens seulement ; ne savez -vous pas que la nature les y a placés pour

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