‹ Cours elementaire d'hygiene (volume 2)Chapitre 178 sur 207 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

nourrir les nouveau -nés? Me préservent les dieux de vous appliquer ce que j’ajoute ! Mais enfin n’a - •t-on pas vu des femmes exécrables , des monstres affreux qui , dans la crainte que l’abondance du lait ne nuisît à la beauté de leur gorge, mettaient tout en usage pour tarir et dessécher jusqu’à la dernière goutte cette ^source sacrée, le premier aliment du genre humain, au risque de périr elles-mêmes! Parlerai-je de l’abonfinable raffinement de coquetterie qui fait recourir à certaines drogues pour provoquer l’avortement, afin d’épargner à une jolie femme les incommodités de la grossesse, les douleurs de la délivrance, et surtout le désagrément des formes que pourrait prendre en s’affaissant un flanc élevé pendant quelques mois ?

« Mais si c’est un attentat odieux et digne de l’exécration de toute la terre de faire périr un innocent dans les premiers instans de la vie, de l’étouffer, pour ainsi dire , entre les bras de la nature qui l’ébauche et qui commence à le foiyner, croyez-vous que c’en soit un bien moindre, lorsqu’l a acquis sa 'perfection, lorsque vous l’avez mis au monde, lorsqu’il est votre enfant , de lui refuser avec dureté cettç nourriture qui lui est destinée, et à laquelle il est accoutumé depuis si long-temps ? Eh! qu’importe, répondra - t - on , quelle espèce de lait il suce ? Que n’ajoutes-tu donc auss^, père dénaturé : Que m’importe de quel sang mon fils soit issu , et dans quel sein il prenne la vie ! Car enfin cette liqueur précieuse que l’abondance des esprits et la fermentation

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intérieure ont blanchie, n’est-elle pas dans les mamelles ce même sang qui a servi à former l’enfant dans les entrailles de la mère? N’est-ce pas ce sang qui, après avoir animé l'homme dans le sein maternel, remonte à la poitrine au moment de la délivrance, par une économie admirable de la nature , et s’y fixe pour étayer les faibles débuts d'une existence fragile, pour fournir au nouveau-né un aliment doux et familier?

« Aussi la philosophie a - 1- elle, prouvé que si la qualité du sang influe sur l'organisation du corps et sur la trempe de l'âme, la vertu du lait et ses qualités produisent absolument les mêmes effets, comme on le voit non-seulement parmi les hommes mais encore parmi les animaux, et même chez les végétaux. Faites téter une brebis par un chevreau, et une chèvre par un agneau, la toison de l’un sera plus forte, et le poil de l’autre beaucoup plus fin. Voyez deux plantes, deux arbres sortis du même germe, quelle différence dans la saveur ct,dans la qualité du fruit , si on en a mis dans le choix de la terre et de l’eau qui les nourrissent! Cet arbre qui, plein de vie et de santé, faisait l’ornement d’un coteau, ne le voit-on pas se dessécher et périr après le transport , faute 4’une nourriture convenable!

« Quelle manie donc et quel abus de livrer, pour ainsi dire, au sein d’une vile mercenaire , et la noblesse d'âme de l’enfant qui vient de naître , et la vigueur de son tempérament, au risque de voir l’un se corrompre et l’autre s’énerver dans un lait ignoble

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et étranger, surtout si Ja nourrice qui remplace la mère est esclave ou de race servile, si elle sort d’un peuple barbare, si elle est méchante, contrefaite, libertine, adonnée au vin? Car, en pareille occasion, on prend indistinctement la première femme qui sé présente.

« Souffrirons-nous donc, Manlia, que ce cher fils qui vous appartient* par les droits du sang, et que j’ose appeler le mien par la vive tendresse que j’ai conservée pour son père, mon illustre disciple, souffrirons-nous que ce cher enfant soit la victime d’un usage si pernicieux? Vous verrai -je le présenter à la mamelle d’une étrangère malsaine et corrompue, pour puiser dans son sang les vices du caractère et le germe des maladies? Chastes matrones, vous êtes désolées de voir des enfans qui dégénèrent ! Souffrez qu’on vous le dise , c’est votre faute : il fallait leur transmettre, avec votre lait, la pureté de vos mœurs et la force de votre constitution. C’est avec raison que Virgile, non-seulement fait reprocher à Enée sa naissance , comme Homère l’avait fait à l’égard d’Achille , mais encore parle du monstre qui l’a nourri, lorsqu’il dit : Oui, barbare, tu suças le lait d’une tigresse d’Hyrcanie ; car il savait que le caractère de la nourrice et la qualité du lait déterminent presque seuls les pencha'ns et les goûts du nourrisson.

« Jeunes épouses, si tous ces dangers ne font sur vous qu’une légère impression, qu’au moins l’intérêt le plus cher de votre cœur vous réveille et vous

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touche. Faites bien attention que la mère qui abandonne son fruit et le li\*Çe à une étrangère , rompt ce lien si doux d’affection et d'amour avec lequel la nature attache lame des enfans à celle des pareils, ou du moins qu’elle l’affaiblit et le relâche extrêmement ; car dès que vos yeux ne rencontreront plus ce fils que vous avez exilé, vous sentirez s'amortir peu à peu, et enfin s’éteindre«cette flamme sacrée de l’amour maternel dont rien ne peut ôter, dans le cœur des véritables mères, l’impétuosité et l'énergie: vous n’entendez plus ces murmures toujours renaissans d’inquiétude et de tendresse, et le souvenir d’un enfant donné à la nourrice s’effacera presque aussi vite que si la mort l’avait arraché de vos bras.

« Mais la nature ne tarde pas à venger son outrage. L’enfant, de son côté, ne connaît que le sein qui l’allaite; sentimens d’affection, caresses, tout est pour sa nourrice. La véritable mère ne recueille que l’indifférence et l’oubli; en sorte que toutes les impressions du sang, tous les germes de l’amour filial ayant été étouffés dans son cœur dès l'aurore de la vie, si par la suite on le voit témoigner quelque attachement aux auteurs de ses jours, il n'est point guidé par le cri de la nature, c’est une démonstration de pure civilité; elle dépend presque totalement de l’opinion qui lui assigne telles personnes pour ses parens. »

Le lait de la mère est tellement la nourriture par excellence qu’on puisse offrir au nouveau-né, qu’on a vu fréquemment des femmes, dont le lait était

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