TROISIÈME PARTIE
répugnance. Des expériences journalières de ce genre me fourniraient une foule d’exemples à citer. Le goût au contraire, le désir de prendre le bain , le rend quelquefois infiniment plus salutaire, par les mouvemens organiques que la satisfaction produit dans l’économie; au moins met-il à l’abri des accidens que nous avons indiqués. Il est donc du plus haut intérêt de s’informer de ces diverses circonstances , avant de conseiller le bain, et de baser sur elles le degré de température , la durée qu’il doit avoir, etc.
Il est encore pour les exhalations 1 l»es sécrétions, etc., des idiosyncrasies que le médecin doit connaître. Des auteurs dignes de foi assurent avoir connu des personnes qui n’allaient à la selle que tous les quinze jours, et d’autres qui s’y rendaient douze fois par jour, et qui jouissaient néanmoins d’une parfaite santé. Quel médecin aura assez d’impéritie pour tourmenter le premier par des purgatifs, et le second par des astringens? Les hémorrhagies constitutionnelles, et les flux habituels devront-ils être supprimés? et les efforts qu’on ferait pour augmenter ceux qui ne seraient pas assez abondans , ne teeraient-ils pas aussi infructueux que funestes, lorsqu’ils dépendent d’un état physiologique ?
Les idiosyncrasies des sens-, les antipathies pour certaines couleurs, certains sons, certaines saveurs, certaines odeurs, dépendent la plupart du temps du caprice , et sont produits par quelque vice d’éducation. Il est assez important de les combattre de bonne heure; si on les laisse s’invétérer , elles ne sont plus
4 I O COURS d’hygiène.
susceptibles d’être surmontées, et peuvent empoisonner l’existence par une foule d’impressions fâcheuses dont elles sont la cause. Quant aux moyens de combattre ces diverses antipathies , ils sont aussi variés qu’elles le sont elles-mêmes; et que les causes qui les produisent; il est difficile, peut-être même impossible de les exposer méthodiquement.
Les facultés de l’intelligence, et surtout les affections de l’âme, sont très-exposées à ces sortes d’écarts; c’est surtout ici que l’éducation exerce la plus puissante influente; mais de toutes les fonctions, ainsi que nous l’avons déjà dit, celle de la génération est la plus exposée à ces sortes de caprices. Je terminerai ce chapitre par un exemple propre à faire connaître l’esprit qui doit diriger le médecin dans le traitement de ces sortes d'erreurs de la nature.
Un homme jeune encore , prématurément épuisé par des jouissances solitaires, n’avait jamais éprouvé le moindre sentiment tendre pour les femmes; il était réduit à l’impuissance la plus complète, lorsqu’il réclama les conseils du professeur Alibert. Ce jeune homme dessinait avec passion les formes de l’Apollon du Belvédère; le médecin ordonna d’y substituer celles de la Vénus de Médicis, et ce conseil fut couronné du plus heureux succès. Les goûts naturels et les moyens de les satisfaire sortirent enfin de la léthargie dans laquelle ils avaient été plongés jusque-là.