TOURS D'HYGIÈNE
Art. III. Efjet du son sur l'organe de l'ouïe et sur l' économie animale.
i° Les sons trop intenses produisent d’abord une sensation pénible, une véritable douleur, qui peut déterminer l’inflammation des diverses parties de l’oreille, et autres accidens. Lorsque le son trop fort est long-temps prolongé, il finit tôt ou tard par affaiblir l'ouïe , diminuer la finesse, la sensibilité de cet organe, et cela par cette loi générale que tout organe surexcité , doit tomber dans le collapsus. Bien plus, la cophose en est souvent le résultat. Les personnes qui, par état, sont exposés à des bruits violens, conservent rarement l’ouïe. Les gens de guerre, les artilleurs, et parmi eux surtout ceux de mer, deviennent fréquemment sourds. Le bruit du canon est bien plus retentissant, dit-on, sur mer que sur terre; on prétend aussi que le bruit des canons de fonte est bien plus violent que celui des canons de bronze. Il n’est pas rare que le bruit extrême rompe la membrane du tympan. Ce sont principalement les marins qui ont la faculté de faire sortir la fumée du tabac par le conduit auditif. Les sons graves très-intenses produisent cet effet bien plus souvent que les sons aigus d’une égale intensité. Ainsi l’épithète métaphorique de perçans , qu’on donne à ces derniers, conviendrait réellement mieux aux premiers.
a° Les sons faibles n’ont aucun inconvénient. Il est cependant possible que, si l’on était obligé de
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suivre pendant long-temps un orateur d’une voix trèsbasse ou dont on serait trop éloigné, il n’en résultât quelque congestion vers la tête ou peut-être quelque maladie de l’organe de l’audition, mais ce n’est là qu’une conjecture, et je ne sache pas qu’elle ait été jamais confirmée par l’expérience.
Mais le silence exerce une action puissante et sur l'ouïe et sur l’économie animale toute entière. Le silence est le repos de l’ouïe, comme l’obscurité est le repos de la vue. L’un et l’autre sont indispensables à l’exercice de ces deux fonctions. Car sans intermittence d’action, les corps organisés ne peuvent subsister, ils périssent. Les organes se retrempent, pour ainsi dire, dans le repos; mais il ne faut pas qu’il soit trop prolongé, car ils perdraient bientôt la faculté d’agir. La nature nous a sans doute donné la juste mesure dutemps nécessaire à l’inaction, dans la durée alternative du jour et de la nuit, et aussi dans le besoin que nous éprouvons et d’exercer et de reposer nos sens.
Le silence nous convie au sommeil , et par lui répare tout l’organisme.
Le silence agit sur l’encéphale: il favorise les méditations; il est indispensable à l’étude; il plonge l’âme dans une douce rêverie; il est le confident naturel des malheureux. Qui n’a pas senti mille fois, dans le silence d’une nuit profonde, une mélancolie sombre s’emparer, pour ainsi dire, de lui sans motif; les infirmités et les misères humaines lui arracher des larmes de pitié; l’iniquité, l’injustice l’indigner; l’in
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solence, 1 orgueil , la vanité des grands, lui inspirer le mépris; la tyrannie, de l’horreur? qui n’a été touché dans ces momens pleins de charmes des actes de dévouement, de désintéressement, d'abnégation de soi? qui n'a fait mille fois le serment de devenir meilleur? qui n’a senti s’épurer son amitié, sa tendresse, son amour? et qui ne s’est trouvé le plus malheureux et le plus à plaindre des hommes? Le silence des bois, des lieux sauvages et déserts, nous plongent surtout dans cette mélancolie si pénible et pourtant si douce!
4° Un bruit médiocre est l’excitant naturel de l’ouïe : elle doit y être exposée et soustraite tour à tour; elle doit même s’exercer, afin d’acquérir un développement convenable et nécessaire; mais c’est par les sons comparés, c’est-à-dire par la musique, que cet exercice doit se faire.
Art. IV. Effet du son comparé sur l’ouïe et sur V orga*
nisme entier.
Dans l'état de santé, il est utile d’entendre souvent de la musique, dit M. Sainte-Marie; et même pour quelques personnes nées avec beaucoup de sensibilité, c’est un besoin aussi naturel que celui de prendre des alimens. Ainsi la musique doit entrer dans un plan bien fait d'hygiène, hile pénètre en nous par plusieurs sens à la fois, et aucune partie de nousmêmes, depuis la fibre osseuse jusqu’aux émanations les plus subtiles de nos humeurs, n’échappe à son influence.