DEUXIÈME PARTIE
Comme la plupart des inventions humaines , l’origine de la musique se perd dans la nuit des temps. Il est vraisemblable que les premiers hommes formèrent des accords, et sentirent leur influence. Elle fut bien connue des Hébreux, qui nous ont transmis des observations les plus remarquables sur ses-, effets. C’était au son de la harpe que David calmait le délire de Saül. Les Grecs cultivèrent la musique avec passion. Pythagore attribua sa puissance à celle des nombres, ou plutôt la fameuse doctrine des nombres naquit des rapports harmoniques. Il voulait que ses disciples fussent éveillés au son des instrumens; il croyait que si la première sensation appartenait au plaisir, l’idée qui devait en naître appartenait à la vertu. Les Grecs enthousiastes, non contens de reconnaître les effets réels de la musique, lui attribuèrent une vertu magique, et leurs fables sont remplies de contes puérils que l’on retrouve partout; et dont nous ferons grâces à nos lecteurs. Dans les temps d’ignorance du moyen âge, et même dans le dix-septième siècle, on a ajouté à ces contes de l’antiquité des contes plus absurdes encore. Il est quelquefois bien difficile de reconnaître la vérité au milieu des erreurs sans nombre rapportées par les auteurs avec la plus aveugle confiance.
Cependant l’influence de la musique sur l'économie animale est une vérité universellement reconnue. Il paraît que le plaisir qu’elle fait éprouver tient à la fréquence plus ou moins grande de la rentrée des sons, et que les divers effets qu’elle détermine sont
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dus principalement au mode que l’on emploie. Les anciens avaient dans leur musique quatre modes principaux. Chacun de ces modes pouvait inspirer des passions différentes : ainsi le mode phrygien excitait le courage et la fureur; le lydien , la tristesse, les plaintes, les regrets; Y éolien, la tendresse et l’amour; le do rien , la piété et le respect pour les dieux.
De nos jours, nous n’avons que les tons majeurs et les tons mineurs, modifiés de plusieurs manières pour produire des résultats anologues.
Roger ( des effets de la musique sur le corps humain ) compte vingt-quatre modes différens. Le premier ton, parmi ceux qu’on appelle majeurs, est plein de majesté; il est propre à inspirer la pitié et l’amour de Dieu. Le second, lorsqu’il est tempéré, convient à la tendresse et à la piété; lorsqu’il est plus animé, il invite à la joie. Le troisième et le quatrième font naître la mélancolie; ils nous attendrissent, nous arrachent des larmes. Le cinquième se fait remarquer par sa noblesse et sa dignité; il élève l’âme, et l’excite aux entreprises difficiles. Le sixième et le douzième respirent l’ardeur des combats et enflamment le courage. Les modes mineurs se rapportent plus particulièrement à la tristesse, à la pitié, à la crainte. Grétry, dans son Essai sur la musique, a su parfaitement déterminer les modes qui conviennent au caractère de tel ou tel personnage.
Si l’on s’en rapporte aux anciens, leurs différens modes exerçaient un pouvoir surprenant. Damon, musicien de Milet, en jouant de la flûte sur le mode