DEUXIEME PARTIE
voluptueuse qui résulte d’une odeur agréable a souvent amolli plus d’un courage.
L’impossibilité où nous sommes de soumettre les matières odorantes à notre investigation a nécessairement ouvert la carrière aux hypothèses et aux divagations. Aussi nul sujet n’a-t-il donné lieu à plus de controverses que la nature intime des odeurs, et, malgré la diversité des opinions, sommes-nous réduits à savoir que beaucoup de corps ont reçu la faculté d’agir sur le sens de l’odorat à l’aide de particules extrêmement ténues qui se répandent continuellement dans l’air; en sorte que celui-ci dissout ces corps à leur surface à peu près de la même manière que le font les liquides dans la production des saveurs, c’està-dire qu’il se charge de quelques-unes de leurs parties constituantes. En un mot, c’est aux parties volatilisées des corps que l’olfaction doit son existence. Le principe odorant des végétaux a été appelé esprit recteur par Boerhaave, et a exercé l’attention des chimistes modernes sous le nom d’arôme. Quelquesuns l’ont regardé comme un principe immédiat des végétaux. Joseph-Jacques Plenk a fait du fluide nerveux, uni au principe odorant, un élément particulier du corps animal : mais les qualités de l’arôme sont trop diverses pour en faire un corps particulier, et nous sommes forcés de nous en tenir à l’opinion que les odeurs sont dues à des émanations des corps. Jusqu’à ce que l’on soit parvenu à soumettre les odeurs à un instrument de physique invariable, nous resterons à ce sujet dans une grande ignorance. Quelques
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expériences ont été tentées à ce sujet. M. Bénédict Prévost, ayant mis une substance odorante concrète sur une glace mouillée ou sur une large soucoupe recouverte d’une légère couche d’eau, a vu celle-ci s’écarter sur-le-champ, de manière à laisser autour du corps un espace libre de quelques pouces d’étendue. Il a aussi remarqué que de petits morceaux de papier, imbibés d’une liqueur odorante et essuyés, se mouvaient sur l’eau en tournoyant avec une grande vitesse.
Si l’on jette sur l’eau qui sert à cette expérience une liqueur odorante, le mouvement se trouve arrêté jusqu’à ce qu’elle soit volatilisée. Plusieurs corps produisent le même résultat. L’éther, l'acide ben- 'zoïque, succinique, l’écorce des plantes aromatiques, déterminent aussi le même mouvement giratoire. Mais ces faits ne prouvent autre chose que l’existence d’un fluide élastique dont l’expansion occasionne ces divers mouvemens.
M. Robiquet a attribué l’odeur qui s’émane d’un corps non constamment à ce corps seul, mais, dans beaucoup de cas, à un gaz ou à une vapeur résultant de sa combinaison avec un véhicule approprié et capable de se répandre dans l’espace : cependant, si l’on place un morceau de camphre dans le tube d’un baromètre exactement rempli de mercure, celui-ci ne tarde pas à descendre ; le camphre diminue de volume, et se trouve remplacé par un gaz odorant sans combinaison.
L’air est le véhicule des corpuscules odorans qui
x’y répandent à la manière d’un fluide qui se dissout dans un autre; ils s’y soutiennent ou par leur pesanteur spécifique, qui est moindre, ou par une agitation spontanée. Les odeurs ne se propagent pas en rayonnant, comme le calorique ou la lumière ; leur mouvement n’est ni direct, ni rapide, ni régulier, ni susceptible de réflexion ou de réfraction. Sans le secours de l’air les odeurs ne sauraient se répandre : une rose, sous le récipient d’une machine pneumatique où l’on a fait le vide, avait conservé toute son odeur au bout de quinze jours, d’après les expériences de Hughens et de Papin. Quoique les odeurs soient des émanations des corps, il ne faut pas croire cependant que ceux-ci puissent se dissiper dans l’air ; la plupart du temps ils ne perdent qu’une quantité inappréciable de leur poids. L’incalculable exiguité des molécules odorantes a fait penser au professeur Walther que ce n’était que par une action purement dynamique du corps odorant sur le sens de l’olfaction que la sensation des odeurs était produite, et non par une émanation de particules matérielles; de même qu’aucune partie sonore n’émane des corps sonores.
Plusieurs circonstances font varier l’intensité des odeurs. Les corps odorans peuvent l’être toujours , ou ne l’être qu’à certains momens. Ceux-ci exhalent leur arôme le matin, ceux-là le soir, d’autres au milieu du jour, et quelques-uns pendant la nuit. Cette substance est odorante dans toutes ses parties, cette autre dans quelques-unes seulement. Seule, celle-ci ne répand pas de parfum; combinée avec une
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autre, elle laisse échapper une odeur flagrante. L’humidité favorise le parfum de l’une, la chaleur celui d’une autre; l'obscurité développe celui-ci, et la lumière celui-là, etc.
Les odeurs sont susceptibles de se combiner avec différens corps; elles adhèrent de préférence à certaines substances qui leur sont appropriées par leur affinité.
La subtilité des odeurs, l’impression trop fugitive qu’elles produisent , seront toujours un obstacle à leur classification. Malgré les efforts de plusieurs hommes d’un grand talent, nous n’avons rien de satisfaisant à cet égard.
Linnæus rapportait les odeurs à sept sections principales :
i° Les odeurs aromatiques, odores aromatici ; les fleurs d’œillet, les feuilles de laurier, etc.
2° Les odeurs flagrantes, odores flagrantes , comme celles des fleurs de tilleul, de lis, de jasmin, etc.
3° Les odeurs ambrosiaques, odores ambrosiaci , comme celles de l'ambre, du musc, etc.
4° Les odeurs alliacées, odores alliacei , agréables pour les uns, désagréables pour les autres ; l’ail, l assafœtida, etc.
5° Les odeurs fétides, odores hircini; celles du bouc, du grand satyrion, de l’arroche puante, etc.
6° Les odeurs repoussantes, odores tetri; les plantes de la famille des solanées.
7° Enfin les odeurs nauséeuses, odores nai/sei, comme celles des fleursde veratrum, de stapelia variegaia, etc.